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Animatrice : NAUDIER Delphine (ANEF)
Titre : Femmes, féminisme(s) et capitalisme - Séance 1 - Métiers « non traditionnels » pour les femmes et contestation d’un référentiel genré
Résumé : Deuxième animatrice : Isabelle Auclair

Auteure : Stephanie Chasserio (Skema Business School)
Le-s co-auteure-s : Corinne Poroli (SKEMA Business School); typhaine lebègue (ESCEM)
1 - Usages et perceptions de l’accompagnement institutionnel par les femmes entrepreneures françaises : vers une remise en cause des définitions classiques de l’entrepreneuriat ?
Avec: Philippe Pailot (IAE Lille) Les femmes sont longtemps restées en dehors du champ de l’entrepreneuriat, celui-ci se conjuguant essentiellement au masculin. Cependant, aujourd’hui, le développement de l’entrepreneuriat des femmes est mis en avant par nombre d’institutions publiques et apparait comme une voie à encourager dans ces temps de mutations économiques remettant en question le salariat traditionnel. La valorisation de l’entrepreneuriat des femmes prend notamment la forme d’un accompagnement dédié ou d’une attention particulière aux spécificités de ce public. Pourtant, les représentations schumpétériennes restent profondément ancrées dans les esprits et influencent les comportements et cadres d’action des acteurs de l’accompagnement. Cette présentation mobilisera les résultats de deux recherches qualitatives sur des femmes entrepreneures françaises afin d’analyser leur perception de l’accompagnement dont elles ont fait l’objet. Nous verrons que ces femmes créatrices ont parfois une définition du projet entrepreneurial bien différente de celles classiquement admises. Cette spécificité les amène à se placer à la marge d’institutions qui ne savent pas toujours prendre en considération des projets non conformes aux registres conventionnels structurant le champ de l’entrepreneuriat. Ces recherches soulignent la prédominance d’un référentiel appuyé sur le schéma capitaliste classique dans le discours institutionnel de promotion de l’entrepreneuriat auprès des femmes, bien que celui-ci soit questionné par les entrepreneuses. Cette recherche procède donc à un questionnement critique des pratiques d’accompagnement institutionnel à destination des femmes et met en lumière les différentes formes de domination qui existent derrière ces pratiques.
Auteure : Belmondo TANANKEM VOUFO (Ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire)
Le-s co-auteure-s : Théophile Armand Fopa Diesse (Ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire)
2 - Engagement des femmes dans l'entreprenariat au Cameroun : Défis et perspectives
Les femmes dirigent près du tiers des entreprises de l’économie formelle dans le monde. Cependant, dans les économies en développement, elles dirigent en général de très petites ou des micro-entreprises au potentiel de croissance très limité. Les attitudes sociétales et les normes sociales n’incitent pas les femmes à envisager la création d’entreprise, tandis que des obstacles systémiques font que nombre de femmes entrepreneurs restent confinées à de très petites entreprises opérant dans l’économie informelle. Cette situation non seulement limite leur capacité de gagner un revenu pour elles-mêmes et leurs familles, mais restreint également leur vrai potentiel en terme de contribution au développement socio-économique et à la création d’emplois. Cette recherche analyse l’entreprenariat des femmes au Cameroun en présentant d’une part les caractéristiques socio-économiques et démographiques des femmes entrepreneurs, et d’autre part les facteurs explicatifs de l’engagement des femmes dans l’entreprenariat. Les techniques d’analyses descriptives univariées et bivariées, ainsi que la régression logistique, sont utilisées à cette fin. Les contraintes auxquelles font face les femmes entrepreneurs sont également élucidés. Les données utilisées proviennent de deux sources : de l’Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel réalisée en 2010 par l’Institut National de la Statistique, et de l’Enquête sur le Climat des Affaires au Cameroun réalisée en 2014 par le Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire. L’étude propose enfin, sur la base des résultats, des mesures de politiques visant à faire prospérer l’entreprenariat féminin.
Auteure : Soline Blanchard (Université Toulouse Jean Jaurès et CNRS/EHESS/ENS)
3 - Créer son activité de conseil en égalité professionnelle : une entreprise d’affranchissement du genre ?
Dans un contexte de renouvellement de l’intervention étatique et d’un relatif effet de mode managériale, les années 2000 ont vu émerger une nouvelle activité de travail en France : le conseil en égalité professionnelle. « Floue » à de nombreux égards, cette activité de services réunit aujourd’hui un nombre d’intervenant-e-s encore restreint, dont une proportion significative de femmes créatrices d’activité. Cette communication propose d’analyser ce phénomène en se demandant : en quoi ces entrepreneuses de l’égalité professionnelle reconfigurent-elles (ou non) les rapports sociaux de sexe au sein de la sphère professionnelle et de l’entrepreneuriat ? Il s’agit d’abord d’interroger les frontières « classiques » de l’indépendance en présentant la variété des modalités d’investissement dans l’activité. Il s’agit ensuite de souligner des formes de contestation du genre, du point de vue de la ségrégation des métiers, des carrières, des pratiques professionnelles et des configurations familiales. Il s’agit enfin de mettre en lumière des formes de (re)production du genre, principalement le déficit de légitimité d’une activité connotée « féminine », voire – pire – « féministe », la valorisation de la présence des hommes incarnant « naturellement » la bonne figure de l’expert « neutre » et les incertitudes professionnelles pesant sur les entrepreneuses de l’égalité professionnelle.
Auteure : Donatille Mujawamariya (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Catherine Mavriplis (Université d'Ottawa); Michelle Boucher (Université d'Ottawa)
4 - Métiers non traditionnels et culture patriarcale : qu'en disent les professionnelles des STIM( sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) ?
Dans le cadre du 7e Congrès International des Recherches féministes dans la francophonie et plus spécifiquement en regard de l’axe Changement social, égalité, justice et solidarité, cette communication présente les résultats d'une recherche qualitative interprétative qui a, entre autres, portée sur les choix de carrière de femmes qui ont opté pour exercer des métiers non-traditionnels. Nous avons, au cours du printemps 2014, réalisée des entrevues auprès de quatorze professionnelles qui se sont orientées en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM). L’intérêt pour une telle recherche tient au fait que depuis des années, le nombre de femmes qui poursuivent des études dans ces domaines diminue; les filles, dès le primaire, considérant que les études en STIM et les carrières afférentes ne sont pas suffisamment féminines (Archer, De Witt, Osborne, Dillon, Willis et Wong, 2013). Dès 1999, Cronin et Roger soulignaient que, selon l’analyse critique féministe, ces domaines d’études et de travail incorporent des valeurs, des pratiques et une culture de nature masculine ayant un effet dissuasif auprès des femmes qui vivent des conflits entre leur identité et la culture masculine hiérarchisée qui prévaut dans les STIM. Les entrevues réalisées mettent en lumière comment cette culture est encore présente dans l’environnement de travail en STIM. Les propos des professionnelles font état de leurs stratégies de résilience et mettent en évidence comment leurs processus de résolution de problème diffèrent de ceux de leurs collègues masculins par le regard inclusif qu’elles jettent sur la problématique abordée.