Détail ::::::
Animatrice : Louis-Paul Willis (UQAT)
Titre : Nouvelles perspectives en études féministes : littérature, cinéma, théâtre - Séance 3 - L’image, entre création et réception
Résumé : -

Auteure : Lucile Crémier (Université du Québec à Montréal)
1 - Penser la subjectivité lesbienne hindoue entre féminisme et postcolonialisme : le cas de Fire
Cette communication découlerait de la poursuite du travail présenté dans mon article « Silences On Hindu Lesbian Subjectivity » (2013). Cet article visait à retracer les processus de construction politique, culturelle et littéraire de la féminité hindoue entre tradition, religion, pouvoir colonial et mondialisation, afin de comprendre ce que ce cadre implique dans le cas de la sexualité lesbienne, relativement peu discuté. L’analyse du film Fire (1995) de Deepa Mehta, réalisatrice indienne installée au Canada, permettait d’illustrer la réflexion. Cette communication reprendrait l’analyse de ce film afin d’amener un positionnement critique sur l’œuvre et sa réception dans les milieux populaires, dans la sphère politique, mais surtout dans l’espace universitaire. Il s’agirait de se demander quelles représentations genrées dominent, et quelles questions éthiques et politiques sont posées par ces représentations, par le contexte de production et par la perspective de la réalisatrice. On s’interrogerait en outre sur les manières dont l’œuvre adapte et applique certains développements de la recherche féministe. Enfin, l’important serait de mettre en lumière l’ambigüité du rôle des outils conceptuels en études féministes occidentales dans un propos postcolonialiste.
Auteure : Julie Beaulieu (Université Laval)
2 - A. N. (après le numérique). Lynn Hershman Leeson et l’histoire d’un cinéma féministe
Artiste et cinéaste américaine, pionnière du multimédia et de l’art sur Internet, Lynn Hershman Leeson s’illustre à la fois comme une artiste et une cinéaste féministes. Au tournant des années 2000, la technologie numérique s’impose comme un outil créatif aux multiples possibilités pour des femmes telles Hammer, Minh-ha ou Cheang qui, comme la majorité des femmes cinéastes, travaillent en marge des grands réseaux de production et de distribution. Cette marginalisation du cinéma des femmes est la raison principale pour laquelle l’ensemble de son œuvre (films, photographies, performances, installations) demeure méconnu des spécialistes du cinéma. S’ajoute la « sectorisation » de sa production, définie par les appellations « art multimédia » et « art féministe », qui renvoient davantage à l’art qu’au cinéma. À cela correspond un mode de diffusion singulier, le circuit des expositions, qui n’est pas celui du cinéma. Cette présentation portera sur le cinéma de Hershman Leeson en tant qu’élément constitutif d’une histoire « parallèle » du cinéma, c’est-à-dire une histoire du cinéma féministe. Ses films, traversés par des thèmes fondateurs de sa pratique médiatique, dont la construction de l’identité, l’interactivité, la relation du corps à la machine et la frontière entre la réel et le virtuel, permettront de réfléchir sur les avenues possibles du féminisme au cinéma depuis l’avènement du numérique.
Auteure : Janie Deschênes (Université Laval)
3 - La double réception de la bande dessinée de Bach au Québec : C’est pas facile d’être une fille est-elle une œuvre féministe ?
En 2014 paraît la bande dessinée C’est pas facile d’être une fille d’Estelle Bachelard, alias Bach. L’ouvrage raconte des événements de la vie quotidienne de la bédéiste, dans un style inspiré des blogueuses françaises telles que Pénélope Bagieu, Margaux Motin et Diglee. Les œuvres de ces quatre femmes problématisent un personnage féminin autofictionnel, réutilisent un certain nombre de topoï et visent un public de lectrices habituées aux codes des magazines de mode et d’art de vivre. Le succès en France de ce genre de BD dite girly n’est plus à faire. Mais qu’en est-il au Québec où C’est pas facile d’être une fille demeure une publication marginale ? Dès la sortie du livre, les médias traditionnels font une critique positive de la bande dessinée. Mais en juillet 2014, une publication sur la page Facebook Bach illustrations fait réagir le milieu de la bande dessinée de Québec. Estelle Bachelard y avoue qu’on lui reproche de faire « de la bande dessinée superficielle […] qui réduit les femmes ». S’ensuit un plaidoyer où l’auteure affirme vouloir « faire sentir les filles mieux dans leur peau ». Cette intervention soulève un vent de colère des lecteurs qui prennent la parole pour défendre l’artiste. Et si, au lieu d’être de la mauvaise foi, ce n’était pas plutôt représentatif d’un problème qui entoure la représentation de la femme en bande dessinée en 2014 ? Comment peut-on expliquer deux lectures opposées issues de la même oeuvre, l’une féministe (revendiquée par l’auteure) et l’autre qui y voit une représentation dégradante des femmes ?