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Animatrice : Bilkis Vissandjee (Université de Montréal)
Titre : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 6 - Normes, discours dominants et corps féminins
Résumé : -

Auteure : Mélisa Audet (Université de Sherbrooke)
Le-s co-auteure-s : Alex Dumas (Université d'Ottawa); Isabelle Dionne (Université de Sherbrooke)
1 - Prévention de l'obésité et vieillissement féminin : Un discours réducteur
Les organismes de santé publique ont servi de tremplin à l’identification de nombreux facteurs de risque de maladies chroniques chez les femmes et ont participé à la promotion massive d’interventions visant la prise en charge individuelle de leur santé. Ceux-ci ont identifié l’obésité et la ménopause comme un double risque menaçant la santé des femmes vieillissantes. Or, ce type de discours fait aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques. Les chercheures féministes, par exemple, ont remis en question les conceptions trop « physiologiques » de la santé qui tiennent peu compte du point de vue des « usagères de services de santé » et des déterminants sociaux de la santé. Comment les femmes vieillissantes font-elles aujourd’hui l’expérience de ces discours préventifs? Ces discours peuvent-ils être préjudiciables aux femmes plus vulnérables? Notre étude porte sur la qualité de vie des femmes vieillissantes en surpoids et sur la variation sociale de leurs pratiques de santé. En s’appuyant sur les approches socioculturelles de Pierre Bourdieu et d’Andrew Sayer, 40 entrevues semi-dirigées ont été réalisées auprès de femmes (âge moyen de 60 ans) de différentes classes socioéconomiques de la région de l’Estrie, considérées en surpoids. Nos résultats révèlent deux éléments réducteurs du discours biomédical : (1) l’accent excessif sur la notion que la ménopause et l’obésité seraient des obstacles majeurs à la qualité de vie et (2) le peu de considération de la précarité socioéconomique de certains groupes de femmes. Ils révèlent l’importance de mieux comprendre l’interface entre l’institution biomédicale et la diversité des expériences du vieillissement féminin afin de mieux saisir les effets préjudiciables de la médicalisation de la santé des femmes.
Auteure : Hélène Martin (HES·SO)
Le-s co-auteure-s : Hélène Martin (HES·SO)
2 - Chirurgies sexuelles cosmétiques et sexuation des corps
Cette proposition libre de communication s’inscrit dans l’axe thématique 1, plus précisément dans une critique féministe de la bi-catégorisation sexuelle et de l’individualisation des normes sociales. En se basant sur une recherche en cours financée par le FNS, la communication s’intéressera aux discours de médecins (sexologues, chirurgien·ne·s, gynécologues) et aux discours se présentant comme de l’information spécialisée (par exemple les sites des cliniques esthétiques) portant sur les chirurgies sexuelles cosmétiques (labioplastie, chirurgie des grandes lèvres, resserrement du vagin, injection du point G, liposuccion du pubis, allongement et élargissement du pénis, etc.). Ces pratiques chirugicales participent à la production médicale de la morphologie du sexe (physique) dans l’objectif d’améliorer le fonctionnement sexué et sexuel de la personne (son sexe social). Inscrites dans un discours qui met en avant l’idée d’une diversité de l’apparence des organes génitaux et qui semble moins promouvoir une conformité à des modèles morphologiques que l’amélioration du bien être psychologique et relationnel des individus, ces pratiques questionnent les frontières des catégories médicales (quand est-ce qu’une particularité morphologique devient une pathologie ?) et morales (quand parle-t-on de mutilation ?) Plus généralement, et c’est ce que la communication s’attachera à présenter sous forme d’hypothèses, les arguments légitimant ces interventions participent à une critique de l’argument naturaliste dans la détermination du sexe ; toutefois, les raisons invoquées pour les réaliser et l’individualisation des normes sociales (libéralisme) conduisent à penser que la mise en question de l’argument naturaliste n’ébranle pas l’asymétrie du système de genre.
Auteure : Élise Hardy (UQAM)
3 - La danse en milieu carcéral : les perspectives de la co-création artistique pour dénoncer la précarité des femmes incarcérées
Lorsque je suis entrée pour la première fois dans la prison de Santa Monica au Pérou pour participer à un projet artistique, je n’imaginais pas vivre une expérience humaine aussi profondément transformatrice. Durant trois mois, j’ai co-dirigé avec la compagnie de danse Kinesferadanza des ateliers de danse avec un groupe de 25 femmes. L’objectif du projet ne consistait par en une intervention sociale ou thérapeutique, mais visait à partager une expérience de processus de création chorégraphique dans un cadre stimulant et valorisant. Les femmes participantes, dont la moitié sont des prisonnières politiques, ont participé activement et généreusement aux ateliers, à la réalisation de l’oeuvre chorégraphique et à sa présentation en public. Les femmes vivant en institution pénitentiaire, parfois depuis plus de 15 ans, ne souffrent pas seulement des conséquences physiques de l’enfermement mais également d’une privation sociale, d’un isolement psychologique, de l’absence d’espaces d’expression et de création et de la perte d’identité. À mon retour du Pérou, j’ai mis en oeuvre un projet artistique similaire en milieu carcéral au Québec, en collaboration avec la Société Élizabeth Fry du Québec (qui soutient les femmes judiciarisées) et quatre femmes artistes (danseuses, musicienne et vidéaste). Nous avons proposé aux femmes détenues à la Maison Tanguay de participer conjointement avec les artistes à la réalisation d’une œuvre chorégraphique. Le contexte de ce projet m’a mis face à de nouvelles difficultés et réalités. D’une part, les infractions causées par les femmes détenues sont en grande majorité dus à un contexte socio-économique très précaire pour nombre d’entre elles. Leur passage en prison n’offre donc aucune perspective d’amélioration de leurs conditions, bien au contraire. De plus, les obstacles administratifs rencontrés dans la mise en place de ce projet m’ont permis de constater la hiérarchisation exacerbée des rapports et la force du système carcéral pour imposer la soumission de toute personne aux prises avec la justice.