Détail ::::::
Animatrice :  ()
Titre : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 5 - Des travailleuses entre espaces privés et espaces publics.
Résumé : -

Auteure : Mira Younes (Paris 13)
1 - « Entre altérisation et figures familiales : d’un site paradoxal de résistance pour les travailleuses domestiques migrantes au Liban »
Ma recherche s’intéresse aux travailleuses domestiques migrantes, logées chez l'employeur à Beyrouth (Liban), ou vivant indépendamment dans l’illégalité. À partir des années 70, le travail domestique rémunéré a connu une racialisation prononcée, s’ajoutant à la division du travail selon la classe et le sexe. Ma recherche-action avec des travailleuses migrantes, ainsi que des entretiens avec des employeurs, ont mis en relief le renvoi récurrent des travailleuses à une altérité radicale, qui mobilise également les connotations dépréciatives rattachées à la figure de la servante et à la servitude dans leur spécificité. Les incidences subjectives et matérielles de cette altérisation, affichée dès l’entrée en service des travailleuses et continuellement réitérée tant par les employeurs que par les institutions, ne sont pas des moindres : « tu es à part », résume l’une de mes interlocutrices. Si l’on se montre sensible à l’altérisation exacerbée que thématisent de nombreuses travailleuses migrantes, ainsi qu’aux enjeux de celle-ci dans l’exercice d’un travail indissociable de la « domination rapprochée » des employeurs, certains déplacements de la réflexion s’ensuivent. Dans cette intervention, je me propose de revenir sur une observation sociologique récurrente, soit l’énonciation par les travailleuses du désir de « faire partie de la famille », souvent interprété comme le reflet d’une aliénation qui entrave les mobilisations politiques. Dans un contexte où le déséquilibre des rapports de force rend menaçant tout conflit ouvert, cette référence socialement audible aux normes familiales comme régulatrices de la violence, offre cependant un site de résistance complexe pour les travailleuses.
Auteure : Sabine Lamour (Paris 8)
2 - Politique de responsabilité et mobilité des femmes en Haïti
Cette intervention questionne les liens existant entre l’organisation politique de la société haitienne et la figure de femmes poto-mitan. Cette figure est souvent caracterisée par les déplacements des femmes pour « chercher la vie » dans et hors de l’espace national, en participant à un mode d’organisation de l’économie et de la protection collective. En effet, ces femmes travaillent pour supporter affectivement et économiquement leurs familles, avec/ou sans soutien de l’Etat et des maris/pères. Appréhendant cette figure comme centrale, je suppose qu’elle est fondamentale dans l’organisation de la responsabilité collective et les rapports structurant la division sexuelle du travail. Partant de là, cette communication s’articule autour de trois points. Premièrement, elle montre que l’agencement de la division sexuelle du travail incite celles-ci à être présentes dans le domus et dans la sphère marchande, en la poussant à des déplacements incessants pour l’accès aux ressources. Deuxièmement, elle souligne l’assignation des femmes dans des rôles de subalternes et de prise en charge du collectif. Dans ce cadre, les déplacements des femmes pour le domus vont de pair avec le surdéveloppement du privé compensant les faiblesses d’une sphère publique sous développée, organisant l’espace politique des décisions. En conclusion, la communication souligne que le poto-mitan est une figure politique organisatrice d’une forme inédite de la responsabilité sociale par la mobilité des femmes à même de questionner les frontières tranchées habituellement posées entre le privé et le public dans d’autres sociétés.