Détail ::::::
Animatrice : Lydia Assayag (Réseau québécois d'action pour la santé des femmes)
Titre : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 3 - Mères, industrie biomédicale, justice sociale
Résumé : -

Auteure : Catherine des Rivières (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Isabelle Courcy (Université d'Ottawa)
1 - Le sentiment de détresse des mères de jeunes enfants présentant un trouble dans le spectre de l’autisme. Au-delà de l’« acception du diagnostic » : les conditions matérielles d’existence
Les mères d’enfants présentant un trouble dans le spectre l’autisme (TSA) sont particulièrement à risque de développer divers problèmes de santé comme de la détresse psychologique, de l’épuisement ou une dépression. Bien que des pistes d’explication soient soulevées pour expliquer ces taux de détresse alarmants, très peu de recherches ont analysé les conditions matérielles d’existence dans lesquelles vivent ces femmes. En effet, les liens entre les conditions de vie et l’environnement social pour penser l’état de santé de ces femmes sont souvent secondarisés au profit de théories mettant l’accent sur des processus individuels liés au « deuil » ou à « l’adaptation » au diagnostic de l’enfant. Dans le cadre de cette communication, nous présenterons les résultats de deux recherches visant à comprendre ce qui, dans les conditions matérielles d’existence propres à ces mères, explique les difficultés et les problèmes de santé auxquels elles sont confrontées. L’une de ces recherches a été effectuée avec une méthodologie quantitative auprès d’une centaine de mères alors que l’autre a été conduite avec une méthodologie qualitative auprès de 13 familles d’enfants présentant un TSA. Ces recherches ont permis, d’une part, d’analyser l’effet des conditions de vie des mères sur la détresse psychologique, et, d’autre part, de cerner certaines dimensions du travail qu’elles effectuent auprès de leurs enfants qui rendent celui-ci particulièrement difficile et épuisant. Les résultats seront discutés à la lumière des pistes d’action qu’ils nous permettent de suggérer afin d’aider les mères au-delà d’une perspective individualisante, qui, contrairement à une perspective visant une plus grande justice sociale, tend plutôt à redonner à ces femmes la charge des difficultés qu’elles peuvent rencontrer.
Auteure : Luisa Molino (université concordia)
Le-s co-auteure-s : Geneviève Rail (Université Concordia)
2 - Discours sur le vaccin anti-VPH : quelles éthiques, quelle justice sociale ?
La recherche sur le virus du papillome humain (VPH) et sur la vaccination contre le VPH (VVPH) a explosé au Canada et dans le monde. Les campagnes de VVPH sont l’objet de débats animés sur le lien entre le VPH et le cancer du col de l’utérus ainsi qu’à propos de l’efficacité, du coût, de l’innocuité et des questions éthiques de la VVPH. Malgré de graves préoccupations, des campagnes de vaccination ciblant les jeunes filles ont été implantées dans toutes les provinces canadiennes. La recherche sur de telles campagnes est très limitée et il existe peu d’information sur la VVPH au Canada. Ancrée dans une perspective féministe poststructuraliste, notre étude porte sur le déploiement des discours sur la VVPH au Canada et son impact sur les jeunes Canadiennes. L’étude comprend des conversations avec des jeunes filles de 12 à 16 ans provenant de 4 provinces canadiennes, ainsi qu’avec certains des adultes avec lesquels elles interagissent (parents, enseignantes et enseignants, professionnelles et professionnels de la santé). Nous avons examiné les transcriptions des conversations à l’aide d’une analyse poststructuraliste du discours. Notre présentation se centre sur les résultats préliminaires de cette analye et porte sur les « vérités » socialement construites (en matière de cancer du col utérin, d’innocuité des vaccins, des risques associés aux comportements sexuels, du genre, de la sexualité) et la façon dont elles façonnent les discours dominants sur la VVPH au Canada. Nous nous intéressons de plus aux parents, notamment les mères et la façon dont elles interprètent, résistent et/ou se construisent discursivement en tant que sujets au sein des discours sur la VVPH ainsi que de la façon dont leur subjectivité est touchée par de tels discours. Enfin, nous portons un regard critique sur les questions d’éthique et de justice sociale soulevées par la VVPH.
Auteure : Manon Niquette (Université Laval)
3 - Les nouvelles formes d’exploitation des liens sociaux des mères dans le marketing des produits de santé
Les femmes devenues mères sont une cible privilégiée en marketing. Tenues responsables des achats familiaux en matière de santé, les nouvelles mères sont vues comme des vecteurs de croissance des ventes puisque chaque naissance correspond à un potentiel supplémentaire de consommation. Qui plus est, leur propension à puiser dans Internet les informations dont elles ont besoin, voire à prodiguer elles-mêmes conseils et soutien dans la mamansphère, en font des recrues de choix pour le rôle de relai. Les chantres du marketing participatif voient dans le soutien que s’apportent mutuellement les mères internautes une occasion en or pour faire de ces femmes des ambassadrices de leurs marques. C’est donc en vue de s’insérer dans les conversations des femmes que les entreprises pharmaceutiques assurent une présence forte dans les médias sociaux. Les réglementations en vigueur en matière de publicité et la crainte de ne pas assurer un contrôle sur la dénonciation des effets secondaires contraignent toutefois l’industrie à miser davantage sur des messages de santé que sur la publicité directe de leurs produits. Le but poursuivi n’en reste pas moins promotionnel : on veut construire un lien d’engagement fort avec la marque en créant des communautés d’appartenance. L’étude présentée vise à analyser d’un point de vue critique et féministe les pratiques de promotion de l’industrie pharmaceutique fondées sur l’exploitation du lien social chez les femmes. L’application de la grammaire systémique fonctionnelle à l’étude de processus d’agentivité exprimés par les verbes permet de cerner la façon dont sont représentées les actions des différents protagonistes mis en scène dans les contenus partagés. L’analyse montre notamment que l’on assiste à une représentation exagérée du pouvoir d’agir individuel des femmes, un propos orienté en faveur de l’action du produit, ainsi qu’une image idéalisée du comportement de l’enfant et du jugement des experts