Détail ::::::
Animatrice : Julie Lavigne (UQAM)
Titre : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 3 - Désordres
Résumé : -

Auteure : Nicole Cöté (REQEF)
1 - Économie des sexualités féminines dans la trilogie Madaddam
Les changements radicaux et subits représentés dans plusieurs récits dystopiques de l’extrême contemporain, ayant pour corollaire une rapide réorganisation des rôles sexuels, forcent une interrogation quant aux stratégies de survie des plus vulnérables, dont les femmes. Des œuvres comme Oryx and Crake (Le Dernier Homme) et Year of the Flood (Le Temps du déluge), de la trilogie Maddaddam, articulent clairement différents aspects de la survie de notre planète en proposant une suite vraisemblable, mais inquiétante, de ce monde radicalisé. Les personnages féminins de la dystopie Madaddam connaissent un sort des plus hasardeux, toutes les femmes étant, à un moment donné ou à un autre, reléguées à des fonctions sexuelles ou maternelles −ou se reléguant elles–mêmes à ces fonctions pour survivre−, quelles que soient leurs capacités intellectuelles ou leur agentivité. Ainsi, dans des conditions extrêmes, certains personnages féminins se prêteront au jeu de la féminité séductrice ou exerceront irréprochablement leurs fonctions maternelles. Il semble bien que les personnages de femmes représentés, si différents soient-ils, se plient à peu près tous à un comportement se modelant sur le spectre des attentes hétérosexuelles afin de survivre à une situation extrême. Je discuterai donc des conséquences des situations de crise sur l’évolution des rôles sexuels dans les représentations que nous offre la littérature Canadienne/québécoise de l’extrême contemporain.
Auteure : Maité FERNANDEZ FALCAND (Université Paris III Sorbonne Nouvelle)
2 - La sexualité, lieu d'un tragique contemporain ?
Dans nombre de réécritures contemporaines pour la scène, les tragédies antiques se voient complétées par la sexualité, ou transposées en ses termes. Le tragique ne réside plus dans l'effroyable, le terrifiant ou l'extraordinaire, mais la scène est désormais chargée de représentations d'actes sexuels, d'évocations vulgaires. Les réécritures, par leur exploitation de la sexualité, offrent à voir un spectacle désabusé. Car ce n'est pas une sexualité épanouie que les auteurs représentent, pas plus qu'ils ne s'attachent à des héros vertueux ; très peu d'Andromaque et d'Antigone : ce sont Médée, Phèdre, Œdipe, Déjanire, Agamemnon qui intéressent, et la sexualité fonctionne davantage comme un miroir de la violence ou du désespoir des personnages. Le caractère machinal et épuré des scènes de sexe chez Sarah Kane et Lars Norén, les descriptions méthodiques chez Martin Crimp ou Sara Stridsberg, la dérision de Rodrigo Garcia face à une sexualité de consommation, mais aussi le sentiment d'une impuissance - décrite en termes physiques - chez Lina Prosa, Jean-René Lemoine ou Ivana Sajko, tous ces traitements de la sexualité en font un signe vers l'échec, et le lieu d'un tragique contemporain.
Auteure : Thérèse St-Gelais (UQAM)
3 - La violence « naturelle » du désordre
Il y a de ces œuvres qui semblent laisser voir une provocation malsaine à partir d’une représentation de la sexualité qui ne ferait que reproduire des manifestations éculées et brutales. Or, que faut-il lire dans ces œuvres qui paraissent s’apparenter à des œuvres dont la violence est frappante, comme c’est le cas dans certaines œuvres picturales de l’artiste québécoise Christine Major ? Souvent de grand format et usant d’une palette contrastée, parfois criarde, les œuvres de Major s’adonnent également à un exercice chromatique qui interroge les liens apparemment naturels entre l’art et la représentation sensuelle du désir. Mais au-delà de cette représentation se profile une réflexion féministe qui se joue des normes et des codes pour faire valoir un regard critique sur cette dite normativité. À partir d’œuvres choisies, cette communication propose une analyse de la dimension performative des « figures » présente dans ces œuvres de Christine Major. Également, elle dégagera comment s’y opère une agentivité qui ne va pas nécessairement dans le sens attendu d’un regard conventionnel, pas plus d’ailleurs que dans un « male gaze » tel que développé par Laura Mulvey. Dans cet esprit, cette communication proposera des comparatifs avec l’œuvre, entre autres, de Ghada Amer dont la réception cause quelques ambiguïtés.