Détail ::::::
Animatrice : isabelle boisclair (Université de Sherbrooke)
Titre : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 1 - Jeunesses et sexualités
Résumé : -

Auteure : Anne Martine Parent (Université du Québec à Chicoutimi)
1 - Girls, du post-porn pour grand public?
Depuis ses débuts en 2012, la série Girls (diffusée sur HBO) a suscité plusieurs commentaires en raison de ses nombreuses scènes sexuelles explicites. En fait, ce n’est pas seulement la quantité de scènes sexuelles qui attire l’attention du public et des critiques, mais aussi leur contenu spécifique – on n’a qu’à penser à la récente scène de « butt-eating » dans le premier épisode de la quatrième saison (diffusé le 11 janvier 2015) qui a été jugée scandaleuse par certains et ennuyeuse par d’autres, alors que d’autres, encore, ont aimé voir représenter une pratique sexuelle peu conventionnelle. C’est là l’intérêt de la représentation de la sexualité dans Girls : aller à l’encontre des représentations conventionnelles du sexe, depuis les fusions extatiques à l’orgasme synchronisé des couples hétérosexuels du cinéma et de la télé mainstream jusqu’aux contorsions et aux excès orgasmiques de la pornographie hardcore. Les relations sexuelles dans Girls sont souvent inconfortables voire ratées et mettent en scène de nouveaux scripts sexuels qui dévient du coït hétéronormatif – même si les rapports sont hétérosexuels. Je veux montrer dans ma communication que la représentation de la sexualité dans Girls se rapproche ainsi de la mouvance post-porn par son refus de l’idéalisation sexuelle (romantique ou pornographique), sa proposition de nouveaux scripts souvent fondés sur l’imaginaire et le fantasme individuels plutôt que collectifs, ainsi que sa sexualisation de corps jugés non désirables par la norme hollywoodienne.
Auteure : Catherine Dussault Frenette (Université de Sherbrooke)
2 - Entre hommes et filles : regard sur les entrées imposées dans la sexualité
Le discours commun fait coïncider les premières expériences sexuelles avec la puberté. Ce n’est, en effet, qu’à partir de ce moment qu’est autorisée l’exploration des potentialités sexuelles du corps. Ce point de rupture, entre une enfance soi-disant asexuée et une jeunesse sexualisée codifie un moment précis d’« entrée dans la sexualité ». Avant cela, tout ce qui relève du sexuel apparaît frappé d’interdiction, créant ainsi tout un drame autour de « la première fois ». Mais cette importance conférée à la première relation (hétéro)sexuelle oblitère d’autres « entrées », celles-là non désirées. Comment parler de ces cas où un·e enfant est soumis au pouvoir d’un·e adulte, et ce, bien avant la puberté? Alors que l’enfant se trouve dépourvu·e de connaissances sur la sexualité, l’adulte détient tous les pouvoirs – cette dissymétrie entre les statuts ouvrant la voie à la domination et à la violence. Et lorsqu’une telle rencontre implique un homme et une jeune fille, le rapport de pouvoir qui les unit est redoublé, en fonction de l’âge et du sexe. J’explorerai les représentations littéraires de rapports violents entre hommes et filles dans deux romans et un récit contemporains (La fille [Tupelo Hassman, 2012]; Le règlement [Heather Lewis, 1994]; et Mon secret [Niki de Saint Phalle, 1994]). À l’aide de la théorie des scripts sexuels et de la notion d’intersubjectivité, je me pencherai sur l’agression dont sont victimes les protagonistes féminins ainsi que sur les conséquences de celle-ci sur leur subjectivité sexuelle.
Auteure : Lori Saint-Martin (Université du Québec à Montréal)
3 - Désir, pouvoir, identité, différence: l'inceste sœur-frère dans l'écriture des femmes au Québec et en France
Le rapport entre sœurs et frères – et déjà, le fait d’inverser l’ordre des termes dévoile la hiérarchie usuelle, tant « frères et sœurs » semble plus « logique », c’est-à-dire plus conforme à l’ordre en place – permet, en littérature, une exploration particulière des enjeux du Même et de l’Autre. Or un nombre surprenant d’œuvres qui traitent de cette problématique présentent un « couple » sœur-frère incestueux ; souvent, de surcroît, il s’agit de jumeaux, poussant au paroxysme la réflexion sur la ressemblance et la différence. À partir de quelques textes romanesques récents, français et québécois, il s’agira d’examiner les enjeux troubles – pouvoir, dépendance, désir - qui se tissent autour de cette configuration de l’inceste, présentée souvent comme heureuse, voire extatique, parfois comme mortifère.