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Titre : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 2 - Les mobilités des femmes comme analyse du pouvoir et de la résistance
Résumé : -

Auteure : Rébecca S. CADEAU (Université Paris 8)
1 - « L’évangile selon l’arnaque » : les rapports de pouvoir et la solidarité au sein des couples produits dans la migration
Les observations faites par Michèle Wallace, dans les années 1970, sur un registre de solidarité (services matériels ou sexuels gratuits) prôné entre des hommes et des femmes Noir-e-s, s’observent encore aujourd’hui dans d’autres contextes. Cette solidarité (de la femme vers l’homme) est basée sur une logique sociale machiste, fétichisant les attributs masculins et renvoyant les compétences des femmes à des prédispositions à servir « l’autre sexe ». C’est une vision tacite où la femme Noire est assignée tant à une éthique de la responsabilité (Lamour, 2014) qu’à une éthique du care (Culligan in Molinier, Paperman et Laugier, 2009). Croisant des migrations d’études et économique à Paris, des observations montrent que des Haïtiennes, dans leurs relations amoureuses avec des Haïtiens, se trouvent incrustées dans des rapports de pouvoir marqués par des formes d’exploitation : entre des étudiantes et des étudiants ; entre des migrantes économiques et des étudiants. Alors que ces deux groupes de femmes sont autonomes économiquement, il ne leur est pourtant pas reconnu un réel pouvoir dans leurs rapports. La solidarité (prises en charge économique ou services de différents ordres) leur place dans le rôle de « bonne partenaire ». Comment des dynamiques d’appartenance de groupe alimentent-elles ces rapports ? Quels sont les facteurs permettant de saisir ces relations ? Quel continuum peut-on établir entre ces comportements d’Haïti vers la France et vice-versa ?
Auteure : Shisleni de Oliveira Macedo (Université Paris 8 - Vincennes - Saint Denis)
2 - Ó, meu Deus, uma prostituta que fala!? » : un récit des récits des travailleuses du sexe brésiliennes à Paris
En me basant dans la discussion en théorie féministe sur la migration et le travail du sexe, le but de cette présentation est d’entendre et de comprendre les stratégies employées par trois femmes cisgenre et une femme transgenre, travailleuses du sexe brésiliennes à Paris, dans la construction de leurs discours sur elles-mêmes et dans la quête d’une vie plus « vivable ». L’idée n’est pas d’individualiser l’expérience de la prostitution migrante, ce qui serait une maladresse, mais plutôt, de regarder les stratégies quotidiennes de ces quatre personnes, qui dépassent les positions de victimes d’oppressions de la pauvreté et du sexisme. Le propos est, en entendant leurs récits, d’essayer de comprendre leur pouvoir d’agir dans les situations à risque. Dans cet exercice de réflexion, j’essaye de montrer que placer ces femmes dans une lecture victimisante participe à la perpétuation de la structure d’oppression qui articule les rapports de race, de classe et de sexe. Ne pas considérer leur parole, leurs actes et leur compréhension de leur propre situation, c’est ne pas prendre en compte leurs stratégies de survie, ainsi que les revendications de leur mouvement organisé, un mouvement féministe. La migration et le travail du sexe sont des phénomènes complexes, et il est impossible de tracer une ligne de séparation claire entre l’autodétermination et la domination. C’est parmi leurs récits de vie qu’on aperçoit comment ces femmes construisent, dans le risque et « à la débrouille », une vie plus « vivable ».