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Titre : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 5 - Criminalisation
Résumé : -

Auteure : Maria Nengeh Mensah (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Kazatchkine Cécile (Analyste principale des politiques, Réseau juridique canadien VIH/sida)
1 - Engager une réflexion féministe sur la criminalisation du VIH
En 2012, la Cour Suprême du Canada a jugé que les personnes vivant avec le VIH peuvent être condamnées pour agression sexuelle grave pour ne pas avoir dévoilé leur séropositivité à leur partenaire sexuel et ce, même si un préservatif a été utilisé ou que leur charge virale est indétectable. La criminalisation de la non-divulgation du VIH soulève des enjeux spécifiques pour les femmes et plus particulièrement pour les femmes vivant avec le VIH dépendantes de leurs partenaires ou qui sont dans des relations abusives. Associer la non-divulgation du VIH à l’agression sexuelle soulève plusieurs difficultés car les cas de non-divulgation sont très différents des autres cas d’agressions sexuelles. Cela pose aussi la question de la notion de consentement à l’acte sexuel en droit canadien. Peu de chercheurs et juristes féministes se sont penchées sur la question alors que le durcissement de la criminalisation se fait souvent au nom d’une meilleure protection, par le droit criminel, de l’autonomie sexuelle et de l’égalité. Le Réseau juridique Canadien VIH/sida a donc lancé plusieurs initiatives visant à créer un espace de dialogue entre chercheurs, juristes, acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes et membres de la communauté du VIH pour qu’une réflexion féministe éclairée sur la criminalisation de la non-divulgation du VIH et ses implications puisse être engagée et des alliances créées dans le but de mettre fin à un usage excessif et dommageable du droit criminel contre les personnes vivant avec le VIH.
Auteure : Kira Ribeiro (Université Paris 8 - Vincennes Saint-Denis)
2 - La criminalisation du VIH, entre invisibilisation et matérialisation des violences faites aux femmes
La criminalisation du VIH a souvent été présentée par ses partisans comme un moyen de protection des populations, en particulier des femmes. En France, l’association Femmes Positives a ainsi cherché à faire reconnaître la transmission du VIH comme une violence faites aux femmes. En se portant partie civile dans plusieurs procès et en faisant entrer la criminalisation du VIH dans un discours sur les violences sexistes, Femmes Positives a bouleversé le champ de la lutte contre le sida en France, tant d’un point de vue politique que juridique. Au-delà de la question de la pertinence ou de l’effet néfaste de la criminalisation, il semble nécessaire d’entendre ces discours afin de comprendre ce qui est en jeu dans ces procès. A travers une analyse de plusieurs dossiers de procédures pénales pour transmission du VIH en France, je tenterai de montrer comment, bien souvent, la contamination par le VIH permet de matérialiser des situations de violences conjugales, tout en ayant pour effet de minimiser, voire d’invisibiliser, le contexte de violences dans lequel elle s’inscrit. Il s’agira alors non pas de justifier la criminalisation, mais bien d’en établir une critique féministe qui prenne réellement en considération les expériences vécues de ces femmes et qui mette en lumière l’incapacité du système judiciaire à prendre en charge la question des violences conjugales.
Auteure : Doline Raisa BETDJI (Synergie des Sciences Sociales)
3 - De Mères à « Criminelles » ? Le destin des femmes face aux ruptures d’ARV au Cameroun
Si « prendre chaque jour sans sauter » fait partie du discours officiel dans la prise de médicaments ARV, il est une réalité devenue presque banale ces dernières années au Cameroun : les ruptures et rationnements ARV. Afin de rendre visible les drames individuels que vivent les patients confrontés à cette situation, l’association Synergie des sciences sociales et humaines (3SH) a mené en 2013 un travail de recherche sur « la face cachée des ruptures et rationnements ARV ». A travers un recueil de témoignages et leur analyse thématique, cette étude a mis en évidence : la détresse psychologique profonde née de la contradiction entre le discours des soignants "prendre chaque jour sans sauter" et la réalité des ruptures ; la crainte des résistances, des échecs thérapeutiques, de la mort ; la distance qui se creuse entre soignants/soignés et un impact socioéconomique considérable : ralentissement des activités économiques; pertes d’emploi, angoisse, inflation des dépenses de santé. Alors qu’hommes et femmes sont concernés pareillement par ces conséquences des ruptures et rationnements ARV, les femmes quant à elles vivent avec la « peur que l'enfant que je porte peut contracter le VIH » qui contribue à leur vulnérabilité face à l’épidémie et modifie leur relation à elle-même et au fait d’être mère, leur relation aux autres particulièrement leur relation au système de santé.