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Animatrice : Marjolaine Deschênes (EHESS et Fonds Ricoeur)
Titre : Phénoménologie féministe francophone - Séance Levinas
Résumé : Avec: Mylène Botbol-Baum Professeure de philosophie et bioéthique, facultés de Médecine et des Sciences Philosophiques, professeure à l'Unité d'éthique biomédicale UCL (Université Catholique de Louvain) Sylvia Duverger doctorante en études de genre/science politique à Paris 8 Si, grâce au Deuxième sexe, le féminisme a bénéficié des méthodes phénoménologiques, la phénoménologie s’est-elle, quant à elle, enrichie des apports du féminisme beauvoirien ? Levinas, dont la phénoménologie de l’éros est épinglée par Beauvoir dès les premières pages du Deuxième sexe, a-t-il prêté attention à la phénoménologie de l’expérience des femmes qu’elle-même a développée ? « On ne démolira pas la maison du maître avec les outils du maître », disait Audre Lorde . Est-il possible de développer une phénoménologie féministe en rejouant les catégories du féminin et du masculin/viril émanant du système patriarcal, binarisant, altérisant, et hiérarchisant ? se demandera Sylvia Duverger. Mylène Botbol-Baum, au contraire, dissociant le féminin des femmes, puis posant le féminin levinassien comme ouverture à la transcendance tout en le confrontant à la critique féministe de Judith Butler et de Nancy Fraser, explorera la possibilité que l’asymétrie féminin/masculin constitue le levier d’une autre Sophia dont émergerait le concept d’amour, lui-même envisagé comme conatus du féminin.

Auteure : mylene botbol baum (UCL)
1 - Levinas, une phénoménologie du féminin, à l'épreuve du féminisme
Alors que la notion du féminin semble ne pas avoir atteint en philosophie le statut de concept, quel peut être l'impact philosophique d’un questionnement phénoménologique sur les présupposés de l'entreprise philosophique dès lors que l’Éros est envisagé comme condition du Logos ? Cette intervention invite à s’interroger sur la différence entre l’Éros et le logos. En partant de l’« inversion du visage par la féminité » que suggère la phénoménologie de Levinas, on pourra se demander quel est le statut aujourd’hui de cette inversion. Permet-elle de penser le féminin comme concept ? Si oui, cela permettrait-il d'envisager l’émergence d’un autre Logos philosophique ? Ou encore de revendiquer l’asymétrie féminin/masculin comme levier d’une autre Sophia dont émergerait le concept d’amour, lui-même envisagé comme conatus du féminin ? Nous partirons donc du féminin de Levinas comme ouverture à la transcendance de l’immanence, et le confronterons à la critique féministe de Beauvoir et J. Butler. Cela devrait nous permettre de tenter une réponse programmatique à ces quelques questions qui sont autant de pistes réflexives sur l'avenir du sujet genre comme fécondité processuelle.
Auteure : Sylvia Duverger (Paris 8)
2 - Critique féministe du différencialisme lévinassien
L'oeuvre de Levinas a suscité plus d'un commentaire féministe, pour la plupart critiques, mais aussi quelquefois élogieux. Dans Le temps et l'autre, le féminin rencontré en la personne de l'Aimée est la figure de l'autre par excellence, celle qui ouvre la dimension salutaire de l'altérité. La valorisation de l'autre et de l'altérité dans la pensée lévinassienne peut donner penser que cette conception du féminin relève d'une promotion. Mais Beauvoir a d'emblée souligné l'androcentrisme de la phénoménologie lévinassienne, androcentrisme que Derrida, plus tard, tâchera de faire passer pour réfléchi. Dans Totalité et infini, ce féminin étroitement associé à la demeure puis la fécondité, est constitué en accueillant par excellence l'homme (sens générique, vraiment ) ou le Moi. Il constitue le moyen par lequel celui-ci devenant père (fin de l'illusion générique) d'un fils bien davantage que d'une fille, dispose enfin de la perspective d'un futur (d'un vrai futur, qui ne soit pas répétition du même). Autrement qu'être, de surcroit, pense la maternité comme accueil à la fois contraint et sacrificiel de l'autre. Il paraît donc difficile de dénier le caractère foncièrement patriarcal de cette description phénoménologique du féminin. Pour subtiles qu'elles puissent être quelquefois, les tentatives de réhabilitation du féminin de la phénoménologie lévinassienne ne font-elles pas le jeu d'un ordre symbolique patriarcal ?