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Animatrice : mylene botbol baum (UCL)
Titre : Phénoménologie féministe francophone - Séance phénoménologie du maternel et première partie de phénoménologie de la domination et de l’émancipation
Résumé : Pour phénoménologie du maternel Naïma Hamrouni PhD philosophie (université catholique de Louvain-université de Montréal) Chercheure postdoctorale CRSH, Institut Simone de Beauvoir, Université Concordia La critique féministe de l’androcentrisme des phénoménologies a commencé dans les années 1980. Jusque-là, semble-t-il, la remarque adressée par Beauvoir à Lévinas n’avait guère été entendue. Beauvoir a décrit la maternité comme un piège, comme un destin sacrificiel auquel les femmes sont contraintes dans une société patriarcale. Cependant, dans les années 1970, à la croisée de la psychanalyse et de la philosophie, une autre pensée du féminin et du maternel s’est développée, qui s’est elle aussi employée à déconstruire les représentations patriarcales ou phallocentriques. Quelles phénoménologies de la gestation et du maternel peuvent être développées aujourd’hui, dans le contexte de l’obtention du droit à disposer de son corps et de sa fécondité ? Et pour la première partie Phénoménologie de la domination et de l’émancipation Avec Marion Bernard Ater à l’université de Poitiers C’est dans L’Amérique au jour le jour, rédigé en 1947, et en réfléchissant sur le racisme et sur la constitution de chacunE en être racisé, en blancHE, noirE, américainE, africainE-américainE…, que Simone de Beauvoir a pour la première fois recouru à la distinction entre être et devenir qui est au cœur du Deuxième sexe . Précisant que les subjectivités incarnées ne sont pas mais deviennent, elle observe, conformément à l’analyse de l’Autre opprimé développée par Richard Wright, que racisées et sexisées, ces subjectivités adoptent en quelque sorte les représentations que leurs oppresseurEs ont d’elles, limitant en apparence elles-mêmes leur propre agentivité, comme si cette psychologie tenait à leur physiologie . L’analyse du racisme a permis le développement de la première phénoménologie féministe. Qu’en est-il aujourd’hui de cette alliance entre l’analyse de la racialisation et la phénoménologie féministe ?

Auteure : Naïma Hamrouni (Université Laval)
1 - Le corps maternel au travail. La phénoménologie au service de l’élargissement de la grammaire de l’injustice
Les inégalités liées au genre affectant les femmes sur le marché du travail sont le plus souvent appréhendées à partir d’un cadre d’analyse libéral égalitaire, en termes de mal-distribution des fonctions, pouvoirs et revenus (inégalité d’accès à l’emploi, discrimination directe et systémique, sous-représentation dans les instances de pouvoir, «schèmes de genre» lors des entretiens d’embauche). Si cette grille d’analyse demeure éminemment pertinente dans le cadre d’une démarche plus large visant l’identification des injustices persistantes et leur démantèlement, elle demeure cependant partielle. Elle n’offre en effet aucun outil conceptuel autorisant l’appréhension des injustices de genre qui s’entendraient plus exactement en termes de non-reconnaissance, de distorsion du rapport positif à soi-même, ou de «double conscience». Plus encore, les remèdes à l’injustice pensés dans ce cadre libéral peuvent avoir pour effet, paradoxalement, d’entretenir chez les femmes un rapport à soi-même distordu, moralement dommageable. Porter attention à l’expérience phénoménologique du corps maternel dans le cadre professionnel, et à sa pathologisation, à partir d’outils empruntés à la Théorie critique (Nancy Fraser, Iris Young, Axel Honneth et W.E.B. Du Bois) permettra d’illustrer cette thèse.
Auteure : marion bernard (Université de Poitiers)
2 - L'économie de production de la subjectivité chez Simone de Beauvoir et Frantz Fanon
Il s’agit de remettre en question la neutralité d’un sujet phénoménologique « pur » de l'apparaître, tel qu’il est conçu dans la phénoménologie « classique », en interrogeant la possibilité d’une économie de production cachée - en rapport avec la mise à l'écart du vivant, du corps, ou du "naturel" qui est dans l'histoire de la philosophie incarné par le sujet féminin. D’abord en mettant en évidence, à partir des textes de Simone de Beauvoir et de Frantz Fanon, l’existence d’autres voies de subjectivation. Dans le cas du sujet féminin ou du sujet colonisé, l’aliénation ne vaut pas seulement comme une situation originaire ou une chute vis à vis de l’existence authentique, mais comme la seule possibilité offerte à certains sujets, condamné-e-s à l'inauthenticité, réduits à "imiter" de l'extérieur - donc dans l'excès ou le défaut - la subjectivité authentique qui seule est véritablement. Ensuite en tirant les conséquences de cet écart : à quel prix se conquiert en réalité la subjectivité « normale » ? Nous ferons dialoguer Beauvoir, Fanon avec la pensée de Jan Patočka, dans la mesure où il offre la possibilité de repenser le sujet phénoménologique dans son devenir historique et son entrelacement au devenir des autres en général. Dans la mesure où il y aurait, comme il est admis chez Patočka, une co-individuation réciproque des sujets de l’apparaître, quel est alors le sens du déséquilibre historique, de l’hétérogénéité et de la structure de domination par laquelle ce co-conditionnement se traduit historiquement ? La pleine reconnaissance de l’existence du problème de la subjectivation sexuée ou colonisée conduit nécessairement à rendre relatif celui de la subjectivation dite « neutre ». (Intervention disponible auprès de Marion Bernard)