Détail ::::::
Animatrice : DAVE HOLMES (UNIVERSITÉ D'OTTAWA)
Titre : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 7 - Cancer : critique féministe et intersectionnelle
Résumé : -

Auteure : Jennifer Beeman (Action cancer du sein du Québec)
1 - De la colère à la conformité : que reste t-il de la critique féministe du cancer du sein ?
La fin des années 1980 a vu naître un mouvement politique féministe critiquant haut et fort les insupportables taux d’incidence du cancer du sein chez les femmes en Amérique du nord, ainsi que l’immense impact physique et psychologique sur ces dernières. Ce mouvement contestait principalement le paradigme dominant, selon lequel les causes de l’augmentation des taux d’incidence soient principalement liées aux facteurs génétiques et/ou aux habitudes de vie, sans prendre en considération l’impact de la dégradation environnementale ainsi que l’exposition aux substances toxiques que subissent quotidiennement le corps des femmes. Les actrices de ce mouvement ont mis sur pied des organismes voués à la sensibilisation aux enjeux environnementaux en lien au cancer du sein et aux autres cancers, dont la revendication principale ordonnait qu’une plus grande part des fonds de recherche soit accordée à la recherche sur les causes et la prévention primaire. Plus de 20 ans plus tard, force est de constater qu’en dépit du très peu de changement dans les taux d’incidence, le mouvement politique, qui conteste autant le manque de réglementation des substances toxiques que l’hégémonie de l’industrie du ruban rose et les priorités de recherche toujours axées sur le remède, s’essouffle peu à peu. Les femmes indignées d’alors sont-elles rentrées dans les rangs pour mieux soutenir un système médical bienveillant ? L’industrie du ruban rose représente-il le seul espoir des femmes ? Que reste t-il au juste de l’analyse politique des féministes à l’égard du cancer du sein ?
Auteure : Selma Kouidri (DAWN-RAFH Canada; CRIAW-ICREF)
2 - « Notre Santé est importante » : une réponse inclusive au manque d’accès au système de santé en général et au programme de dépistage du cancer du sein en particulier
Dans une perspective d’« empowerment » et de partage de connaissances et d’expériences, le Réseau d’action des femmes handicapées (DAWN-RAFH) Canada, en partenariat avec l’Association canadienne pour l’intégration communautaire (ACIC), a mis en œuvre un projet novateur intitulé « Notre santé est importante », et ce, dans le cadre d’une initiative pancanadienne « InFocus-Dans la Mire : Mettre en lumière les personnes handicapées et les personnes sourdes ». « Notre santé est importante » est une approche inclusive, devenue un programme offert par DAWN-RAFH Canada, portant sur l’accès équitable aux services de soins de santé disponibles à toute la population, mettant le focus sur les défis et obstacles existants ainsi que sur les moyens et solutions durables pouvant les éliminer. Notre présentation illustre les résultats et les recommandations de notre projet, cité plus haut. Nous tenterons de favoriser des échanges afin de mieux comprendre les défis que rencontrent les femmes en situation de handicap et surtout trouver des moyens efficaces afin de mettre en œuvre les différentes recommandations proposées dans le cadre du projet.
Auteure : Geneviève Rail (Université Concordia)
Le-s co-auteure-s : Mary Bryson (Université de la Colombie-Britannique); Tae Hart (Université Ryerson); Jacqueline Gahagan (Université Dalhousie)
3 - Les marges du cancer : minorités sexuelles, savoirs sur les soins du cancer et justice sociale
Geneviève RAIL (Université Concordia) Mary BRYSON (Université de la Colombie-Britannique) Tae HART (Université Ryerson) Jacqueline GAHAGAN (Université Dalhousie) Janice RISTOCK (Université du Manitoba) Luisa MOLINO (Université Concordia) Les enquêtes canadiennes incluant les personnes appartenant aux minorités sexuelles attestent des disparités au plan des connaissances et de la santé liée au cancer du sein ou gynécologique. Ces résultats signalent la nécessité de justice sociale et d’accès aux connaissances « culturellement appropriées » sur les questions de santé en lien avec le cancer. Notre objectif est d’explorer les connaissances qui mènent au dépistage du cancer, à son diagnostic et aux décisions liées à la chirurgie et aux traitements de la part des patient(e)s atteint de cancer gynécologique ou du sein ainsi que des personnes qui font partie de leur réseau de soutien. Notre projet poststructuraliste a pour but de documenter et d’analyser les relations complexes et intersectionnelles entre la sexualité, les expériences liées au cancer, l’accès aux connaissances ainsi que le partage et les pratiques de mobilisation de ces connaissances. Pour cette présentation, nous présentons les résultats préliminaires de notre analyse de plus d’une centaine d’entrevues menées au Canada auprès d’un échantillon diversifié (âge, région, race, langue, niveau socioéconomique) de femmes « queers », lesbiennes ou bisexuelles (QLB) et de personnes trans (T) qui ont reçu un diagnostic et un traitement pour un cancer du sein ou gynécologique et des membres de leur réseau de soutien. Nos résultats sont à l’effet que les « champs » de connaissances liés à la santé en lien avec le cancer sont infléchis par des discours dominants sur la biomédecine, le risque, le néolibéralisme, l’auto-santé et les rhétoriques de la « santé des femmes » et de la « santé des lesbiennes ». Au lieu de constituer une chaine d’histoires orientées vers la guérison du cancer (style « ruban rose »), les récits de santé de nos participant(e)s constituent plutôt des pratiques narratives qui permettent d’amener le cancer sur une route « queer ». De tels récits troublent les normes (de sexe, de genre, de sexualité, d’expériences et de soins du cancer) et témoignent d’agentivité, de subjectivité, d’échec corporel, de honte, de douleur, d’humiliation, de deuil et aussi de résilience et de perspective nouvelle. De tels résultats laissent entrevoir les façons dont les patient(e)s QLBT et les membres de leur réseau de soutien négocient une chorégraphie complexe de connaissances et de décisions ; chorégraphie dont doivent être informés les organismes et les professionnels de la santé afin de les guider dans la conception de connaissances et de soins culturellement appropriés.