Détail ::::::
Animatrice : Geneviève PEZEU (Université Paris 5 (CERLIS) - ANEF)
Titre : Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Fatou Diop SALL (GESTES Université Gaston Berger)
1 - La production de données comme élément de prévention en matière de Violences Basées sur le Genre (VBG)
La violence comme le dit Françoise Héritier est historique et construite. Les violences basées sur le genre (VBG) touchent de plus en plus de personnes et demeure un défi majeur. Le Sénégal a ratifié la plupart des conventions internationales contre les violences basées sur le genre et a adopté un ensemble de lois les sanctionnant. Toutefois, le phénomène persiste toujours et touche des milieux insoupçonnés. De nombreuses recherches se concentrent sur l’espace domestique comme lieu, traditionnel de production et de prolongement de violences basées sur le genre. Cette communication présente des données sur les VBG en milieu de formation à partir des résultats de l’enquête menée par le Groupe d’études et de recherche ( GESTES), avec l’appui financier et technique du Centre de Recherche pour le Développement International ( CRDI), dans le cadre du programme gouvernance, sécurité et justice. La recherche se veut une contribution au plaidoyer contre l’impunité et pour la prise en charge des VBG. L’étude a eu pour cadre les établissements scolaires moyens, secondaires et supérieurs, publics et privés. Trois universités publiques ont été retenues: l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (zone Ouest), l’université Gaston BERGER de Saint-Louis (zone nord) et l’université de Assane SECK de Ziguinchor (zone Sud). Pour les structures privées d’enseignement supérieur, deux principales universités privées (Université Dakar Bourguiba, Université Hampathé Ba) et quinze (15) instituts de formation supérieure ont étaient sélectionnés. Des enquêtes ont été menées dans treize (13) lycées situés à Dakar, à Kolda et Tambacounda. Au total, 300 personnes ont été interrogées dans les lieux de formation dont 113 élèves au niveau des lycées et 187 étudiants dans les universités et Instituts d’enseignement supérieur. L’approche quantitative a permis de mesurer l’ampleur du phénomène, les causes, le nombre de structures impliquées ainsi que les moyens utilisés pour faire face au VBG en milieu de formation. Les structures de prise en charge, les moyens déployés pour y faire face, le traitement judiciaire des cas de violence, les besoins en appui institutionnel des acteurs ont aussi été documentés. L’étude a abouti à l’élaboration d’une charte de non violence dans les milieux de formation en cours de validation.
Auteure : Raibaud Yves (Université Bordeaux Montaigne)
2 - Le rôle du sexisme et de la misogynie dans la construction et la reproduction des inégalités professionnelles à l’université
Cette communication est le produit de recherches menées à l’université Bordeaux Montaigne dans le cadre d’une mission égalité femmes hommes à l’université. La recherche s’appuie sur trois corpus : un bilan social sexué/genré qui mesure en détail les inégalités ; une enquête par questionnaire portant sur les interprétations que font les femmes elles-mêmes des empêchements qui limitent ou ont limité leurs carrières ; les enregistrements réalisés sur ce sujet avec trois groupes de femmes travaillant à l’université. L’hypothèse d’une autocensure ou d’une autolimitation des femmes dans leur carrière (possiblement liées aux contraintes de leur vie familiale) n’est pas suffisante pour expliquer les freins qu’elles subissent. Le « climat d’établissement », lorsque celui-ci est géré par et pour les hommes, favorise la multiplication des actes micro-machistes, les incivilités masculines, le sexisme, la misogynie. La graduation de ces actes (de la plaisanterie sexiste aux agressions sexuelles, déclarées dans l’enquête) forme un continuum de violences dont l’impunité conditionne le retrait relatif des femmes de leur carrière, sauf quand elles prennent des responsabilités où leur efficacité est mise au service d’une gouvernance masculine. La communication montrera aussi l’hétérogénéité des situations à l’intérieur d’une même institution, permettant d’imaginer les leviers du changement.
