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Titre : Savoirs sexuels en mouvements : Sur les effets théoriques des pratiques de résistance - Séance 1 - Féminismes, pratiques et productions culturelles
Résumé : -

Auteure : Melinda Mod (LEGS - Université Paris 8)
1 - Transformation des luttes féministes en projets littéraires : l’effet de l’engagement féministe de Leïla Sebbar sur ses récits
Dans les années 1970, le nom de Leïla Sebbar – écrivaine reconnue par de nombreux prix – était bien connu dans les cercles féministes militants auxquels elle participait activement. Cofondatrice de la revue Histoires d’elles, elle contribuait régulièrement aux revues Sorcières, Frontières, etc. et travaillait avec des personnages comme Geneviève Fraisse, Nancy Huston ou Simone de Beauvoir. Malgré l’intensité de son engagement féministe durant ces années, Sebbar a quitté petit à petit ses milieux pour se concentrer exclusivement à une production littéraire qui interroge l’histoire coloniale, ses mémoires et ses silences, ainsi que l’exil et le métissage des générations d’un monde multiculturel. Dans cette intervention, nous proposons d’interroger les effets que l’engagement féministe produit sur une oeuvre romanesque dont les thématiques se focalisent sur des questions socio-politiques contemporaines. Peut-on parler de militantisme dans le cas de la transposition et transformation des sujets féministes en récits romanesques atteignant un large public international ? Les écrits de Sebbar sont-ils des actes féministes, des prises de position ou doit-on considérer que le féminisme y occupe la place de la matière première à partir de laquelle l’écrivaine construit des récits ? Et comment peut-on interpréter le fait qu’elle opte pour la forme des recueils collectifs, qu’elle inclue des bribes autobiographiques liées à l’histoire du féminisme français dans ses fictions ?
Auteure : Carolina Maldonado (laboratoire LEGS, Ecole doctorale Pratiques et théories du sens, Paris 8)
2 - Le théâtre de la cruauté comme espace de subversion féministe
La philosophie et le théâtre d’Artaud s’engagent dans une critique de la rationalité dominante occidentale. Celle-ci impose certains modèles statiques d’existence, compatibles avec le maintien des relations de pouvoir existantes. Cela nie la complexité de la vie et son caractère polysémique, ainsi que notre capacité de questionner et de construire des positions critiques face aux codes et aux valeurs imposés : l’énergie de la vie nous est ainsi refusé. Néanmoins, il y a un art vivant capable de nous redonner un souffle de vie. C’est le théâtre de la cruauté proposé par Artaud : un art qui veut dépasser toute frontière et ouvrir sans cesse des fissures dans nos convictions. L’expérience esthétique de cet art s’ouvre comme possibilité de subversion. Dans ce travail nous voudrions remarquer une autre perspective possible sur la rationalité hégémonique qu’Artaud questionnait. Cette rationalité organise en effet l’existence humaine selon des hiérarchies dont l’une est l’ordre du genre. En plus d’être occidentaliste, la rationalité hégémonique est intimement machiste et hétérosexuelle. Les normes hégémoniques du genre sont constitutives d’une hiérarchie qui congèle nos corps et nos vies, mais qu’un art de la cruauté peut chercher à briser. Les manières de vivre le genre ne correspondant pas aux normes de ce système peuvent servir à subvertir les catégories régissant notre monde. Comment certaines actions artistiques féministes peuvent-elles se montrer capables de mettre en branle la créativité humaine et de rendre possible une affirmation de la vie ? Comment mettent-elles en scène un théâtre de la cruauté ?
Auteure : Heta Rundgren (Université Paris 8 / University of Helsinki)
3 - Entr’elles ou comment tester le roman réaliste post-normâle
La description de la sexualité lesbienne s’avère impossible dans The Golden Notebook (1962, Londres) de Doris Lessing. Or, ce projet d’écriture réaliste dessine les contours d’une amitié entre deux intellectuelles blanches et localise quelque chose d’étrange au sein de cette entr’elles : « Je devrais écrire l’expérience à laquelle le rêve se réfère. [Là, Anna avait tracé un épais trait noir en travers de la page…] » Le trait noir rend visible les difficultés à (d)écrire la communauté et la sexualité féminine avec les moyens du roman réaliste, dont le point de vue reste trop souvent masculin, normâle. Des années plus tard, pour Teresa de Lauretis (1988), la représentation réaliste reste homme-centrée au point qu’écrire du désir des femmes ou représenter les lesbiennes nécessite, pour elle, un dépassement du réalisme. Or, elle parle d’un certain réalisme, le réalisme normâle. Quelque chose a-t-il, depuis, changé quand Stieg Larsson (d)écrit, dans la protagoniste de la trilogie Millénium (2005, Stockholm) une bisexuelle « tout à fait ordinaire, avec exactement les mêmes envies et pulsions sexuelles que les autres » femmes ? Le terme d’entr’elles invite à une expérience conceptuelle : testons dans quelle mesure les réalismes de Lessing et de Larsson sont post-normâles en étudiant les espaces ou les instances critiques par rapport au normâle au sein de ces romans. Bref, cherchons ce qui ferait pivoter le réalisme normâle vers la possibilité d’une communauté queere ; et questionnons ainsi la logique selon laquelle une sexualité queere devrait forcément briser les conventions d’écriture réalistes.
Auteure : Dolores María LUSSICH (CNRS PARIS VIII)
4 - Voyages : entre la Queer Theory et le féminisme de la différence
La conception derridienne de la femme et du féminin – au travers de l’idée de différance – se fonde sur la critique nietzschéenne de la métaphysique et de l’idée d’égalité définie par les Lumières. Nietzsche et Derrida, chacun à son époque, remettent en cause, dans le féminisme, la poursuite exclusive de l’égalité, qui ne leur paraît pas prendre en compte le problème de la différence. En ce sens, l’égalité est inévitablement conçue d’une façon qui renforce les fondements masculins de sa définition. L’objet essentiel de notre recherche consistera à repenser la question de la différence, au moment où le concept est mis en tension, du fait notamment du fait de l’impact de la Queer Theory. Le coeur conceptuel de la Queer Theory consiste à soutenir que, non seulement le genre féminin est une construction sociale, mais, aussi, le sexe en tant que tel. Notre hypothèse est que, s’il est certain que cette ligne de pensée a ouvert des horizons considérables, elle ne permet toutefois pas de poser en termes adéquats la question de la différence.