Détail ::::::
Animatrice : Julie Perreault (Université de Moncton)
Titre : Phénoménologie féministe francophone - Séance Ricoeur au prisme du care
Résumé : Avec Marjolaine Deschênes Chercheuse postdoctorale École des hautes études en sciences sociales, Paris Institut Marcel Mauss/Centre d’étude des mouvements sociaux Chercheuse associée au Fonds Ricoeur Cyndie Sautereau Docteure ; chercheuse postdoctorale, attachée au Fonds Ricœur. La réflexion féministe sur le care a elle aussi émergé dans les années 1980, sous l’impulsion décisive des travaux de Carol Gilligan. Comment les phénoménologues du care, qui décrivent et analysent les relations de soins prodigués par les unEs (et beaucoup plus souvent par les unes que par les uns) aux autres, relisent-elles Paul Ricoeur ? En quel territoire sa « phénoménologie de l’homme (sic) capable » situe-t-elle notre vulnérabilité de mortelLEs ? Si Ricœur pense les relations aux autres comme constitutives du soi, accorde-t-il la moindre considération à la maintenance du quotidien assurée, très majoritairement, par les femmes ? Quel cas fait-il des travaux féministes ? Dans les années 1960, sa pensée prend un tournant linguistique, et il souligne, non seulement, qu’« il n’y a pas de compréhension de soi qui ne soit médiatisée par des signes, des symboles et des textes » , mais aussi qu’une précompréhension est toujours à l’œuvre . A-t-il pour autant croisé la voie du genre ?

Auteure : Marjolaine Deschênes (EHESS et Fonds Ricoeur)
1 - Carol Gilligan et Paul Ricœur : Le pouvoir d’entendre. Phénoménologie de l’attention
Certaines féministes ont déjà critiqué l’herméneutique de soi, la poétique et la « phénoménologie de l’homme capable » ricœuriennes (Pamela Sue Anderson 1997, 2009, 2011; Helen M. Buss 1997, 2002; Marjolaine Deschênes 2013, 2015; Fernanda Henriquez 2013; Morny Joy 1997). Si Ricœur a surtout cherché à penser les capacités humaines (pouvoir faire, dire, (se) raconter, s’imputer, promettre, faillir), il aussi a noté que celles-ci peuvent demeurer autant d’incapacités. Cette communication souhaite se pencher sur une capacité (et son absence, sa défaillance) que Ricœur semble avoir peu étudiée : le pouvoir d’entendre, aussi central chez Gilligan que celui de parler (d’une voix différente). Car, s’il y a des « pouvoir-sur » que certains agents exercent sur des patients, c’est bien ceux de dire et de raconter. Ricœur comme Gilligan s’accordent sur le fait que l’émancipation des groupes opprimés nécessite une relecture et une reconfiguration des récits sur soi, notamment des mythes fondateurs. Sur cet arrière-fond, est-il possible d’arrimer la phénoménologie ricœurienne de l’attention et de l’inattention aux analyses de terrain de Gilligan, afin de mieux concevoir ce que serait le pouvoir d’entendre, aussi bien chez les outsiders que chez les dominants ? Pour jeter les bases de cette question, je mobiliserai essentiellement l’essai L’attention de Ricœur (1939) en le replaçant dans le cadre des travaux de la psychologue.
Auteure : Cyndie Sautereau (Fonds Ricoeur)
2 - Promesses et limites de l’empathie pour une éthique du souci des autres (Paul Ricœur et l’éthique féministe de Diana T. Meyers
Une critique communément portée envers les éthiques du care, c’est-à-dire du souci des autres, concerne le soi-disant sentimentalisme auquel on tend à la réduire. Le souci des autres serait seulement affaire de bons sentiments, sentiments féminins de surcroît. Face à cette critique, les théoriciennes du care rappellent et insistent sur sa dimension pratique. Joan Tronto nous met d’ailleurs bien en garde : « Faute de comprendre aussi le care dans son sens plus riche, c’est-à-dire comme pratique, on courre le risque de sentimentaliser le care et d’en limiter la portée » (2009, 164). Mais, de fait, ces éthiques semblent avoir quelque peu délaissé la réflexion sur la dimension affective inhérente care. Dans ce cadre, l’objectif de notre réflexion est, plus particulièrement, de jeter un éclairage sur la place de l’empathie dans une telle éthique du souci des autres. Concept au cœur de l’éthique féministe que Diana T. Meyers développe notamment dans son ouvrage Subjection and Subjectivity (1994), l’empathie est cependant loin de susciter la même attention chez la plupart des éthiciennes du souci des autres. L’empathie est, il est vrai, un terme à la fois ambigu (Dan Zahavi, 2012) et polysémique (Michel Dupuis, 2014). Qu’est-ce qui la distingue, par exemple, des sentiments de sympathie et de compassion ? Et en quoi, plus généralement, relève-t-elle de l’affectivité ? En quoi, par ailleurs, concerne-t-elle la réflexion morale et quel rôle, plus précisément, joue-t-elle au sein d’une éthique du souci des autres ? L’empathie est-elle un moment nécessaire au souci des autres ; mieux, en est-elle au fondement ? Pour aborder ces questions, nous croiserons deux approches qui, bien que s’ancrant dans des traditions très différentes, partagent une même attention au souci des autres : l’éthique féministe de Diana T. Meyers et la phénoménologie herméneutique de Paul Ricœur