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Titre : Genre, Migrations et Politiques publiques - Séance 1 - Le genre des politiques migratoires dans le cas français (première moitié du 20e siècle)
Résumé : -

Auteure : Elisa Camiscioli (Binghamton University (SUNY))
1 - Les archives de l’intime: genre, reproduction, et immigration en France au début du 20ème siècle
Cette étude montre comment le domaine de « l’intime » éclaire notre compréhension du genre et du processus migratoire tout en élargissant les notions traditionnelles de la politique publique. Conformément aux recherches féministes qui questionnent la distinction rigide entre les sphères publique et privée, la notion de l’intime souligne l’importance des questions concernant la reproduction, la famille et les relations sexuelles pour les politiques de l’État. J’examine ces thèmes en référence au débat sur l’immigration au début du 20e siècle en France, et plus spécifiquement les discussions sur les femmes françaises et leurs rapports avec les hommes étrangers. Les immigrants en France pendant cette période étaient principalement des hommes européens et blancs d’Italie, d’Espagne et du Pologne ; dans l’entre-deux-guerres surtout, des « mariages mixtes » entre des Françaises et des hommes européens devenaient de plus en plus courant. Je vais montrer comment l’intérêt de l’État à encourager la croissance démographique ainsi que la pureté raciale a influencé la politique publique sur l’immigration. Par exemple, la loi de 1927 sur la nationalité française, qui pour la première fois a permis aux Françaises de retenir leur nationalité après un mariage à un homme étranger, était motivée par des soucis natalistes pour augmenter la population française plutôt que par les demandes égalitaires des féministes. La loi de 1927 n’est qu’un exemple d’un cas où la politique de l’immigration était influencée par les questions intimes de la reproduction et des relations sexuelles, y compris la peur de métissage entre les femmes françaises et les sujets coloniaux Les archives de l’intime donnent ainsi de nouvelles sources qui peuvent éclairer le rapport entre femmes, genre et immigration.
Auteure : Linda Guerry (INRS)
2 - Genre et politiques d’immigration de main-d’œuvre dans la France des années 1920 et 1930
Prenant en compte les interactions entre les représentations (sociales et culturelles) et les pratiques des acteurs politiques et économiques, l’analyse montrera l’importance du système de genre (représentations du féminin et du masculin et rôles sociaux qu’occupent les hommes et les femmes) dans le façonnement, l’interprétation et la mise en pratique des politiques d’immigration et de gestion du marché du travail dans une configuration historique particulière. A partir de sources diverses (articles de presse, publications de savants, archives administratives, dossiers d’étrangers, statistiques, etc.), j’analyserai le poids du genre dans l’embauche d’une main-d’œuvre étrangère au cours des décennies 1920 et 1930 dans un contexte où s’élabore une politique d’immigration en France. Je présenterai comment le genre de l’immigrant-e joue sur son droit au travail, au séjour, à la circulation. La question morale, celle de l’interchangeabilité des catégories de main-d’œuvre, du contrôle des corps et de la mobilité, de la « crise de la domesticité », de « l’introduction des familles de travailleurs étrangers » seront abordées. Le rôle des États d’émigration (Pologne et Italie) dans ces politiques sera également analysé.
Auteure : Aurélie Audeval (EHESS)
3 - IndésirablEs ? Genre et régulations négatives des populations, France, 1938-1942
À travers la construction de la catégorie d'étrangèr.e. indésirable au cours des années 30 et de l'internement de personnes ainsi assignées à partir de 1938, cette communication se propose de reprendre les concepts d'élimination (Kallis : ) ou de régulation par la négative des populations afin de les observer au prisme du genre. En effet, les migrant.e.s ne se trouvent alors pas seulement confronté.e.s aux difficultés de politiques d'accueil peu bienveillantes mais font bien face à des politiques de plus en plus violentes visant à les mettre physiquement et spatialement en dehors de la communauté nationale. L'enjeu étant de réguler ces populations vers la négative, la question reproductive devient pour les autorités un enjeu central conduisant à des assignations et à des traitements administratifs spécifiques en fonction du genre. Effleurant la question du mariage mixte des femmes étrangères, je reviendrais ici surtout sur la création d'espaces d'internement non mixtes, comme dispositif central antireproductif, et sur la mise sous tutelle étatique des indésirables femmes internées ou assignées.