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Titre : Genre, Migrations et Politiques publiques - Séance 2 - Contrôle et assignations des migrant-E-s (Afrique et Europe)
Résumé : -

Auteure : Marie Rodet (SOAS - University of London)
1 - Genre, génération et contrôle de la circulation des personnes entre le Mali et le Sénégal à l’heure de Modibo Keita (1959-1968)
Ma présentation analyse les questions migratoires et frontalières entre le Sénégal et le Mali dans une perspective de genre, de la création de la Fédération du Mali en 1959 jusqu’à la chute du régime de Modibo Keita en 1968. Nos recherches montrent la continuité des mouvements migratoires entre le Mali et le Sénégal, malgré les différentes mesures gouvernementales prises pour les limiter, et témoigne de l’importance des liens familiaux et intergénérationnels et le rôle central des femmes dans le maintien de mouvements migratoires. Le régime de Modibo Keita se retrouve confronté pendant toute la période à une tension originelle entre un projet hautement politique de construction nationale et une réalité sociale de longue durée de construction de communautés désormais transnationales. Au-delà des injonctions politiques, les migrations maliennes à l'époque sont déjà fortement marquées en terme de genre, de classe et de génération dans un contexte régional spécifique. Du point de vue institutionnel, la question du contrôle de la circulation des personnes à cette époque se révèle ainsi intimement lié au contrôle de la jeunesse et à la politisation des affaires familiales. Nous analysons également comment les acteurs et actrices concerné-e-s tentèrent eux/elles-mêmes de faire face à une emprise toujours croissante du politique sur leurs mouvements migratoires et leur vie familiale. Les réactions des populations et leurs stratégies de contournement nous éclairent notamment sur la construction des identités régionales et nationales dans le Mali postcolonial.
Auteure : Gwénaëlle Mainsant (CNRS)
2 - Les prostituées migrantes face à la justice, impossibles ou nécessaires victimes?
La tension entre vision victimaire des prostituées migrantes et condamnation de l’immigration irrégulière qui traverse l’administration des prostituées migrantes en fait un cas de prédilection pour envisager les rapports entre genre et politique migratoire dans le contexte français. En effet, dans les discours médiatiques et politiques dominants, les prostituées migrantes se voient souvent réduites à des victimes de la traite. Plus encore, l’administration des prostituées migrantes par les institutions est enserrée dans une tension : une prostituée étrangère est simultanément considérée comme coupable de franchissement illégal des frontières et victime de proxénétisme. Cette tension traverse les pratiques d’administration des prostituées migrantes, que ce soit par les associations, par la police ou encore par la justice. Le dispositif du procès de proxénétisme parce qu’il vise à établir l’existence de l’infraction, oblige les professionnels de justice à qualifier les liens entre la prostituée et son proxénète (compagnonnage, liens familiaux, exploitation), le statut d’auteur et celui de victime. L’observation de ces procès permet ainsi de saisir la prégnance chez les professionnels de justice de cadres cognitifs socialement situés, racialisés et genrés dans l’interprétation de la gravité de l’infraction (de la place de la violence notamment), des rôles des justiciables dans l’affaire et in fine des catégories juridiques. Les observations des procès de traite et proxénétisme (conduites depuis novembre 2014) et les entretiens avec des professionnels de justice (procureurs, avocats de la défense et des parties civiles, juges du siège) au sein du Tribunal de grande instance de Paris permettront ainsi d’éclairer les dimensions racialisées et genrées d’une politique sexuelle, et en creux, d’une politique migratoire.
Auteure : Sarah Mazouz (Humboldt Universität zu Berlin)
3 - Expériences de binationalité: entre assignations raciales et injonctions de genre (Allemagne)
En se fondant sur une enquête ethnographique en cours sur les usages sociaux de la double nationalité en Allemagne, cette communication entend s’appuyer principalement sur des entretiens biographiques réalisés avec des personnes binationales (germano-française ; germano-tunisiennes et germano-turques) pour voir comment la double nationalité peut se réfracter dans différentes sphères de vie et dans diverses facettes de l’existence d’un individu (Yngvesson et Bibler Coutin 2006). Ici, l’examen sera porté sur la manière dont les formes d’assignation en termes de genre et de sexualité, de racialisation, de classe et d’âge orientent l’expérience des binationaux. Par exemple, un Germano-turc peut être perçu uniquement comme un Turc et être traité comme tel parce qu’il appartient aux classes populaires et qu’il est un homme jeune. En revanche, une Germano-française élevée en France peut finalement faire le choix de s’établir en Allemagne à l’âge adulte parce que les manifestations du sexisme ordinaire lui paraissent moins prononcées qu’en France. L’enquête actuellement menée apporte aussi des éléments de réflexion sur les configurations différenciées et les formes diversifiées de « carrières de nationalité » (Becker 1985 ; Darmon 2008) qui peuvent apparaître au sein d’une même famille en fonction des assignations de genre et de la manière dont est (devenu) binational. Ainsi, cette communication s’appuiera sur les travaux qui montrent que les assignations identitaires ne s’additionnent pas nécessairement (Davis 1982 ; Crenshaw 1995) mais qu’elles s’articulent de manière diversifiée selon les situations et les configurations sociales, politiques et économiques (West et Zimmerman 1987 ; West et Fenstermaker 1995). L’ethnographie des expériences permet aussi d’étudier la manière dont s’articulent contrainte et subjectivation (Foucault 2008 et 2009), en examinant notamment les formes de réappropriation mises en œuvre par les personnes auxquelles s’applique ce statut.