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Titre : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 3 - Penser les cadres artistiques et historiques : institutions, pratiques et savoirs
Résumé : -

Auteure : Julie Bruneau (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Michelle Paquette (Université du Québec a Montréal)
1 - Historiennes de l’art et féminisme libertaire anticolonial : des postures irréconciliables?
Partant de questionnements sur les manières possibles d’investir de politique l’histoire de l’art, nous désirons réfléchir à une façon de s’engager politiquement en tant qu’historiennes de l’art féministes libertaires. Ainsi, il nous apparaît que le dialogue entre théorie et pratique est une préoccupation centrale dans la définition de notre implication au sein de notre parcours académique. Nos expériences politiques et nos héritages socioculturels constituent la trame de cette présentation. Est-il possible de rallier nos implications féministes, anarchistes et anticoloniales à notre éducation majoritairement blanche, francophone et québécoise tout en s’investissant au sein de la discipline de l’histoire de l’art? Ce conflit prend toute sa force lorsqu’il s’agit, comme dans notre cas, de s’intéresser aux rapports entre blancs et autochtones. Nous effectuerons une critique de l’historiographie de l’histoire de l’art au Québec en analysant les discours de certains historiens considérés comme incontournables (Morrisset, Ostiguy, Barbeau). Ce faisant, nous mettrons en évidence l’intersection entre genre, race et pouvoir qui se reproduit au sein de la discipline. Nous présenterons nos travaux actuels qui se fondent sur une analyse des rapports de pouvoirs sexistes et racistes du colonialisme québécois et canadien en histoire de l’art. Ce colonialisme impose un regard étroit tant sur les représentations que sur les pratiques artistiques des femmes autochtones. Nous aborderons comment nous nous sommes positionnées politiquement au sein de notre démarche et comment celle-ci nous a transformées politiquement, notamment par le contact avec des théoricien-nes et des militant-es féministes et racisées.
Auteure : virginie Jourdain (la Centrale)
2 - De la théorie à la pratique : transformer les approches et les institutions artistiques
Le double chapeau d’artiste et de commissaire d’expositions en art actuel permet de permuter les rôles et responsabilités et d’en apprécier ou déprécier leurs rapports respectifs à l’institution, et aux critères de reconnaissance et d’évaluation. Dans un milieu de l’art majoritairement basé sur des structures hiérarchiques et académiques, insuffler un parti pris féministe et queer demande de développer certaines stratégies. À travers quelques exemples de projets passés, j’en ferais l’illustration. Basées sur des principes de pratiques expérimentales et collectives, mes expériences me permettent de dresser quelques pistes de réflexion ou du moins de poser des questions. L’enjeu qui mobilise mon intervention est la nécessité d’une plate-forme pour développer des réseaux féministes en art, structurer des solidarités et des échanges de savoirs. Quels types de regroupements/réseaux les artistes et les commissaires doivent-elles/ils inventer pour acquérir de la visibilité et de l’autonomie? Comment favoriser et valoriser nos pratiques?
Auteure : Ianna Book (Artiste)
3 - L'affirmation trans, l'art et les stratégies de diffusion
Ma contribution à ce colloque féministe porte sur les initiatives trans en art actuel. Il s'agit d'une réflexion personnelle sur le sujet en tant que femme artiste transsexuelle. L'affirmation trans représente l'enjeu principal. S'assumer et revendiquer sa réalité dans l'espace public dérange le conservatisme ambiant. Être une personne trans bouleverse l'ordre établi envers les stéréotypes de genres et la binarité qui représentent des conditionnements culturels majeurs dans notre société. Se proclamer une femme trans représente une double stigmatisation (femme + trans) et exige davantage de combat. Face à la réalité, le besoin d'expression s'avère impératif. Dans le contexte qui me concerne, l'art et l'activisme sont des terrains de jeux pour mes pulsions créatives où il est fréquent que les deux espaces se fusionnent. Ainsi, l'art en tant que moyen d'expression, criant et revendicateur, s'avère un outil important de communication porteur de changement. Il en surgit une question : comment diffuser un art trans revendicateur dans un milieu artistique non initié et représenté presque entièrement par des personnes cisgenres? Dans ce milieu où la compétition est très forte et l'espace restreint, il est pertinent de penser que les femmes trans passent en dernier. L'art revendicateur trans ne peut donc pas rayonner uniquement avec les "institutions artistiques officielles" pour être diffusé. L'écho du message artistique vers la société doit exister également par des alternatives de diffusion. C'est en transgressant les supports et les méthodes de diffusion qu'il existe d'autres avenues. Lors de mon intervention, je présente quelques exemples concrets de méthodes de diffusion alternatives tels que l'auto-publication de Trans Avenue, l'oeuvre en ligne Ok Lucid ainsi que la création de l'exposition internationale Trans Time par et pour la communauté trans et féministe.