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Titre : Intersexuation, transidentité, homoparentalité : l’éclatement des genres et le féminisme - Séance 2 - Familles lesboparentales, pères gais, parents trans : les mutations de la famille
Résumé : La deuxième séance se concentre sur les familles homoparentales et de parents transgenres. Les résultats de trois recherches récentes y seront présentés. La première porte sur les enfants de familles lesboparentales nés d'un donneur connu et sur les circonstances entourant la révélation de l'implication du donneur dans leur conception. La seconde s’intéresse à l’exercice des rôles parentaux et à la relation parent-enfant chez des pères gais qui ont adopté un enfant et la troisième, à l’expérience de la parentalité chez des parents trans devenus parents avant d’amorcer la transition.

Auteure : Isabel Côté (Université du Québec en Outaouais)
Le-s co-auteure-s : Kévin Lavoie (Université de Montréal)
1 - L’histoire de la cigogne revisitée : l’entrée en scène du donneur connu dans le roman familial de familles lesboparentales
Cette communication fait état de résultat d’une recherche longitudinale portant sur des familles lesboparentales québécoises dont les enfants sont nés d’un donneur connu. Neuf couples lesbiens et leur donneur ont été rencontrés une première fois en 2009 pour analyser les motivations des femmes à avoir leurs enfants de cette manière et celles de ces hommes à participer au projet parental d’autrui. Cette étude a permis d’élaborer une typologie du rôle joué par le donneur auprès des enfants issus de ses dons. Les enfants étant alors trop jeunes pour influencer la dynamique familiale, les triades ont été rencontrées à nouveau en 2014 afin de cerner l’évolution du rôle du donneur et les éléments susceptibles de transformer la relation qu’il entretient ou non avec les enfants. Lors de la première collecte de donnée, même si la plupart des enfants connaissaient le donneur, très peu d’entre eux étaient conscients du fait qu’il était à l’origine de leur naissance. La compréhension des enfants des liens biologiques qui les unissent au donneur ne semble pas, du point de vue des mères et des donneurs, créer des attentes envers ces derniers. Selon leurs dires, les enfants témoignent d’une certaine curiosité, mais sans que cela viennent avec des impératifs d’implication de type père-enfant. Le dévoilement de l’identité du géniteur aux enfants est une préoccupation partagée par les mères et les donneurs, à la rencontre de leurs intérêts communs et des besoins des enfants. Intégrée dans l’histoire familiale, la question des origines est exempte de secret.
Auteure : Éric Feugé (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Louise Cossette (UQAM); Chantal Cyr (UQAM)
2 - Exercice de la paternité chez des pères gais adoptifs et adaptation socio-émotionnelle de leurs enfants
Avec: Danielle Julien, professeure, département de psychologie, UQAM L’éducation et les soins aux enfants, les tâches domestiques, le maintien des liens intergénérationnels continuent d’être fortement associés à l’univers des femmes. La psychologie a, elle aussi, longtemps négligé la contribution des pères dans le développement de l’enfant et l’importance d’un lien d’attachement sécurisant père/enfant. Pourtant, au Québec, les hommes gais ont maintenant accès à la parentalité via l’adoption locale, un contexte dans lequel la paternité s’exerce en l’absence de figure maternelle. Malgré ce que l’on nomme maintenant le Gaybyboom, on commence à peine à étudier les pères gais adoptifs. L’organisation spécifique de ces familles et son impact sur la relation des pères avec leur enfant reste donc un vaste terrain à explorer. C’est dans ce contexte que nous présentons les résultats préliminaires de notre étude qui a pour objectif d’examiner 1) l’exercice des rôles parentaux au sein des couples de pères gais, soit le partage des tâches parentales et le degré d’engagement et de sensibilité de chacun des pères; et 2) la qualité des liens d’attachement de l’enfant à ses pères adoptifs et de son adaptation psychosociale. Notre échantillon compte actuellement une vingtaine de familles composées de 2 pères gais et leur enfant. Les enfants sont âgés de 2 à 9 ans et vivent dans leur nouvelle famille depuis, en moyenne, 45 mois. Les pères ont rempli des questionnaires et participé avec leur enfant à diverses activités qui feront l’objet d’observations détaillées. Les analyses permettront de mieux cerner la dynamique de ces familles et le développement de leurs enfants.
Auteure : Marie-Pier Petit (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Danielle Julien (UQAM); LINE CHAMBERLAND (UQAM)
3 - Négociation de l’identité parentale et de sa visibilité dans les familles ayant un parent qui a transitionné : un modèle préliminaire
Les parents trans (transsexuels, transgenres, genderqueer), parce qu’ils s’identifient à un genre différent de celui de leur naissance, remettent en question les idéologies hétéronormatives. L’hétéronormativité se fonde sur un modèle binaire des catégories de sexe (masculin/féminin), d’identité de genre (homme/femme), de rôle genré (ex., père/mère) et d’orientation sexuelle (hétérosexuel/homosexuel) et sur une conception linéaire de ces catégories (sexe masculin/homme/père; sexe féminin/femme/mère). Les rôles parentaux étant intrinsèquement liés au genre assigné à la naissance (ex., tous les pères s’identifient comme homme), les parents qui ont amorcé une transition après avoir été socialement reconnus comme père ou mère doivent renégocier leur identité parentale. Cette présentation s’appuie sur des entrevues semi-structurées menées auprès de 16 parents ayant eu leur enfant avant d’entamer une transition sociale. Des analyses préliminaires inductives et déductives suggèrent que les parents prennent en considération au moins trois facteurs dans la négociation de leur identité parentale et de sa visibilité. Premièrement, les parents trans et leur famille s’appuient sur différents cadres normatifs (biologique, conjugal, familial et légal) pour déterminer l’identité parentale post-transition. Deuxièmement, le degré d’aisance des différents acteurs familiaux à l’égard de l’identité parentale semble déterminant. Finalement, des enjeux reliés à la sécurité du parent trans et de sa famille peuvent moduler la visibilité de l’identité parentale selon les contextes. Les données qualitatives suggèrent que l’identité parentale demeure généralement stable après la transition, bien que plusieurs parents trans ne perçoivent pas l’identité parentale comme figée. Ces résultats seront discutés à la lumière du concept d’hétéronormativité.