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Titre : Un monde plus qu'humain : approches féministes en éthique animale et environnementale - Séance 3 - Écoféminisme(s) en pratique : Approches antispécistes dans les arts et sciences
Résumé : -

Auteure : Pascale Lafreniere (Université de Montréal)
1 - Réflexion autour des technologies de reproduction à l’ère de la bioéconomie
Les discours d’avenir qu'on nous présente actuellement s’articulent majoritairement en termes de progrès techniques semblant inévitables. On nous promet que nos sociétés seront en mesure d’accomplir mer et monde dans les décennies à venir sans questionner le sens et les impacts de ces changements et sans se demander à qui elles bénéficieront. Les technologies de reproduction – qu'elles soient pratiquées sur les humains ou sur les autres animaux utilisés pour l'élevage ou l'expérimentation en laboratoire – s’inscrivent, comme toute technologie, dans des contextes sociaux particuliers et sont porteuses d’une certaine conception du monde. Sur la base des travaux de Céline Lafontaine, j'élaborerai une réflexion historique, anthropologique et sociocritique autour des technologies de reproduction. J'exposerai d'abord le cadre idéologique et culturel qui nous amène à porter atteinte à l’intégrité physique et psychologique d’individus ainsi qu’à prendre des risques environnementaux considérables au nom de prouesses techniciennes à venir. Ensuite, je mettrai en lumière notre rapport particulier aux corps – aux corps de femmes, de non-occidentaux et d’animaux – considérés vils ou simples matières premières que l’on peut acheter, vendre, utiliser ou détruire. Finalement, je présenterai la façon dont les technologies de reproduction, des frankensteaks aux bébé-éprouvettes, permettent à la science d’accéder au statut de matrice de la vie et au scientifique d'accéder au statut d’expert en conception et gestion du vivant, ce qui disqualifie la figure maternelle et interfère dans le rapport mère-enfant.
Auteure : Julia Roberge Van Der Donckt (Université de Montréal)
2 - Vers une esthétique antispéciste : détournements de la taxidermie dans la pratique d'artistes contemporaines
Étroitement liée à la chasse, la taxidermie constitue une pratique teintée par des visées colonialistes et patriarcales, comme l’a montré Donna Haraway. Qu’il relève du trophée ou de l’objet de curiosité, l’animal naturalisé demeure un témoin éloquent de la violence exercée par l’homme sur les animaux non humains. Certaines artistes contemporaines se sont d’ailleurs saisies de ce médium pour en faire le véhicule de revendications féministes, écologistes et antispécistes, renversant de cette manière les codes associés à la tradition centenaire de la taxidermie. Plus que de simples memento mori, les chairs animales, ainsi réifiées, deviennent le symbole de multiples oppressions perpétrées par le genre humain. Cette communication sera notamment l’occasion d’analyser le travail d’Angela Singer, une artiste britannique militant au sein de groupes de défense animale. S’appropriant des spécimens naturalisés de seconde main, Singer emploie un procédé de « dé-taxidermie » qui a pour objectif de révéler la mort violente à l’origine de ces objets. Les impératifs de beauté et de vérisimilitude sont ainsi sciemment écartés au profit d’un regard critique sur le rapport que nous entretenons avec les animaux non humains.
Auteure : Sophie Lecompte (Université de Montréal)
3 - Perspective féministe sur l'éducation des « animaux de compagnie » : le poids du patriarcat dans le domaine de l'intervention en comportement animal
L'intérêt grandissant pour l'éthologie et les techniques d'éducation des animaux de compagnie semble paradoxal. En effet, la façon dont ces derniers sont traités et considérés (nombre élevé d'abandon et de mise à mort, techniques punitives et contraignantes, standards élevés de race, etc.) met en lumière notre incapacité à les comprendre et à en prendre soin alors que nous entretenons l'idée qu'ils sont des membres de nos familles et que nous les aimons. En tant qu'intervenante en comportement félin, il m'est possible de critiquer de l'intérieur le modèle actuel favorisé dans ce domaine. Bien que la majorité des intervenants s'entendent pour dire que nous progressons, si l'on compare aux méthodes dites traditionnelles, le nouveau modèle pose certains problèmes que nous pouvons analyser d'un point de vue féministe. En effet, l'approche béhavioriste permet une meilleure compréhension des besoins des animaux et une approche davantage positive qui rejette les punitions, mais elle se limite à une conception très mécaniste centrée sur la compréhension scientifique et observable des comportements et des méthodes d'apprentissage. Cette approche participe à l'objectification des animaux et s'inscrit dans le cadre rationaliste et patriarcal qui écarte les dimensions émotive et relationnelle qui nous permettraient de créer des liens centrés sur l'empathie et la compassion. La crainte de l'anthropomorphisme, héritage toujours pesant du patriarcat et de l'androcentrisme, pose des limites à la compréhension et aux possibilités relationnelles que nous pourrions favoriser dans un cadre féministe. Le modèle dominant actuellement, bien qu'en apparence favorable aux animaux, s'inscrit dans une cadre anthropocentriste où le seul objectif est d'augmenter le bien-être de ces derniers sans toutefois remettre en question les fondements même de notre rapport à ces individus. Je développerai certains aspects de ce à quoi pourrait ressembler une approche féministe de nos relations aux autres animaux qui partagent nos vies.