Détail ::::::
Animatrice : Thérèse St-Gelais (UQAM)
Titre : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 2 - Scripts et subjectivités
Résumé : -

Auteure : isabelle boisclair (Université de Sherbrooke)
1 - Rapports sexuels : rapports intersubjectifs
La tradition littéraire, fondée sur la figure du héros et sur la conscience subjective, met le plus souvent en scène un personnage central aux prises avec d’autres, traduisant sa seule perception – et ce, même dans un roman polyphonique où, le plus souvent, chacun des segments fait entendre une seule voix. Dans ce contexte, la représentation des rapports sexuels relaie un seul point de vue, historiquement phallocentré, qui confine les femmes à la place de l’objet, dynamique que relaie clairement le langage (« il la prit ») et que Pierre Guiraud a mis en lumière dans sa Sémiologie de la sexualité. Or, le « rapport » sexuel engage (minimalement) deux sujets, non pas un sujet et un objet. Sur la scène contemporaine, qui pense de plus en plus le décentrement du sujet, comment la mutualité, la réciprocité s’écrit-elle? Comment les jeux intersubjectifs se traduisent-ils textuellement? À l’aide des théories de l’intersubjectivité (Benjamin), j’examinerai quelques scènes parvenant (ou pas) à traduire cette dynamique, de manière envisager le rapport non plus comme une relation asymétrique mais bien une relation réciproque dans laquelle deux sujets sont engagés. Y a-t-il moyen de représenter des scripts qui tiennent compte de la dynamique intersubjective? Voire d’imaginer des scripts qui en tiennent compte? Que fait un sujet à l’autre et l’autre à l’un? Cet examen de l’inscription des rapports intersubjectifs dans les scènes sexuelles posera comme centrale la question de la subjectivité du sujet féminin et sa reconnaissance.
Auteure : Anne VERJUS (CNRS)
2 - La diffusion de nouveaux scripts hétérosexuels transgressifs des normes de genre : le cas du “chevillage” en France (2001-2015)
Le « pegging », ou « chevillage » en français, est une pratique hétérosexuelle de pénétration anale passive d'un homme par une femme. Le caractère récent de ces deux dénominations laisse penser que la légitimité de cette pratique sexuelle ne va pas de soi. Dans cette communication, nous nous appuierons sur une étude de la documentation « sexperte » francophone disponible sur le sujet, tant chez les éditeurs « papier » grand public que dans la presse nationale en ligne ou sur les forums ouverts pour observer la manière dont a progressé, depuis 15 ans, la circulation de ce script hétérosexuel transgressif des normes de genre le plus souvent présenté comme nouveau, libérateur, voire subversif. o ignored Nous cantonnerons cette étude à l'espace francophone immédiatement disponible pour l'internaute français, dans la mesure où l'étude des scripts sexuels peut difficilement être détachée du contexte culturel, donc notamment national, dans lequel ils s'inscrivent. C'est la raison pour laquelle nous consacrerons la première partie de cette communication à l'évolution, depuis 40 ans (afin d'englober le plus possible le spectre de socialisation des personnes sexuellement actives entre 2000 et 2015) des normes de la sexualité en France, telle qu'elle a été étudiée à travers des enquêtes quantitatives et qualitatives (Bajos et Bozon, 2010), en faisant l'hypothèse qu'une partie des scripts sexuels homosexuel, en se normalisant, a pu se diffuser auprès d'une partie de la population qui se définit comme hétérosexuelle.
Auteure : Nathanaël Wadbled (Université de Lorraine / UQÀM / Université Paris 8)
3 - Géocritique du placard : épistémologie féministe de la subjectivation spatiale
Une certaine géocritique contemporaine peut indiquer une façon de considérer le récit non plus de manière temporelle mais spatiale. En contestant par l’exemple le fait que la seule manière de se raconter serait psychique, est contesté un ordre symbolique où la différence entre homme et femmes est entre autre spécifiée comme l’attachement du premier à une subjectivité pure se construisant temporellement et de la seconde à une corporéité spatiale ayant besoin de trouver sa signification hors d’elle-même dans la subjectivité du masculin. Une telle perspective permet un autre regard sur ce qui se joue dans les relations sexuelles, non plus au niveau psychique mais au niveau corporel. Il ne s’agit pas de dénier le caractère symbolique de telles relations et dans la construction des identités qui s’y joue, mais d’opérer un déplacement du lieu où il se joue. Cette communication propose de considérer comment un tel déplacement peut permettre de définir une identité sexuelle féministe. De manière positive l’enjeu sera de voir comment l’histoire de la littérature présente de manière souterraine une telle possibilité et peut ainsi s’inscrire dans une épistémologie alternative. De manière négative, il s’agira de montrer comme la manière dont une certaine littérature érotique refuse cette possibilité et reproduit en fait un ordre symbolique de la domination masculine, quand bien même dans son contenu elle prétendrait s’y opposer.