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Animatrice : Abby Lippman (Université McGill)
Titre : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 4 - Santé sexuelle et reproductive
Résumé : Un cocktail de réseautage (sur invitation CINBIOSE/RéQEF) suivra la première journée des séances et aura lieu à 17h30 au J-2805.

Auteure : Anna Bogic (Université d'Ottawa)
1 - Les féministes serbes et leur engagement dans les luttes pour la santé reproductive et contre les violences faites aux femmes
Malgré le contexte politique et social très difficile des années 1990 en ex-Yougoslavie et en particulier en Serbie, on voit un regroupement et un engagement sans précédent parmi les féministes serbes dans toutes les régions du pays et surtout dans la capitale, Belgrade. Les militantes féministes s’organisent malgré la pénurie de ressources, un manque de soutien politique et les guerres qui touchent la région dans les années 1990. Dans la présente communication, je présente les origines de l’activisme féministe, dans sa forme plus récente, en Serbie à partir des années 1980 et j’explore les efforts des militantes féministes dans le domaine de la santé reproductive et de la violence faites aux femmes. En particulier, j’analyse les méthodes de travail des groupes féministes et je souligne leur engagement de traduire le livre classique féministe américain Our Bodies, Ourselves en serbe dans le but de sensibiliser les femmes quant à leur connaissance de leurs corps et leurs droits reproductifs. A partir des entretiens menés auprès d’un nombre de militantes féministes à Belgrade et d’une analyse de leur traduction serbe de Our Bodies, Ourselves, cette communication analysera les méthodes de resistances des groupes féministes dans un contexte marqué par les crises économiques et politiques et par un conservatisme social.
Auteure : Sara Torres (Université de Montréal)
2 - Cibler l’équité en santé pour les populations marginalisées : le rôle des travailleuses et travailleurs communautaires de la santé pour ce qui est de la santé périnatale et de la violence faite aux femmes
L’objectif de cet exposé est de présenter un modèle de travailleuses et de travailleurs multiculturels qui oeuvrent en santé communautaire pour contrer les inégalités chez les populations immigrantes marginalisées. Les résultats d’une étude de cas qualitative menée à Edmonton (Canada) démontrent que ces travailleuses ne se concentrent pas sur un seul type d’intervention, par exemple le soutien périnatal, mais qu’elles ciblent aussi d’autres déterminants sociaux de la santé tels que la prévention de la violence faite aux femmes et aux enfants. L’analyse des résultats indique que, pour ces travailleuses, la vision de la lutte est centrée sur des intérêts pratiques tels qu’une programmation holistique adaptée sur les plans culturel et linguistique, mais qu’elles ne perdent pas de vue les intérêts stratégiques tels que l’égalité des femmes, la justice sociale et l’équité en santé. Ces travailleuses offrent un modèle de militantisme féministe urbain dans le domaine de la santé quoique leur contribution ne soit pas encore reconnue. Ce modèle représente toutefois un passage obligé pour le pouvoir d’agir du militantisme des femmes immigrantes et réfugiées et de leurs familles dans les sociétés canadienne et québécoise.
Auteure : Monique Benoit (Université du Québec en Outaouais (campus de St-Jérôme))
3 - L’impact de la loi canadienne C-36 sur la santé sexuelle des « travailleuses du sexe de rue » : une analyse féministe des conditions prostitutionnelles à Montréal
Pour ceux et celles qui pensent que la loi C-36, récemment adoptée par le gouvernement canadien « ne s’attaque qu’aux clients et aux proxénètes », il faut savoir que le fait de criminaliser « les clients et les tierces personnes fait en sorte que les travailleuses du sexe restent passibles d’accusations au criminel et aussi (s’exposent) à des répercussions néfastes sur leur santé, leur sécurité et leur stabilité financière » (Stella, 2014). Le modèle prohibitionniste suédois, dont s’inspire la loi C-36, force à travailler dans l’ombre, ce qui tend à l’exacerbation de la répression à leur endroit et les éloigne des ressources sanitaires et juridiques, affirme Leblanc et Boudou-Laforce (Le Collectif, 2013). Pour sortir de l’encadrement judiciaire propre à ce qui existe au Canada, le groupe Stella propose le modèle de la Nouvelle-Zélande qui prévoit avec le Reform Act (PRA) de 2003, le Health and Safety in Employment Act, une réglementation de la santé et de la sécurité au sein de l’industrie du sexe. Bien qu’il soit difficile actuellement de prévoir les conséquences de la loi C-36 sur la santé sexuelle des travailleuses du sexe à Montréal, les risques accrus relatifs à la pratique de la prostitution nous semblent être une question cruciale. Comment le Reform Act et sa règlementation sur la santé et la sécurité des travailleuses du sexe en Nouvelle-Zélande peuvent-ils inspirer les conditions prostitutionnelles à Montréal ? Notre présentation fait appel à une analyse critique des positions « abolitionniste » et du « libre choix » pour avancer une troisième voie, tenant compte de l’hétérogénéité de l’univers prostitutionnel (Bloch-London & Jeffets, 2014). Une analyse intersectionnelle de la situation des travailleuses du sexe de la rue (parmi les plus vulnérables d’entre toutes), sera avancée.
Auteure : Magaly Pirotte (FQPN)
4 - Le libre choix des femmes dans une perspective de justice sociale
Le contrôle et la régulation du genre, des corps, de la sexualité et de la reproduction affecte chaque personne, mais différemment selon nos appartenances sociales et nos identités. Certaines femmes en situation de handicap ou d’autres comme les femmes autochtones et les femmes incarcérées doivent encore lutter pour que soit reconnue leur capacité à être mères et pour que cessent les stérilisations, les pressions à l’avortement et l’utilisation disproportionnée de contraceptifs invasifs. La justice reproductive est à la fois un cadre d’analyse et de pratique et un mouvement social apparu aux États-Unis dans le courant des années 1990. Il est le résultat de l’amalgame entre « justice sociale » et « droits reproductifs ». Le mouvement s’inscrit dans la continuité des luttes et des résistances menées par les communautés traditionnellement marginalisées, notamment racisées et autochtones. Il vise à réconcilier dans un même mouvement la militance sur divers enjeux sociaux liés à des catégories d’appartenance (par ex., racisation, situation de handicap, statut migratoire ou autre) et la lutte pour l’autonomie et le respect des droits sexuels, reproductifs et maternels. La justice reproductive en tant que grille d’analyse est une source d'inspiration pour la FQPN dans le sens où elle est une application de l’approche intersectionnelle au domaine de la santé et des droits sexuels, reproductifs et maternels. Elle propose de lutter contre les oppressions reproductives en tenant compte de la réalité et du vécu des femmes et des communautés dans leurs diversités et elle questionne les revendications et les modes d’organisation traditionnels du mouvement pour la santé des femmes afin de le rendre plus solidaire.