Auteure : Véronique Perry (LERASS - équipe Médiapolis)
3 - Le harcèlement moral et le harcèlement sexuel, à l’université dans le secteur de la santé
Nous comptons montrer le continuum entre harcèlement moral et sexuel dans le contexte particulier des études de santé en France. Nous proposerons tout d’abord un état des lieux sur le sexisme et les violences sexuelles ancrées dans la médecine française. Nous parlerons plus précisément du récent scandale (le 20/01/2015) suscité par la révélation de l’existence d’une fresque peinte sur les murs d’une salle d’internes du CHU de Clermont-Ferrand, fresque représentant d’autres super-héros et héroïnes violer Wonder Woman laquelle symbolisait la ministre de la Santé, les bulles de la fresque disant «Tiens, la loi santé !!!». Nous nous appuierons également sur des témoignages faisant état de la souffrance étudiante lors des années de préparation au concours de médecine (L1 PACES), sur des productions écrites obtenues dans le cadre des cours d’anglais à la Faculté de Chirurgie Dentaire de Toulouse (représentations sexistes des professions de santé, extrême violence des relations de pouvoir) et sur la promotion d’affiches explicitement sexuelles par la corporation étudiante en dentaire (octobre 2014). Nous parlerons enfin des actions menées à l’Université de Toulouse 3-Paul Sabatier dans le cadre de la Commission Égalité Active. Par exemple celle pour contrer la diffusion d’affiches sexistes (American Campus, le 17/10/2013) ; celle pour intégrer, dans une enquête anonyme menée en 2015 auprès des étudiantes et doctorantes, la prise de conscience de ce qu’est le harcèlement sexuel. Ou encore les pistes proposées pour créer un lieu d’accueil et un groupe de parole afin que les étudiantes confrontées à des attitudes sexistes puissent s’exprimer et trouver un soutien (idéalement, à terme, créer un espace sur le modèle des Women’s Centers).
Auteure : Manon Bergeron (Université du Québec à Montréal)
Le-s co-auteure-s : Sandrine Ricci (UQAM); Marie-France Goyer (UQAM)
4 - Violences sexuelles en milieu universitaire : bilan des écrits et pratiques de mobilisation féministes à l'UQAM
Cette présentation s’inscrit dans un projet de recherche visant à établir un portrait des expériences de VSMU au Québec, auquel collaborent plusieurs universités. Dans un premier temps et dans des considérations sociohistoriques, nous évoquons les principaux jalons de la mobilisation féministe contre le harcèlement et les violences à caractère sexuel à l’UQAM. Cette résistance ne date pas des évènements qui ont défrayé la chronique à l’automne 2014, incluant le « stickergate », une action anonyme visant à dénoncer les agissements de membres du corps professoral. Notre présentation soumet à la discussion le constat que, portées par une constellation d’actions féministes sur le sujet de la violence contre les femmes, les récentes pratiques de mobilisation collective à l’UQAM ont favorisé à la fois la création de solidarités militantes et académiques, des avancées en matière de lutte institutionnelle contre les violences sexuelles en milieu universitaire (VSMU) et des débats parfois hostiles, autour d’un phénomène largement méconnu. Dans un deuxième temps, nous présentons les résultats d’un bilan des écrits. Les études provenant surtout des États-Unis, elles permettent peu de rendre compte des réalités québécoises. Les travaux les plus près de nous, issus de l’Université d’Ottawa, révèlent des taux de violences à caractère sexuel préoccupants et soulèvent qu’une majorité d’étudiantes auraient vécu au moins un épisode de harcèlement depuis leur entrée à l’université. Notre recension s’articule autour de thématiques centrales des VSMU, notamment les contextes dans lesquels ces violences apparaissent, les nombreuses conséquences possibles, les motifs de dévoilement ou de non dévoilement.
Auteure : CLASCHES CLASCHES (CLASCHES)
5 - Que faire en cas de harcèlement sexuel ? Le guide d’information sur le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche
Le CLASCHES (Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur) combat depuis 2002 pour lever le silence sur la question du harcèlement sexuel, pour sensibiliser, pour diffuser des informations juridiques et pour obtenir la réforme des institutions universitaires et de recherche. Après avoir présenté les actions du CLASCHES, cette intervention reviendra sur la réalité du harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche en France et sa (non) prise en charge. Il s’agira en particulier d’insister sur les nombreux obstacles qui existent pour que les victimes obtiennent réparation et que les agresseurs soient condamnés.