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Animatrice : Geneviève Rail (Université Concordia)
Titre : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 1 - Savoirs expérientiels et corporels
Résumé : Précédé de mots de bienvenue des organisatrices

Auteure : Lydia Assayag (Réseau québécois d'action pour la santé des femmes)
Le-s co-auteure-s : Isabelle Mimeault (Réseau québécois d’action pour la santé des femmes)
1 - Savoirs féminins et science : le début de la réconciliation ?
L’histoire officielle nous en apprend fort peu sur les rapports entre les femmes, la santé et la science. De surcroit, nous limitons notre regard à l’ère industrielle et au territoire européen. La naissance de la science rationnelle et de la médecine occidentales, marquée par le paradigme cartésien, s’inscrit dans un contexte de misogynie et de naturalisation des différences. Le mépris des médecines et des savoirs traditionnels et l’exclusion première des femmes et des populations autochtones/colonisées des professions scientifiques ont concrétisé l’instauration d’une norme masculine en santé. S’inspirant d’un paradigme holiste, l’approche globale et féministe conçoit l’être humain de façon intégrée : le corps et l’esprit et les émotions forment un tout en interaction avec son environnement social et physique. Cette perspective mise sur la prévention plutôt que sur le curatif et reconnaît aux personnes le droit de prendre part aux décisions concernant leur santé. L’approche globale et féministe de la santé se rapproche des médecines globales orientales (autochtone, indienne/ayurvédique, chinoise), dont les principes se retrouvent maintenant accrédités par les découvertes de la physique quantique, des neurosciences, de l’épidémiologie et des sciences sociales. Des recettes de « grand-mère aux « alicaments » utilisés en cuisine, en passant par l’utilisation de l’effet placebo et par la médecine personnalisée, nous illustrerons comment ces rapprochement s’opèrent et comment la « science », peu à peu, redonne ses lettres de noblesse aux savoirs féminins.
Auteure : Anne Taillefer (Université du Québec à Montréal)
2 - Braver l’orthodoxie biomédicale ? L’exclusion de l’expertise des femmes dissidentes : l’exemple de la vaccination
Le féminisme et le mouvement pour la santé des femmes ont sensibilisé celles-ci sur les abus de pouvoir dans le domaine de la médecine et les risques des médicaments, influençant la façon dont certaines femmes ont considéré les vaccins. Des présupposés sexistes ont façonné les pratiques de vaccination et les années 1970/80 ont engendré une critique féministe de la médecine, évidente dans la littérature sceptique sur le vaccin. Cependant, aujourd’hui, le paternalisme de l’État et l’autorité scientifique souveraine ne permettent pas une critique de la science du vaccin ou de son emploi. Maintes études sur l’hésitation à la vaccination concluent à un modèle de déficit de connaissances dans les cas de non-observance de la population. Mais les doutes provenant « de l’intérieur », de professionnelles de la santé qui ont une vision alternative sur le sujet, sont simplement inadmissibles pour l’orthodoxie biomédicale. Or, cette attitude colonisatrice de déni, cette « monoculture » de l’esprit (Vivanathan, 2006), une pratique d’oppression qui exclue d’autres formes de connaissances, est notamment ce que l’épistémologie féministe de l’ignorance cherche à briser. Cette théorie du savoir, rejoignant l’approche globale et féministe de la santé (du RQASF), est née du constat que « nous ne pouvons pas comprendre pleinement les pratiques complexes de production de connaissances (…) sans comprendre les pratiques qui amènent à ne pas savoir » (Tuana, 2006). Si la science médicale semble aujourd’hui à la fois mono-paradigmatique et monoculturaliste, c’est que son existence dépend du refus et de l’exclusion de savoirs alternatifs et de sa capacité à faire taire, ici, une parole savante, celles de femmes averties par l’expérience. Or, se questionner sur la vaccination veut-il forcément dire s’y opposer ? Cette communication porte sur une étude visant à documenter les discours hétérodoxes marginalisés (savoirs interdits), chez quatre groupes de professionnelles de la santé sur la vaccination au Québec.
Auteure : Sylvie Fortin (Université du Québec à Montréal)
3 - Micropolitique de pratiques corporelles avec des femmes en situation de fragilité
Depuis 2009, nous avons réalisé trois recherches-action en partenariat avec l’Association anorexie boulimie Québec, la Maison d’hébergement l’Entre-Deux et l’Association fibromylagie de la Montérégie. Avec chaque groupe de femmes, notre but était de s’engager dans une pratique de conscience corporelle et d’en cerner l’impact sur la qualité de vie, par divers procédés de représentations du vécu. Troubles du comportement alimentaire, dépression et fibromylagie ont été abordés autant comme expérience phénoménologique que lieu incarné de la vie sociale. Immergées au quotidien dans le discours social dominant qui encourage un idéal fantasmé du corps et invitées une fois par semaine dans des ateliers de mouvement à faire l’expérience d’un discours alternatif qui incite à approfondir l’expérience individuelle sensorielle, les participantes ont fait l’expérience concrète de quelques dissonances entre ces deux discours. Le caractère inachevé du corps nous est apparu un projet sans fin qui présente le danger d’une imposition d’un corps légitime par les discours sociaux dominants autant que par les discours alternatifs. En effet, dans l’ensemble des sociétés post-industrielles, diverses pratiques corporelles sont normalisées au sein d’un vaste marché du « bien-être ». La conscience corporelle comme projet de transformation ouvre donc sur des problématiques sociétales fondamentales. Pour Darmon, « les représentations actuelles de la malléabilité corporelle, notamment féminine, relèvent d’un mouvement de fond » (2008, p. 342). Nos résultats montrent la dialectique qui s’engage entre différents discours sociaux plus ou moins normatifs et l’expérience corporelle singulière des femmes. Cette étude contribue à comprendre comment s’opèrent au quotidien les processus de subjectivation chez ces femmes. Les expériences qu’elles ont rapportées, en termes de comportements, cognitions et émotions, nous réconfortent dans l’idée que leur participation au projet a contribué au développement d’un rapport au corps plus sensible et d’une pensée critique élargie.