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Titre : Table ronde : L’expérience des racisées en milieu universitaire : entre résistance, agency et lutte pour la légitimité - Séance 2 - Éléments d'analyse de discriminations systémiques
Résumé : La deuxième séance portera sur l’analyse des mécanismes de discriminations et de disqualification à l’œuvre dans les milieux universitaires.

Auteure : carmen diop (Université Paris 13 -EXPERICE)
1 - Travailler en milieu universitaire et faire de la recherche en France quand on est une femme + noire + de 50 ans
Mon intervention constitue un retour réflexif portant à la fois sur mon propre parcours professionnel au sein l’éducation nationale française et sur ma recherche qui vise à rendre compte des expériences indicibles de souffrance au travail de femmes noires diplômées en France. Issue de ma propre immersion dans les rapports sociaux que j’étudie, elle s’appuie sur l’épistémologie du point de vue situé dans une démarche autoréflexive, et s’inscrit dans un contexte postcolonial, dans le but de renouveler l’approche des discriminations multifactorielles dans le champ du travail. Confrontée à la question de mon rapport à mon objet de recherche, je déconstruis ma posture en tant que chercheuse et j’explicite une recherche en train de se faire dans un contexte académique qui prône la distance vis-à-vis de son objet et la séparation hiérarchique entre administratifs et chercheurs. Ma présentation se concentrera sur deux points. D’une part, la question de la reconnaissance académique d’un travail de thèse qui tente de sortir du dilemme objectivité scientifique versus biais des effets de position. Et d’autre part, basée sur ma propre expérience et celle de deux autres fonctionnaires racisées agent de support à de support à la recherche, une analyse de l’articulation du genre et de la race avec d’autres catégories – classe sociale/caste, âge et handicap - et certains autres marqueurs sociaux – dont l’identité professionnelle -, dans les rapports de domination au travail dans le milieu académique.
Auteure : Fatima Khemilat (Sciences po Aix en Provence)
2 - Entre stratégies de légitimation et exit: de la délicate position des racisées dans le champ académique
Le milieu universitaire comme tout secteur social est traversé par des rapports de domination avec lesquels les membres négocient en mettant en place des stratégies de légitimation. Dans le cas des universitaires racisées, se pose dès lors la question des moyens ou tactiques à déployer en vue de parvenir à être reconnues comme légitimes auprès des instances qui exercent les monopoles et distribuent les ressources matérielles (postes, financements, bourses) et symboliques (diplômes, titres, renommée…) ? Entre exotisation et injonction à une stricte « objectivité », les racisées font l’expérience douloureuse des milieux universitaires. Toute la difficulté étant pour ces étudiantes/chercheuses de concilier la nécessité de se défaire du stigmate de l’altérité qui discrédite ad extra leurs travaux immédiatement taxés de subjectivisme, les invectives à travailler sur un champ limité de problématiques (dites « féminines » ou en lien avec leur couleur ou origine supposée etc.) ; tout en revendiquant leur droit à la prise de parole légitime sur les questions qu’elles peuvent explorer plus que d’autres, physiquement, voire épidermiquement, sans que cela soit synonyme de parti pris. L’une des stratégies de légitimation possible consiste notamment à produire un discours et une expertise conforme aux préjugés et représentations essentialistes sur des populations dont elles seraient « issues ». Elles participent dès lors à reproduire, diffuser et légitimer, des stéréotypes sur les populations étudiées, devenant ainsi, bon gré, mal gré, des « natives informant » ou « intellectuels écrans