Détail ::::::
Animatrice : Véronique Lussier (UQAM)
Titre : Itinérance au féminin et intervention communautaire : des réponses à une réalité complexe, entre conditions sociales et enjeux psychiques - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Léonie Couture (La rue des Femmes)
1 - La santé relationnelle : une clef à découvrir dans la recherche d’une solution durable à l’état d’itinérance
Notre intervention s’appuie sur la reconnaissance que l’état de santé relationnelle d’une personne – soit sa capacité d’être en lien avec soi et avec les autres – détermine sa vulnérabilité à la déconnexion et à l’état d’itinérance. La santé relationnelle peut être affectée par des blessures graves issues d’événements traumatiques de nature relationnelle tels la violence intrafamiliale, et toute autre forme de maltraitance notamment infantile. Notre préoccupation première est la guérison de ces blessures relationnelles – inscrites tant dans le corps que dans la psyché – et l’apaisement des souffrances qui en découlent. Pour ce, nous nous appuyons sur la reconnaissance qu’il existe un désir profond et universel chez toute personne d’avoir une vie « normale », c’est-à-dire d’être autonome et incluse. De plus, notre approche nécessite la prise de conscience par les intervenantes de leur propre santé relationnelle et de la responsabilité qui en découle : elles se doivent d’accueillir leurs propres vulnérabilités et blessures pour être en mesure de proposer une relation thérapeutique aux femmes. Dans ce contexte, le jugement d’autrui n’a plus sa place, et les intervenantes peuvent s’autoriser à soutenir et guider les femmes qu’elles côtoient. Pour les intervenantes, c’est d’abord la blessure qui doit être réparée et la souffrance apaisée, et non le «caractère» - parfois manifesté violemment – des femmes qui doit être corrigé. Dans cette optique, chaque femme qui fréquente notre organisme est considérée dans son unicité et son intégrité, ce qui constitue un autre fondement essentiel de notre approche.
Auteure : Anne-Marie Emard (UQAM)
Le-s co-auteure-s : David Lavoie (Université du Québec à Montréal); Sophie Gilbert (Université du Québec à Montréal)
2 - Quelques réponses à une souffrance complexe au féminin : quelle place pour les enjeux psychiques dans les situations de grande précarité?
La rue des Femmes a façonné au fil des ans une approche d’intervention misant sur la singularité de chaque femme; l’itinérance étant notamment abordée sous l’angle de la souffrance et des blessures qui la sous-tendent. Le cadre de travail qui en découle se veut d’une grande souplesse afin de s’ajuster aux multiples problématiques des protagonistes. Du point de vue de ces femmes et des intervenantes qui les côtoient, les enjeux relatifs à l’intervention se recoupent : l’inéluctable confrontation à une répétition générationnelle des problématiques psychosociales, la difficulté à aborder l’aide sur un plan autre que matériel et dans l’urgence, le pressentiment de failles importantes au niveau de l’attachement, etc. Nos résultats de recherche font ressortir l’implication d’intervenantes qui se posent à la défense des droits des femmes par leur travail quotidien : accompagnement dans les démarches sociales, judiciaires, médicale, voire même, réponse aux besoins primaires empreinte de la plus grande dignité. Nos résultats pointent aussi vers d’autres composantes de l’intervention, plus individuelles et psychiques, qui ne sont pas sans constituer des défis au quotidien. D’abord, l’importance de créer un espace-temps susceptible de permettre une mobilisation des enjeux intériorisés chez ces femmes demeure difficile à formaliser. Aussi, eu égard à une approche axée sur l’humanité au cœur de la souffrance, la sensibilité à la dure réalité des femmes inhérente à une intervention fondamentalement relationnelle, est-elle toujours conciliable avec les référents théoriques de celle-ci? D’autant plus que cette sensibilité serait également teintée par les liens tissés entre la trajectoire des usagères et celle des travailleuses… Nous discuterons de ces enjeux dans une fine articulation de ceux-ci avec l’expérience des intervenantes de La rue des Femmes.