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Titre : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 4 - Les corps en chantier : Représentations et identités politiques en art
Résumé : -

Auteure : Marianne Desrochers (Université de Montréal)
1 - La domination masculine : sexualités, chasse et boucherie
L’artiste émergente métisse/polonaise/Objibwé Dayna Danger reprend l’imagerie utilisée par la publicité et la pornographie qui associe le corps féminin à la chasse et à la boucherie. Faisant écho au travail de Jenny Saville tout en s’adressant à la communauté transsexuelle et aux individus qui refusent d’adhérer au binôme homme/femme, Danger détourne cette imagerie pour montrer comment les femmes d’aujourd’hui peuvent reprendre le contrôle de leur sexualité. Cette communication vise à révéler les théories féministes qui ont établi des parallèles entre les expériences des femmes et celles des animaux à travers une analyse comparative des œuvres de Saville et Danger. Dans un premier temps, l’étude du métier de bouchère permettra de définir les questions d’identités sexuelles et de corporalités qui rapprochent le corps des femmes de la chair animale, de sorte à mettre celles-ci en relation avec les peintures de Saville. L’analyse de l’œuvre Fulcrum (1999) montrera comment l’artiste illustre une nouvelle forme de beauté qui renverse les stéréotypes et qui ouvre la voie à une féminité plus consciemment incarnée. Dans un second temps, des théories qui relient la chasse, la sexualité, les femmes, les armes et les animaux seront mises en lumière afin d’expliciter le discours de Danger. Ainsi, l’analyse de l’œuvre Sky (2014) permettra de critiquer l’hétéronormativité tout en rappelant le discours identitaire imposé par la culture dominante. Les œuvres de Saville et Danger tentent donc de montrer comment la femme est devenue « quelque chose », comment celle-ci fut amenée à être perçue comme un objet, un produit consommable, un morceau de viande.
Auteure : Véronique Boilard (UdeM)
2 - Ironie et critique des normes de genre
Dans une démarche artistique visant une critique des normes, le féminisme et l’ironie postmoderne entretiennent d’étroites relations. L’ironie révèle et questionne, par antiphrase, l’obsolescence et l’inadmissibilité de certaines normes. Pour sa part, l’approche féministe postmoderne s’attarde, en partie, à mettre en lumière des processus sociaux d’oppression et remet en question les normes de genre engendrant ces mêmes processus. D’ailleurs, à l’instar du féminisme, l’ironie a le pouvoir d’être un militantisme permettant « d’assumer des fonctions d’analyse et de réflexion, de briser l’armature des stéréotypes, des dogmes […] et de tout ce qui entrave, non pas nécessairement le progrès social, mais la liberté de mouvement et d’évolution des membres d’une société donnée. » (Northrop Frye, 1969). Bref, chacune à leur manière, ces deux approches, en s’attaquant aux normes sociales, cherchent à déconstruire les prétendues stabilités et naturalités de ces dernières. Sans surprises, l’ironie s’avère donc un outil prisé par les artistes contemporaines ayant le désir de rendre visibles les oppressions genrées. En effet, plusieurs artistes questionnent et critiquent, avec un humour parfois grinçant, parfois noir, mais surtout subtil, les normes de genre en se munissant d’un discours visuel ironique. La présente conférence s’attardera à quelques pratiques et artistes qui exposent les effets néfastes des normes de genre par l’entremise de l’ironie postmoderne. Nous y examinerons les démarches d’artistes questionnant le corps-objet et les rôles genrés, afin d’exposer l’alliance efficace du féminisme et de l’ironie en art visuel.
Auteure : Audrey Laurin (Université du Québec à Montréal)
3 - Beautés incarnées : trouble esthétique autour des femmes artistes et de la représentation de la beauté féminine depuis 1990
Bien qu’on ait tenté d’évacuer la beauté des discours académiques sur l’art contemporain, elle ne cesse de refaire surface, particulièrement dans le champ de la philosophie esthétique. Pour cette raison, la problématique de la représentation de la beauté féminine ne peut plus être ignorée par la critique d’art féministe. Toutefois, aborder de front cette question nécessite de concevoir l’expérience esthétique non pas comme pure contemplation, mais comme une expérience encorporée qui implique l’expérience du spectateur ou de la spectatrice devant l’œuvre, ses expériences et ses connaissances ainsi que les implications politiques, psychologiques et sociales des normes de beauté et de représentations. Cette approche, nommée esthétique de la proximité, permet de concevoir notre rapport aux œuvres dans un dialogue critique qui permet de réfléchir au rôle de l’expérience esthétique dans la reconduction des normes de beauté, mais pas seulement. Pour illustrer cela, j’analyserai brièvement quelques œuvres qui soulèvent des problématiques diverses concernant notre perception de la beauté et les expériences vécues des femmes. Je m’intéresserai à Katy Grannan qui photographie des personnes dans la pose et le décor qui leur semble le plus beau. Je me pencherai ensuite sur l’œuvre vidéo Pelage (2009) d’Olivia Boudreau dans laquelle l’artiste tente de maintenir la pose pendant plusieurs heures, sans succès. Je comparerai Pelage aux célèbres performances de Vanessa Beecroft où une armée de mannequins doit rester immobile. Je m’attarderai finalement au travail de Carrie Mae Weems qui s’interroge sur l’effacement des femmes racisées dans les discours occidentaux sur la beauté.