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Animatrice : Carol-Anne Gauthier (Université Laval)
Titre : Femmes, féminisme(s) et capitalisme - Séance 2 - Représentations de l’égalité et (non) engagement féministe
Résumé : Deuxième animatrice : Lucie Lamarche

Auteure : Alban Jacquemart (Centre d\'études de l\'emploi / Centre Maurice Halbwachs)
1 - Soutenir l’égalité pour reproduire l’inégalité ? Les hommes hauts fonctionnaires face aux politiques d’égalité professionnelle
S’appuyant sur une enquête collective par entretiens auprès de 95 hauts fonctionnaires, dont 34 hommes, dans les ministères financiers et sociaux français, cette présentation interroge les effets des politiques d’égalité des sexes sur les hommes. En effet, depuis les années 2000, l’Etat s’est engagé dans une politique « d’exemplarité » en matière d’égalité des sexes, allant jusqu’à imposer des quotas de sexe pour les nominations aux plus hauts postes. Cette mise en avant de la recherche de l’égalité déstabilise ainsi, au moins en théorie, un ordre professionnel inégalitaire, les logiques organisationnelles de fabrication des carrières favorisant largement les hommes. La recherche souligne ainsi que les hommes cherchent à mettre à distance les traits les plus visiblement masculins du rôle dirigeant et affirment leur attachement à l’égalité professionnelle. La valorisation et la mise en scène d’une masculinité égalitaire apparaît alors comme une stratégie qui permet de maintenir l’ethos professionnel masculin en le débarrassant de ses traits les plus visiblement contraires à l’ethos égalitaire. Elle offre ainsi, paradoxalement, la possibilité à certains hommes, souvent déjà les plus dotés dans la compétition des postes, de tirer avantage de ce contexte d’égalité professionnelle.
Auteure : Hélène Lee-Gosselin (Université Laval)
2 - Des hommes en position d’agir : leurs représentations et leurs actions relativement à l’égalité entre les femmes et les hommes
La présentation porte sur les facteurs organisationnels permettant de comprendre l’accès limité des femmes aux plus hautes fonctions. Elle s’appuie sur une enquête menée en 2009 auprès de 11 femmes et 16 hommes cadres supérieurs (vice-présidents) de trois grandes organisations, et explore leurs pratiques et représentations en matière de carrière, d’équité et de promotion des programmes d’accès à l’égalité. Les résultats montrent qu’il existe chez ces hauts dirigeants une incompréhension profonde des mesures d’action positive et une croyance qu’elles forcent à accorder une préférence à des personnes dépourvues des compétences essentielles. Impliqués dans des décisions de sélection et de promotion, ils remettent peu en doute les processus actuels et passés de dotation. Ils veulent croire qu’ils ont toujours pris « la meilleure décision » et que les préférences individuelles des femmes engendrent leur lente progression vers les postes de direction. Les résultats montrent aussi la faible portée des arguments ou des logiques d’équité en emploi, par rapport à celles d’efficience et d’efficacité organisationnelle. Lorsque l’équité est une motivation, ceci trouve son fondement principalement dans des aspects de la vie personnelle de ces dirigeants. Ces résultats ont diverses implications pour guider les stratégies d’interventions organisationnelles en matière d’équité en emploi, pour en augmenter l’efficacité.
Auteure : Marion Rabier (Post-doc UBO)
3 - Rapports au(x) féminisme(s) et pratiques de l’égalité de dirigeantes économiques
La communication se propose d’interroger, en premier lieu, les rapports aux féminismes de dirigeantes économiques (cadres dirigeantes de grandes entreprises, cheffes de petites et moyennes entreprises) engagées dans des associations professionnelles féminines, qui luttent pour l’accès des femmes aux postes de décision. Si rares sont les dirigeantes qui se revendiquent féministes, elles n’endossent pas toutes non plus un discours antiféministe : à partir de leurs socialisations familiale et politique, ainsi que de leur position dans le champ économique, il est possible d’établir une typologie de rapports aux féminismes contrastés. Au-delà des discours, le second axe de cette communication entend revenir sur les pratiques professionnelles de ces dirigeantes engagées : si elles militent à titre personnel dans des associations engagées sur l’égalité professionnelle, elles sont peu nombreuses à mettre en pratique, dans l’entreprise qu’elles dirigent, les mesures qu’elles préconisent.
Auteure : Julie LANDOUR (EHESS)
4 - Un féminisme à la peau douce ? Les Mompreneurs en France
Les Mompreneurs se définissent comme des femmes qui créent leur entreprise à l’arrivée d’un enfant, quittant un salariat qui ne les satisfaisait plus pour mieux articuler vie professionnelle et familiale. Mouvement réduit s’il est circonscrit aux seules membres des réseaux français « estampillés » (2000 femmes environ), il semble s’inscrire dans une solidarité plus large : des États-Unis à la France, elle rassemble des femmes qui, devenues mères, revisitent leur engagement dans le travail, mais également envers leur famille, par un entrepreneuriat individuel ancré dans la sphère dite féminine (puériculture, féminité ...) C’est ainsi que la catégorie est présentée dans les médias, notamment français, en parallèle d’une promotion de l’initiative économique individuelle dans les politiques publiques françaises. Dans le cadre de ce congrès, cette communication sera l’occasion de s’interroger sur la portée féministe de ce mouvement de femmes qui prétend défendre leur accès aux responsabilités tout en assumant un investissement fort auprès de leur famille. En mêlant une analyse des discours médiatiques recueillis entre 2007 et 2013 et 54 entretiens par récit de vie au sein de l’une des associations françaises, je propose de présenter d’abord les apports concrets de la communauté professionnelle que forment ces femmes sur tout le territoire français. La manière dont les médias se sont emparés du sujet en France, en valorisant tant la création d’un auto-emploi en temps de crise que la prise en charge féminine de la famille, sera développée dans un deuxième temps. Les ambivalences de ce mouvement qui se décale du féminisme pour en proposer une face « maternante » qui renforce l’ordre du genre viendront conclure la présentation.