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Animatrice : Sylvia Duverger (Paris 8)
Titre : Phénoménologie féministe francophone - Séance Beauvoir et Merleau-Ponty
Résumé : Avec: Laurie Laufer professeure à l’université Paris Diderot (paris 7) et psychanalyste Thamy Ayouch maître de conférence en psychanalyse, université Charles de Gaulle Lille 3/Paris 7/ Universidade de São Paulo. Cécile Decousu Part-Time Lecturer/Tutor, département de français, Mary Immaculate College, University of Limerick, Irlande Caterina Rea Maîtresse de conférences à l’université de Bahia (Universidade da Integração da Lusofonia Afro-brasileira - campus Melês) Simone de Beauvoir ne s’est pas elle-même présentée comme une phénoménologue féministe, mais Le deuxième sexe décrit et analyse l’expérience vécue des « dites femmes » , assignées à la position d’autres du sujet paradigmatique . A cette fin, elle conjoint les méthodes de la phénoménologie et de l’analytique du racisme , les introduisant, par là même, dans la pensée féministe dont elle est, au XXe siècle, la figure majeure. Le deuxième sexe fait l’archéologie du mythe de l’éternel féminin, déconstruisant et historisant, avant Foucault, les discours masculins qui depuis les Grecs essentialisent et infériorisent les femmes . Parmi ces discours, Beauvoir inclut ceux que tient une psychanalyse misogyne et patriarcalisante, qui oublie ce qu’elle a pourtant contribué à faire reconnaître, à savoir qu’ « aucun facteur n’intervient dans la vie psychique sans avoir revêtu un sens humain » . Ce versant réactionnaire – et encore majoritaire ? – de la psychanalyse plutôt que de s’interroger sur ce « fait d’ordre social » qu’est « la souveraineté du père » pose d’emblée qu’elle est un progrès. Laurie Laufer explorera, en compagnie de Simone de Beauvoir, les rapports – possibles ou impossibles – entre psychanalyse et féminisme. Si Beauvoir propose une lecture critique des psychanalystes auxquelLEs elle se réfère, elle se sert au contraire de la phénoménologie merleau-pontienne, qui a placé la corporéité au centre de la réflexion. Tandis que la psychanalyse épinglée par Beauvoir contribuerait à l’hétéronormativité et à la rigidification des binarités de genre et de sexualités, la phénoménologie de Merleau-Ponty n’offrirait-t-elle pas la possibilité de leur subversion ?

Auteure : laurie laufer (Université Paris Diderot)
1 - L'ouverture beauvoirienne : une psychanalyse féministe est-elle possible ?
« Ce n’est pas une entreprise facile que de discuter la psychanalyse. Comme toutes les religions — christianisme, marxisme — elle se montre, sur un fond de concepts rigides, d’une souplesse gênante… » écrit Simone de Beauvoir . Les rapports entre Beauvoir et la psychanalyse sont faits d’attraction /répulsion. Dans un certain nombre de ses oeuvres, Beauvoir soulève la question du rapport de la psychanalyse à la politique et à l’histoire. Elle pose les questions suivantes : peut-on être psychanalyste et penser le politique ? Peut-on être psychanalyste et engagé dans une pratique sociale qui tente de déconstruire les discours normatifs ? Quel rapport peut-on penser entre psychanalyse et féminisme ?
Auteure : Thamy Ayouch (Université Paris 7)
2 - Figurabilité de l'affect et non-binarité : lectures féministes de Merleau-Ponty
Depuis l’analyse de Luce Irigaray, les lectures féministes de l’œuvre de Merleau-Ponty se sont multipliées : Judith Butler, Iris Marion Young, Michèle Le Doeuff, Gail Wess, Sonia Kruks, Dorothea Olkowski, ou Toril Moi, pour n'en citer que quelques-unes. La plupart d’entre elles ont, à la manière de Luce Irigaray, souligné l’androcentrisme inavoué de la perspective merleau-pontyenne du corps (toujours masculin, blanc et hétérocentré), pointant la mise à l’écart de vécus féminins du corps, ou, plus largement, de vécus de genre, de culture ou de sexualité autres que ceux érigés en norme. Si ces lectures ont le mérite, dans la tradition féministe, de présenter la prétention à l’universalisme qui traverse la phénoménologie comme particularisme irréductible, certaines d’entre elles n’en produisent pas moins, dans l’opposition par exemple d’un corps spécifiquement féminin à cet universel androcentré, un différentialisme binaire. Comment échapper alors à l’androcentrisme d’une perspective sans choir dans une essentialisation de la différence des sexes ? Plus précisément, la pensée merleau-pontyienne, de La Phénoménologie de la perception au Visible et l’invisible, refuse toute opposition tranchée, et tout binarisme conceptuel ou réel. C’est une pensée de l’entrelacs, entre sensation et intellection, perception et imagination, réflexion et irréfléchi, autrui et moi-même, en-soi et pour-soi, voyant et visible, par delà toute dichotomie, provoquant ainsi un véritable trouble dans les épistémai. Cette œuvre ne se prêterait-elle pas alors à une lecture féministe œuvrant à dépasser les oppositions binaires, à un féminisme de la subversion de l’identité, un « féminisme sans sujet féminin » ?
Auteure : Cécile DECOUSU (N/A)
3 - Pour une phénoménologie de l'érotisme, Beauvoir et Merleau-Ponty
La phénoménologie, initiée et définie par Husserl, vise à s’extraire de l’opposition sujet-objet de la philosophie classique, ou de celle conscience-monde de la philosophie transcendantale. Il s’agit donc de saisir et montrer le « vécu » comme « phénomène », c’est-à-dire relation réciproque de « l’être dans le monde », hors de toute dichotomie entre un vécu psychique et un vécu empirique. C’est alors à l’horizon de cet héritage méthodologique et critique que nous comprenons l’ontologie de la « chair » merleau-pontienne, mais aussi la radicalité du féminisme beauvoirien. Nous nous intéresserons donc à montrer l’effectivité et les implications de cet héritage – qui est peut-être aussi dépassement de la phénoménologie, chez Beauvoir et Merleau-Ponty. Pour cela, nous montrerons la permanence d’un dialogue avec la psychanalyse, dans chacun de leurs travaux, et comme l’espace d’une influence et d’un accord, à l’horizon d’une refondation des théories de la sexualité. C’est en effet à partir de « l’empiètement » beauvoirien que Merleau-Ponty redessine l’intersubjectivité comme intercorporéité, lorsque réciproquement c’est bien à l’horizon de la « chair » que Beauvoir peut s’extraire d’un déterminisme biologique autant que du présupposé analytique d’une « autonomie de la sexualité ». Or, chez Beauvoir comme chez Merleau-Ponty, c’est alors la notion « d’érotisme » qui apparaît et qui, mieux que celle de « sexualité », pourra exprimer l’entrelacs de l’intime au mondain, et l’ambiguïté d’une subjectivité toujours thétique et non-thétique. Il y aurait donc là la possibilité d’une phénoménologie de l’érotisme qui, en tant qu’expérience vécue, viendrait faire échec aux catégories analytiques normatives. Mais cette phénoménologie, si elle est suggérée, reste sans doute à comprendre, et manifeste en creux aussi bien les ambiguïtés de l’héritage beauvoirien pour le féminisme, que la complexité des rapports entre philosophie, psychanalyse et féminisme.