Détail ::::::
Animatrice : Diane Matte (Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle)
Titre : Regards croisés sur la prostitution : loi canadienne, contexte social et analyse des besoins des personnes prostituées - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Janine Benedet (Universite de Colombie Britannique)
1 - La prostitution : Un acte de violence, une pratique de discrimination
Pour la première fois en droit canadien, le Code criminel reconnaît que l'achat d'un être humain à des fins sexuelles est un crime de violence et une pratique d'inégalité. Ces principes fondamentaux ont le potentiel de soutenir la constitutionnalité de la nouvelle loi, mais seulement s’ils sont bien compris dans leur contexte social et historique. Ceux qui disputent que l'achat de sexe soit considéré comme un crime de violence soutiennent que cela revient à ignorer le consentement exprimé des femmes à la prostitution et assimile toute prostitution à l’agression sexuelle. C’est une approche simpliste quant aux multiples façons par lesquelles les femmes subissent la violence sexuelle. Elle détourne l’attention de la coercition exercée par l'acheteur mâle et porte un jugement sur le comportement de la femme, reproduisant ainsi les pires aspects de la loi sur le viol. Les partisans de l'industrie de la prostitution s’opposent aussi à la conclusion que l’achat de sexe et le proxénétisme sont des pratiques d'inégalité ou de discrimination sexuelle, car ils veulent se concentrer sur les transactions individuelles et leur potentiel pour améliorer la situation économique des femmes. Ceci masque les façons dont la prostitution s’opère au détriment de toutes les femmes en tant que catégorie (recoupant aussi celles de la race et de la pauvreté), qu’elles s’engagent ou non dans la prostitution. Rendre compte de ce préjudice collectif est nécessaire.
Auteure : Rhéa Jean (CLES, Université du Luxembourg)
2 - « Consentement » sexuel, pressions et contraintes économiques
Suite à la vague de dénonciations de cas de harcèlement sexuel et de viols qui ont secoué le Canada, la notion de « consentement sexuel » en situation d’inégalité a été discutée sur la scène publique. Des personnalités publiques, des militantes féministes et des organismes tels que la Fédération des femmes du Québec ont soutenu l’importance de lutter contre une « culture du viol ». L’on nous parle, avec raison, de l’importance d’éduquer les jeunes à une éthique sexuelle visant au respect de ses limites personnelles et de celles d’autrui. Il nous apparait toutefois incongru que certaines de ces voix puissent, par ailleurs, se taire sur la dimension hautement coercitive de la prostitution. Comment, d’un côté, dénoncer le fait que des hommes puissent utiliser leur pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles, et de l’autre, affirmer que la prostitution serait d’un autre ordre ? Comment nier que l’imposition d’actes sexuels basée sur un échange économique s’inscrit dans une culture patriarcale de violence sexuelle et économique ? Comment ne pas reconnaitre que cette assimilation des actes sexuels à des « tâches de travail » imposées quotidiennement à des femmes s’inscrit absolument dans cette culture du viol que l’on prétend dénoncer ? Est-ce cohérent de poser le double standard suivant : ce qui serait normalement considéré comme un cas de harcèlement ou d’exploitation au travail en général (exiger des actes sexuels de l’employée) serait acceptable dans un cadre prostitutionnel, sur la seule base que la personne se serait résignée à cette situation?