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Titre : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 4 - La sexualité au cœur de l’analyse des configurations spatiales et politiques
Résumé : -

Auteure : Camille fauroux (EHESS-Centre Marc Bloch)
1 - Des femmes sans mari » : ouvrières et domestiques françaises à Berlin pendant la seconde guerre mondiale
Entre 1940 et 1945, plusieurs dizaines de milliers de femmes partent de France pour travailler dans l ‘Allemagne national-socialiste. L’organisation du travail et du logement de ces femmes, reconfigure les rapports publics/privés à plusieurs égards. D’une part, les ouvrières de l’industrie sont logées dans des camps où elles vivent collectivement, strictement séparées des hommes, avec qui elles ne peuvent partager ni leurs jours ni leurs nuits. Dès lors, la sexualité et les rencontres amoureuses, qui se déroulent en cachette dans les camps ou à l’extérieur, dans la ville, se déplacent vers l’espace public. Ceci contribue à donner à ces femmes une réputation de femmes immorales, mais c’est aussi l’occasion de déjouer le contrôle des hommes sur leur vie amoureuse. Par ailleurs, une minorité de travailleuses venues de France sont employées comme domestiques. Elles ont ainsi accès à un semblant d’espace privé. Néanmoins, il s’agit en réalité souvent de fiancées de soldats allemands placés par leur fiancé dans sa propre famille. Dès lors, le travail effectué est absorbé dans les relations familiales que les femmes tentent ainsi d’échafauder. Leur sexualité est étroitement contrôlée par la belle-famille qui s’en porte garante auprès du soldat au front. Enfin, certaines s’engagent parallèlement, illégalement, dans le travail sexuel. Cette activité n’est pas vue d’un bon œil par les employeurs et l’Etat allemand puisqu’elle leur permet éventuellement de bâtir d’autres configurations travail/logement, notamment de sous-louer une habitation privée qui permet d’échapper au contrôle du camp et à l’obligation de se rendre au travail qui l’accompagne.
Auteure : Magdalena brand (CRESPPA-CSU/Université Paris 8)
2 - « Boxer Bangui » : revisiter les espaces politiques et publics à travers le travail domestique et sexuel des femmes centrafricaines au service des expatrié.e.s français (Bangui, RCA)
Mon intervention présentera les résultats théoriques de mon enquête auprès d'expatrié-e-s français en Centrafrique et auprès de femmes qui travaillent dans les bars, les restaurants et les boîtes de nuit de la ville de Bangui réservés aux expatriés européens et à l'élite centrafricaine, qui visait à percevoir les articulations entre le travail salarié expatrié et le travail sexuel non salarié, dans un cadre néocolonial. A travers le portrait de l’association Ballerine, aujourd’hui disparue mais racontée comme le temps de l’organisation, de la visibilité, de la fierté et de la dignité, je questionnerai l’articulation entre l’intime et la géopolitique. Ballerine c’était l’organisation de la vie en dehors du travail, à travers une solidarité qui allait jusque dans la mort, contre le stigmate de pute et contre l’invisibilité, considérées comme dangereuses. Ballerine c’était aussi le temps des « barracudas », les militaires français, qui quadrillaient tout Bangui. Comment les femmes de Ballerine se pensent aujourd’hui comme sujets d’une histoire, comment leurs récits mettent en lumière les espaces d’autonomie dans les trajectoires individuelles et les temps contraignants de la conjoncture ? Les récits des femmes de Ballerine donnent un regard sur la géopolitique françafricaine et sur la géopolitique des savoirs féministes qui fait bouger les lignes entre les espaces politiques, intimes, privés, publics, nationaux et internationaux, et entre les vécus de la dépendance, de l’autonomie, de l’exploitation et de la résistance.