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Titre : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 3 - Intersectionnalité des rapports sociaux
Résumé : -

Auteure : Estelle Carde (Université de Montréal)
1 - L’intersectionnalité des rapports sociaux dans le cadre du VIH : soins et maternité en Guyane française
L’épidémie du VIH est particulièrement active en Guyane française, où elle affecte de nombreux étrangers et plus de femmes que d’hommes. Chez celles de ces femmes qui sont enceintes, la prise régulière d’antirétroviraux diminue drastiquement le risque de transmission du virus à l’enfant. Or l’observance des femmes enceintes est moindre en Guyane qu’ailleurs en France. L’objectif de cette communication est d’identifier les différents rapports sociaux inégalitaires qui entravent l’accès des femmes à ces médicaments, affectant ainsi leur santé et celle de leurs enfants. Elle s’appuie sur l’analyse qualitative d’entretiens semi-directifs menés auprès de femmes et de professionnels impliqués dans leur prise en charge (travailleurs sociaux et soignants). Il s’avère que l’accès aux soins des femmes est entravé par les rapports sociaux inégalitaires qu’elles vivent en tant que : - étrangères sans-papiers : par crainte des contrôles d’identité, elles évitent tout déplacement, y compris vers un établissement de soins - pauvres : les soins, même « gratuits » car pris en charge par leur couverture maladie, sont relégués derrière d’autres priorités telles que l’hébergement - porteuses d’une maladie stigmatisée : le souci de cacher leur infection à leur entourage les contraint à éviter tout soin susceptible de trahir leur secret - issues de minorités culturelles : certaines comprennent mal les principes des soins biomédicaux Or c’est articulés les uns aux autres que ces différents rapports sécrètent les obstacles les plus tangibles à l’accès des femmes aux médicaments. En conclusion, sont présentées les stratégies que les professionnels élaborent pour atténuer ces obstacles.
Auteure : Isabelle Robichaud (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Maria Nengeh Mensah (UQAM)
2 - Travail social, VIH/sida et perspective féministes : quels héritages pour l’intervention auprès des femmes vivant avec le VIH/sida au Québec ?
Au cours des trois décennies de l’épidémie, la pratique du travail social féministe a énormément évolué. Tandis que les travailleuses sociales de la première heure s’engageaient à accompagner des malades en fin de vie, les avancées thérapeutiques sont venues recadrer la prestation de services sociaux pour les femmes vivant avec le VIH (FVVIH). Les interventions se focalisent davantage autour du soutien social et de la gestion de comportements, notamment en lien avec l’adhérence aux médicaments, le maintien en emploi et le dévoilement du statut sérologique. Cette deuxième décennie est aussi marquée par le renouvèlement des théorisations féministes critiques qui questionnent la catégorie « femme », une critique qui tarde à pénétrer le champ du travail social, et ce, tant dans les milieux institutionnels que communautaires. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, on constate que l’épidémie n’est plus une grande priorité des organisations du travail social car considérée trop spécifique et que parallèlement les approches féministes ne sont guère promues comme allant de soi lorsqu’on intervient avec une FVVIH. Cette communication dressera un bilan des manières dont le travail social et les perspectives féministes se sont conjuguées au cours des trois décennies. De là, nous dégagerons les enjeux et les défis actuels que nous lègue cet historique en matière d’intervention féministe. Nous nous interrogerons sur la discrimination systémique et structurelle qui affligent les FVVIH de même que sur l’importance de démanteler les représentations stigmatisantes et hégémoniques en place. En conclusion, nous aborderons la nécessité de réduire la distance qui s’est installé au fil du temps entre les travailleuses sociales, les FVVIH et les perspectives féministes.
Auteure : Élise Marsicano (Université Strasbourg)
3 - Une affaire de femmes et de minorités masculines : les discriminations envers les personnes vivant avec le VIH en France métropolitaine
L’association du sida à une mort imminente au début de l’épidémie et le fait que le sida ait principalement touché des groupes antérieurement stigmatisés ont favorisé des conduites discriminatoires envers les personnes vivant avec le VIH. En nous appuyant sur les données de l’enquête ANRS-Vespa2 conduite en 2011 auprès de 3022 personnes séropositives, nous souhaitons montrer que la hiérarchie des discriminations envers les personnes séropositives rend compte de l’articulation des rapports de domination, dans laquelle le genre s’articule avec d’autres rapports sociaux de pouvoir. Au-delà d’une analyse centrée sur le seul stigmate lié à la séropositivité, l’approche présentée ici permet de mettre en évidence que les discriminations, mesurées à travers le vécu de traitements inégalitaires, reflètent des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux. Ce sont les femmes qui sont concernées au premier chef par les discriminations mais également les minorités masculines (homosexuels, migrants, usagers de drogue). Dans la famille, l’ordre masculin hétérosexiste se traduit par des discriminations accrues envers les femmes et les minorités masculines séropositives que sont les homosexuels et les usagers de drogue par injection. Dans le travail, ce sont les femmes ainsi que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et ceux immigrés d’Afrique subsaharienne qui rapportent les plus hauts niveaux de discrimination dans cette sphère sociale. Ces résultats plaident pour ne pas couper l’analyse des discriminations de celles des inégalités sociales, qu’elles soient de classe, de race ou de sexe et pour étendre leur étude à la sphère dite privée.