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Animatrice : Sonia Dayan-Herzbrun (Université Paris Diderot-Paris 7)
Titre : Se dire ou ne pas se dire « féministe » dans le contexte (post-dé)colonial Circulation des rapports de domination : expériences et stratégies des femmes - Table-ronde - Des pratiques féministes sans féministes? Questions épistémologiques et résultats empiriques
Résumé : À la lumière de nos trois terrains respectifs, il est apparu frappant d’observer à quel point les actrices que nous étudions refusent de se qualifier de « féministes ». Pourtant, lors de l’examen de leurs pratiques, de nombreux appels à l’égalité hommes/femmes ont été constaté et des redéfinitions de normes de genre nous sont apparues. Les sociologues que nous sommes sont-elles pour autant légitimes à requalifier de facto leurs appartenances et leurs combats stratégiques de « féministes » ? Comment travailler lorsque « se dire » et « faire » ne semblent pas correspondre ? Cette table ronde sera l’occasion pour nous de mener ces questionnements tout à la fois éthiques, méthodologiques et épistémologiques tout en présentant nos résultats empiriques sur ce thème.

Auteure : Naïma ANKA IDRISSI (UNIVERSITE PARIS 8)
1 - Entre Sexe, Classe et Race: Pratiques d'élèves de lycées professionnels Les adolescent-e-s au prisme de la circulation des rapports de domination de sexe/ classe/ race
Le but de cette communication est de saisir l’importance de l’intersectionnalité dans l’étude et la compréhension d’un terrain à travers en s’appuyant un lycée professionnel dans lequel j’ai été surveillante. En admettant une manipulation raciste du sexisme par le discours politico-médiatique, je m’intéresse à la construction de genre des adolescent-e-s et à la manière dont les filles réagissent à la domination masculine dans un cadre où les dominants sont aussi des pairs dominés dans la structure sociétale et scolaire . Les rapports sociaux de sexe, de race et de classe, un environnement particulier ou encore les dynamiques d’autorité sont autant d’éléments qui conditionnent les interactions et les propos, la manière de se dire et d’apparaître. Il s’agira alors d’analyser des situations à travers ma posture de femme, jeune, d’origine maghrébine, universitaire mais aussi enquêtrice dans un environnement qui est également mon lieu de travail et où j’exerce une autorité auprès d’élèves largement racisé-e-s et de classe populaire. Ces intersections, loin de s’additionner, se mêlent selon les situations et selon les enjeux des discussions. Les rapports sociaux de sexe/classe/race se co-construisent de manière dynamique et il s’agit de voir les effets de ces rapports de domination sur les subjectivités . Il convient de comprendre comment la manière dont je suis perçue et/ou assignée a une incidence sur le jeu de l’enquête et sur ce qu’on me donne à voir.
Auteure : marie sonnette (Labex ICCA)
2 - Être une femme dans un monde professionnel masculin. Redéfinition des normes de genre par des rappeuses en France
Au sein du monde professionnel du rap en France, les rappeuses sont très minoritaires. Elles représentent 5% de la totalité de la population des individus ayant sortis au moins un album de rap. De plus, elles évoluent au sein d’un genre musical construit et perçu comme masculin, aussi bien du point de vue de sa production que de sa réception. Cette minorisation et invisibilisation ont des effets sur les carrières, sur les œuvres et sur les discours. Cependant, beaucoup d’entre elles refusent de se dire féministes et ainsi de se trouver englobées malgré elles dans un mouvement qu’elles perçoivent délégitimant pour leurs confrères rappeurs. En effet, dans les discours publics dominants, le rap est souvent pointé du doigt lorsqu’il faut trouver « des sexistes exemplaires » ; il est l’un des secteurs attaqués dans l’entreprise d’élaboration de représentations stigmatisantes envers les jeunes hommes racisés de milieu populaire. Cette solidarité vis-à-vis des problématiques liées à la race semble donc expliquer l’apparente absence de discours sur le genre. Néanmoins, lors de l’examen de leurs parcours, nous pouvons observer de nombreux discours réclamant une égalité de fait entre hommes et femmes ou des œuvres et des postures intéressantes à observer du point de vue du genre. Dans leurs pratiques, les rappeuses étudiées définissent des normes de genre qui pourraient être interprétées comme subversives, sans pourtant les qualifier stratégiquement de féministes.
Auteure : Yoshimi TANABE (Hitotsubashi University / Université Paris 13)
3 - « Je ne suis pas féministe! » Femmes des quartiers populaires entre pratiques et désignations
Cette présentation a pour objectif de réfléchir aux possibilités d’analyser le refus des femmes des quartiers populaires français de s’associer au féminisme lors de leurs activités culturelles et artistiques féminine non-mixte. Je prendrai l’exemple d’un collectif des femmes en région parisienne. Le collectif s’est formé autour d’un centre social suite aux « émeutes » de 2005 afin de faire dialoguer les habitants. Ayant envie de prendre la parole et constatant la nécessité de changer les images que la société leur renvoie, les femmes concernées ont fait nombreuses créations en dix ans : expositions, pièces de théâtre, lectures, publications de livres et de journaux. Chaque fois que le public leur pose des questions concernant leur rapport au féminisme, elles affirment être concernées par la question de l’égalité homme-femme bien qu’elle ne soit jamais mise en avant par elles-mêmes dans l’espace public. Au contraire, elles refusent d’être qualifiées de « féministes » notamment pour deux raisons. Premièrement, le féminisme leur semble fortement lié aux discours « contre le voile » avec lequel elles sont « totalement en rupture ». Deuxièmement, leurs mobilisations sont principalement basées sur leurs expériences du racisme et des discriminations raciales au sein desquelles « les femmes des quartiers populaires » sont souvent représentées comme « victime » (de « leurs » hommes) en particulier dans les discours féministes. Ces mobilisations féminines non-mixtes leur permettent de contester ces représentations et discours qui les victimisent sans être conscient des implications racistes. Dès lors, quelles sont des circonstances qui leurs permettent de se libérer des paroles « féministes », quand les dimensions « féministes » de leurs mobilisations restent informelles et discrètes sous la domination raciale ? Or, est-il légitime de poser cette question en tant que chercheuse lorsqu’elles refusent cette catégorisation ?