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Titre : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 1 - Corps, sexualité, biomédicalisation
Résumé : -

Auteure : Marilou Gagnon (Université d'Ottawa)
1 - On ne soigne pas les femmes comme les hommes » : Réflexions critiques sur les effets secondaires liés aux antirétroviraux
La thérapie antirétrovirale combinée est la pierre angulaire de la prise en charge clinique de l’infection par le VIH. La prise quotidienne d’une combinaison d’antirétroviraux permet aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) de préserver/rétablir leur fonction immunitaire et de maintenir une charge virale faible voire même indétectable. Alors que la thérapie antirétrovirale démontre une efficacité indéniable (et quantifiable) chez la majorité des PVVIH, elle provoque de nombreux effets secondaires qui affectent négativement la santé et la qualité de vie de celles-ci. En effet, chaque antirétroviral engendre une panoplie d’effets secondaires; ces derniers peuvent varier d’une personne à l’autre (p.ex., durée, intensité, sévérité) et se manifester différemment en fonction de certains facteurs comme l’âge, le sexe, l’histoire médicale et l’exposition antérieure aux ARV, etc. En dépit des avancées qui ont contribuées à améliorer et simplifier la thérapie antirétrovirale au cours de la dernière décennie, les effets secondaires sont toujours bien présents dans la vie des PVVIH – et surtout, dans la vie des femmes vivant avec le VIH. Cette présentation prend comme point d’appui l’expérience des femmes vivant avec le VIH avec les effets secondaires et propose des pistes de réflexion pour renouveler notre façon de comprendre cette expérience. En s’inspirant de perspectives cliniques, empiriques et théoriques, cette présentation nous invite à réfléchir à la question du genre en lien avec les effets secondaires de la thérapie antirétrovirale. Cette présentation se veut donc une réflexion critique sur la question du genre telle qu’elle se manifeste dans la présentation, la reconnaissance, la prise en charge et la surveillance des effets secondaires.
Auteure : Coline Mey (AIDES)
2 - Les femmes vivant avec le VIH à l’épreuve des évènements indésirables – L’enquête EVE (France)
Les effets indésirables (EI) des traitements et/ou du VIH impactent souvent la qualité de vie des femmes vivant avec le VIH, encore peu représentées dans les essais thérapeutiques. Le besoin de renseigner cette réalité peu entendue a été exprimé lors d’une rencontre nationale de femmes PVVIH organisée par AIDES. Le questionnaire de l’enquête EVE (AIDES-Inserm), construit avec des femmes concernées, a été proposé pendant 1 an (2013-2014). La grille ACTG de recueil des symptômes ressentis a été reprise et compétée. La relation médecin-patient et les solutions trouvées étaient aussi explorées. 315 femmes PVVIH ont répondu à l’enquête (âge moyen 48 ans, 71% nées en France, durée médiane d’infection par le VIH 18 ans). Le nombre médian d’EI ressentis et d’EI ressentis comme gênants lors des 12 derniers mois était respectivement de 13 (IQR 9-17) et 9 (IQR 5-12). Parler avec son médecin des EI vécus dépend du type d’EI (82% des femmes ont parlé de la fatigue, 28% de leurs problèmes sexuels) et de facteurs socioéconomiques. Le médecin a plus souvent orienté vers un autre spécialiste (45%) que proposé un changement de traitement ARV (24%) ou un dosage pharmacologique (8%). Face aux EI vécus, 76% déclarent trouver des solutions au moins partielles et 25% des femmes ont modifié leur prise d’ARV (parmi elles, 24% l’ont fait sans discussion avec leur médecin). Les EI courants restent encore très fréquents chez les femmes PVVIH avec un fort retentissement sur la vie quotidienne et sur la prise des traitements.
Auteure : Francesca Mininel (Université Aix-Marseille)
3 - Virginity for health. Les concours de vierges modèles et la prévention du sida au Togo
Les mouvements religieux chrétiens sont de plus en plus impliqués dans les programmes de prévention du VIH en Afrique. Leur stratégie associe la promotion de la virginité et de la fidélité et, de plus en plus, le test de virginité. Au Togo depuis les années 1990, dans un contexte de crise politico-économique, les organisations religieuses ont acquis un rôle croissant dans le domaine médical et psychosocial. Ces acteurs sont diversement impliqués dans le "Trophée des Vierges", défini par le CNLS/Togo comme la "meilleure pratique au Togo dans les domaines de la prévention du VIH" en 2012. Depuis 2009, ce concours se déroule chaque année après une sélection des candidates réalisé sur la base de critères "moralistes" et biomédicaux: entretiens visant à évaluer la "moralité" des filles, test gynécologique de virginité, évaluation des compétences communicatives. Ma recherche analyse le Trophée en tant que dispositif de légitimation et de codification des normes morales et religieuses en matière de comportement sexuel à travers l’utilisation du discours biomédical et épidémiologique ainsi que des techniques psycho-sociales de communication de masse. Elle montre que la pratique du test gynécologique de virginité comme moyen de prévention des ITS aggrave la responsabilisation des femmes qui pratiquent du sexe pré- ou extra-marital et du sexe transactionnel comme vectrices du VIH/sida. Elle renforce la forme dominante de masculinité qui représente l'homme comme biologiquement incapable de contrôler ses désirs sexuels. Elle contribue à stigmatiser le port du préservatif qui est souvent associé à la "prostitution" et à l'"infidélité".