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Animatrice : Sylvia Duverger (Paris 8)
Titre : Phénoménologie féministe francophone - Séance Françoise Collin et conclusion
Résumé : Avec Diane Lamoureux professeure, département de science politique, université de Laval Eleonora Missana docteure, université de Turin, département de philosophie. Chercheuse indépendante Françoise Collin avait déjà derrière elle une œuvre philosophique et littéraire lorsqu’elle a créé, en 1973, Les cahiers du Grif. Sa conception de cette revue comme espace d’élaboration d’une réflexion plurielle précédée par une époché du savoir dans son entièreté – émanant du système patriarcal, il pactise nécessairement avec lui – doit, paradoxalement, beaucoup à sa familiarité avec la phénoménologie. Les articles qu’elle-même y a publiés peuvent-ils être considérés comme des fragments de phénoménologie féministe ? Le caractère crucial de sa rencontre avec l’œuvre de Hannah Arendt, qu’elle lit avec une vigilance critique dénuée de toute complaisance, ainsi que son souci, tout autant féministe qu’antidogmatique, de se garder de tout essentialisme ne confirment-ils pas le tissage, dans sa pensée, des approches phénoménologiques et féministes ? Conclusion du colloque faite par Thamy Ayouch, Sylvia Duverger et Marjolaine Deschêne Eleonora Missana étudiera la façon dont Françoise Collin pense, notamment autour de la notion arendtienne de natalité, les questions de la naissance/natalité, de la génération, et de l’identité/altérité ; elle la confrontera à l’approche différencialiste de Carla Lonzi, d’une part, et à la relecture de Hannah Arendt développée ces dernières années par Judith Butler.

Auteure : Diane Lamoureux (Université Laval)
1 - Françoise Collin : penser en situtions
-Il est difficile de dissocier les aspects esthétiques, philosophiques ou politiques dans la pensée de Françoise Collin. Il me semble que celle-ci retient de la tradition existentialiste le fait de penser à partir de l’événement, une idée qu’elle retrouve plusieurs années après ses études avec Merleau-Ponty chez Hannah Arendt, ce qu’on pourrait appeler également, suivant Sartre, penser en situations. Je prendrai deux exemples pour illustrer mon propos : d’une part, la réflexion que développe Collin sur les différences entre les femmes, différences qui n’excluent pas la possibilité d’une action politique féministe; d’autre part, ses interventions sur la question de la parité. Dans les deux cas, je mettrai l’accent sur les circulations entre théorie et pratique et sur la « complication » inhérente au travail du « penser », sans que cela contredise l’action.
Auteure : Eleonora Missana (Université de Turin)
2 - L’élaboration de la notion arendtienne de ‘natalité’ dans la pensée de Françoise Collin et sa contribution à la réflexion éthico-politique féministe contemporaine
Le cinquième chapitre de la monographie fondamentale que la philosophe Françoise Collin a dédié à Hannah Arendt, L’homme est-il devenu superflu ?, sera le point de départ de notre réflexion. Nous commencerons notamment par l’examen de la notion de natalité mise en lumière par Collin comme « pierre angulaire de tout l’édifice de la pensée arendtienne », c’est-à-dire comme notion centrale dans l’articulation conduite par Arendt de la Vita Activa : privé, social et politique. L’examen permet à Collin d’élaborer, d’un point de vue philosophique, quelques-unes des questions majeures ouvertes par et pour la pensée féministe contemporaine. En particulier, nous suivrons sa réflexion sur la question de la génération – et de la transmission – comme « face cachée de la démocratie », puisqu’elle rend insuffisant le principe de l’égalité des droits et rend nécessaire de mener une réflexion autour des notions d’autorité et de responsabilité dans la mise au monde et dans la construction d’un monde avec et pour l’autre. Ensuite, nous confronterons la pensée de Collin, d’une part, aux réflexions conduites sur les mêmes sujets – naissance/natalité, génération, identité/altérité – par la philosophie italienne de la différence, de la pionnière Carla Lonzi au groupe des philosophes de Diotima ; d’autre part, à la philosophe étasunienne Judith Butler, dans sa récente reprise de Arendt. Apparaît alors, tel un fil rouge dans notre parcours, la délinéation d’une éthique de l’obligation morale qui s’étaye sur l’hétéronomie et la précarité du sujet qui devient lui-même à partir de l’événement - ou l’avènement - d’un autre, déjà-là ou à venir, et toujours imprévu dans l’être et dans le temps.
Auteure : Sylvia Duverger (Paris 8)
3 - Conclusion du colloque
Conclusion du colloque