Détail ::::::
Animatrice :  ()
Titre : Un monde plus qu'humain : approches féministes en éthique animale et environnementale - Séance 1 - Écoféminisme(s) : Développements théoriques contemporains
Résumé : -

Auteure : Marie-Anne Casselot (McGill)
1 - Écoféminisme et nouveau matérialisme: similarités et tensions
Entre l’écoféminisme et le nouveau matérialisme, y a-t-il des liens théoriques importants? Quelles sont les tensions de ces deux disciplines? Tout d’abord, je souhaite dresser un portrait de l’écoféminisme et du nouveau matérialisme, car ce sont deux domaines peu développés dans le milieu de la recherche philosophique francophone. L’écoféminisme est un mouvement politique et théorique datant des années 1970 et ayant atteint son « apogée » à la fin des années 1980, début 1990. De l’autre côté, le nouveau matérialisme, plus récent, veut remettre à l’avant-plan la matérialité « oubliée » par le tournant constructiviste et postmoderne. Accusé d’essentialisme, l’écoféminisme semble avoir laissé la place au nouveau matérialisme pour théoriser les liens entre nature et humanité. Dans la littérature écoféministe, il y a un reel intérêt pour le non-humain et l’environnement, ce qui anticipe le « retour » vers la matérialité du nouveau matérialisme. En outre, au sein de la littérature du nouveau matérialisme, on peut entendre quelques échos écoféministes dans l’analyse des dualismes tels que la nature-culture, hommes-femmes, l'humain et le post-humain, etc. Or, quels sont les points de contacts entre les deux disciplines? Autour de certaines figures importantes de l’écoféminisme (Val Plumwood, Sherilyn MacGregor et Chris J. Cuomo) et du nouveau matérialisme (Elizabeth Grosz, Rosi Braidotti et Stacy Alaimo), je souhaite identifier leurs thèmes communs ainsi que mettre en lumière leurs tensions. Ainsi, la pertinence théorique d’un tel projet est d’examiner où et comment ces deux disciplines peuvent être en dialogue de façon constructive et critique.
Auteure : Antoine C. Dussault (Universite de Montreal, Collège Lionel-Groulx)
2 - Un care écocentriste est-il possible ? Souci, respect et coopération avec la nature
En continuité avec les discussions de Larrère et Raïd, je soutiendrai la convergence entre l’éthique écocentriste développée par Callicott (inspirée du travail d’Aldo Leopold) et certaines approches écoféministes. Je détaillerai en particulier les liens entre le « caring about » de Tronto (2009) et l’importance accordée aux relations et à la sensibilité dans les théories de Leopold, Callicott, Warren et Plumwood ; et ferai certaines observations sur l’interdépendance psychologique et éthique des attitudes de care et de respect et sur la place des relations dans l’éthique de Kant. Je détaillerai ensuite les liens entre ce que Tronto appelle le « care-giving » et le projet de Merchant d’élaborer un partenariat, c’est-à-dire un mode d’interaction coopératif entre les humains et la nature, comme dépassement du mode baconnien de domination de la nature caractéristique de l’Occident moderne. Je montrerai le rapprochement entre cette vision coopérative et l'éthique écocentriste en rappelant l’influence méconnue de la médecine hippocratique sur la vision écocentriste de Leopold, en lien avec certaines réponses aux arguments courants à l’effet que, d'un point de vue écocentriste, toute intervention humaine dans la nature implique nécessairement une forme de domination. Finalement, je dirai quelques mots sur les tensions entre le care appliqué aux écosystèmes et aux animaux sentients et critquerai la manière dont Callicott traite à l'occasion ce conflit.