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Titre : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 2 - (Se) rendre visible : femmes, arts et espaces publics
Résumé : -

Auteure : Eve Lafontaine (UQAM)
1 - Repenser les schèmes historiques et l’agentivité des femmes photographes au Québec : l’importance des théories féministes
Cette communication visera à démontrer l’importance d’une approche féministe dans l’étude des arts visuels au Québec à travers une réflexion sur l’historiographie actuelle traitant de la photographie documentaire québécoise des années 1970 et 1980. Elle montrera de quelle façon les recherches féministes actuelles peuvent renouveler les savoirs historiques sur cette période. L’analyse des divers usages sociaux des corpus de femmes photographes de l’époque illustrera la pertinence de mettre en relation le développement des perspectives féministes et du mouvement des femmes au Québec avec les pratiques photographiques du temps. Elle démontrera également la nécessité de repenser les catégories historiques et temporelles définissant le mouvement documentaire afin de réhabiliter le travail des femmes photographes au sein des discours actuels. Les suites de la Révolution tranquille ont suscité, au Québec, plusieurs enjeux importants entourant l’idée d’une construction collective de l’identité nationale. Les conceptions plurielles de cette identité seront ainsi analysées à travers les pratiques photographiques, qui sous-tendaient également plusieurs questionnements relatifs aux notions d’identité sociale et de genre. L’analyse de cette période photographique importante, en lien avec le développement du mouvement féministe au Québec, fera ainsi état de l’implication des femmes dans le développement de la photographie documentaire québécoise. Elle montrera également la pertinence de faire dialoguer la pluralité des discours féministes actuels et d’époque sur des corpus historiques et contemporains afin de questionner la place accordée aux femmes photographes ayant documenté la vie sociale et politique de cette période.
Auteure : Oriane Asselin-Van Coppenolle (UQAM)
2 - Création d’un espace mouvant : le Fourth Plinth
Que remettre en question lorsque l’on veut aborder l’art public institutionnel sous un angle féministe? La création abondamment masculine? La représentation des genres dans les œuvres d’art public? Un cas particulier d’art public m’intrigue puisqu’il semble ouvrir une porte sur une création diversifiée et non consensuelle. Le Fourth Plinth est un programme d’art public dirigé par la ville de Londres. Telle une exposition temporaire, une succession d’œuvres s’effectue sur un des quatre socles bordant Trafalgar Square, place publique au cœur de la ville. Ce roulement d’œuvres multiplie les discours dans l’espace sans les rendre fixes. Ces projets participent à créer un espace en continuelle redéfinition, plus ouvert et inclusif. À travers ces productions, nous retrouvons entre autres des œuvres remettant en question la présence dans le square de monuments à l’effigie d’hommes. Par exemple, en 2005, l’œuvre Alison Lapper Pregnant de Marc Quinn, qui représente une femme enceinte handicapée en marbre blanc monumentale, est exposée sur le socle. Abordant à la fois le handicap, la sexualité et la maternité, cette œuvre n’a pas laissé de marbre l’audience. Partageant la place publique avec des colonels de l’époque victorienne ayant participé à la colonisation au XIXe siècle, l’œuvre de Marc Quinn détonne et révèle l’absence des femmes. Quelques années plus tard, l’œuvre de Katharina Fritsch, Hahn/Cock met en scène un immense coq bleu à l’image de la domination masculine de la place publique. C’est dans la confrontation entre le lieu et les œuvres que s’instaure un dialogue en constant renouvellement.
Auteure : Elisabeth Otto (Université de Montréal)
3 - Why have there been no primitivist women artists?
Dans le discours moderniste du 20e siècle, l’art dit « primitif » était valorisé parce qu’il était considéré être complètement différent de la tradition de l’art occidental. La notion du « primitif » introduisait l’« autre » dans le discours sur l’art et était associé avec un « autre féminin » dans une culture exclusivement masculine. L’histoire de l’art féministe des années 80 et 90 (Duncan, Pollock et al.) a déconstruit le primitivisme afin de démontrer qu’il s’agissait d’une perspective sexiste, raciste et coloniale des artistes masculins de l’avant-garde européenne. Les femmes artistes de la même génération qui ont intégré des objets et des pratiques dites « primitives » dans leurs œuvres ont par ailleurs été exclues de la critique du primitivisme, étant elles-mêmes l’« autre » du monde de l’art de l’époque. Dans cette optique, travailler sur les femmes artistes primitivistes (Emily Carr et Gabriele Münter, par exemple) semble être une double, sinon une triple négation (Piper). Cet exposé propose d’en finir avec ce dilemme en utilisant les théories actuelles sur la construction identitaire, développées à l’origine pour analyser des pratiques artistiques actuelles. J’utiliserai différentes formes de théorisation des politiques identitaires, notamment les féminismes anti-coloniaux et les théories queers, comme méthodologies d’interprétation et comme lieux d’interrogation de l’histoire des représentations des femmes artistes au début du 20e siècle. Après tout, le genre est un outil d’analyse historique (Joan W. Scott) – travailler à partir de cet outil suppose donc de revisiter des concepts genrés tels que le primitivisme.