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Animatrice : Anne Létourneau (Université du Québec à Montréal)
Titre : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 1 - Lectures féministes de textes religieux I
Résumé : -

Auteure : Émilie Pagé-Perron (Université de Toronto)
1 - Les déesses mères en Mésopotamie : la part de l’oppression des femmes et du choix des sources dans notre perception de la construction et du développement des panthéons Mésopotamiens au 3e millénaire
Les questions de genre sont discutées depuis peu en assyriologie (étude de la Mésopotamie ancienne). Certains chercheurs ont déjà tenté de démontrer l'incidence du contexte patriarcal mésopotamien mais aussi des perceptions des femmes entretenues par les assyriologues qui discutent des déesses mères mésopotamiennes. Le choix des sources est une question primordiale dans l’élaboration juste d’un portrait du panthéon mais ce point n’est que rarement souligné dans les travaux sur le sujet, le but étant généralement de créer un portrait universel du panthéon. Les sources sont donc évaluées tel un corpus unique, sans examen attentif du contexte de production et de l’intention du scribe. D’un côté, les inscriptions royales utilisent parfois les noms de déesses mères de manière interchangeable ; les listes de dieux, fruit du travail de l'élite scribale, illustrent quant à elles des syncrétismes entre certaines de ces déesses. Ce sont ces sources que les chercheurs utilisent pour reconstruire les panthéons. Mais les traces que nous avons des panthéons locaux et populaires dans les textes administratifs montrent au contraire une démultiplication de ces déesses. Je soutiens qu’effectivement, l’oppression des femmes en Mésopotamie ancienne ainsi que notre contexte social aujourd’hui jouent un rôle dans l’image que nous entretenons à propos des déesses mères. Mais aussi que le choix des sources ainsi que l’analyse et la compréhension du contexte de celles-ci nous permet de dresser un portrait différent de ces déesses. Il n’est pas suffisant de seulement reconnaître que nos sources primaires et secondaires ont émergé dans un contexte particulier, encore faut-il en tenir compte dans nos travaux et ce de manière systématique.
Auteure : Denise Ardesi (CESR- Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, Université François Rabelais de Tours)
2 - Le Féminisme chez les Kabbalistes chrétiens à la Renaissance
Le féminisme chez les kabbalistes chrétiens de la Renaissance La communication vise à montrer le rôle central de la femme dans la pensée kabbaliste chrétienne du XVIème siècle et la transformation de son statut d’un point de vue littéraire et théologique à la Renaissance. Cette reconsidération du rôle de la femme commence par une revalorisation de son statut, initiée par le kabbaliste Cornelius Agrippa de Nettesheim (1486-1535) qui, dans son ouvrage De nobilitate et præcellentia feminei sexes (1509-1529), en s’appuyant sur la Genèse (2:7 ; 2:21-24), pose et justifie théologiquement la supériorité de la femme sur l’homme. Ce renversement du statut féminin se poursuivra avec Guillaume Postel (1510-1581) qui, dans Les très merveilleuses victoires des femmes du nouveau monde (1553), fait de la femme le véhicule de la restauration de l’âge d’or perdu. Sa pensée s’inspire largement des textes kabbalistes. Postel voit dans la femme, non seulement le réceptacle du monde « surnaturel » (sur le modèle de la Vierge Marie) mais aussi la principale actrice de la parole divine. Ainsi se constitue le féminisme ante litteram, dans lequel la femme est retenue supérieure d’abord par sa nature physique (Agrippa de Nettesheim), avant qu’elle ne soit reconsidérée pour la qualité de son âme. Les kabbalistes chrétiens auront le mérite d’unir ces deux qualités pour faire de la femme la figure nécessaire au renouveau du monde, comme nous le verrons dans notre lecture de l’œuvre de Guillaume Postel.
Auteure : Anne Létourneau (Université du Québec à Montréal)
3 - Le féminisme postcolonial en exégèse contemporaine. Le cas de la reine de Saba (1 R 10, 1-13; 2 Ch 9, 1-12)
Dans le cadre de cette communication, je propose de m’intéresser à l’exégèse biblique accomplie au croisement des approches féministes et postcoloniales. Pour ce faire, je procéderai d’abord à l’exploration des herméneutiques féministes et postcoloniales élaborées notamment par Musa W. Dube, Laura Donaldson et Kwok Pui-Lan. Ce parcours permettra de dégager les grandes visées, les concepts privilégiés et les centres d’intérêt de telles approches en exégèse. Ensuite, une étude des textes relatifs à la reine de Saba, plus particulièrement la rencontre entre la souveraine étrangère et le roi Salomon (1 R 10, 1-13 ; 2 Ch 9,1-12), mènera à une mise en application de ces éléments théoriques. Ce sera aussi l’occasion de mettre en lumière les recherches déjà entreprises à partir de perspectives féministes et/ou postcoloniales, entre autres les travaux de Bellis (2001), Fischer (2010), Gillmayr-Bucher (2007), Reinhartz (1994) et Schearing (1997). Plusieurs reconnaissent en cette reine d’Arabie du Sud une femme autonome, puissante, riche et d’une sagesse équivalente à celle de Salomon. Néanmoins, la reine de Saba est aussi dépeinte comme une « bonne étrangère » au service d’Israël et de sa glorification. M’inscrivant dans le prolongement de ces travaux, j’étudierai de quelle manière les codes de la littérature sapientiale contribuent à façonner la représentation de la reine de Saba, notamment son altérité ethnique et sa féminité royale (cf. Camp, 1992). Dans un dernier temps, afin d’enrichir la perspective féministe et postcoloniale développée, je ferai un détour par l’histoire de la réception, en accordant une attention particulière à la saga éthiopienne Kebra Negast (« La Gloire des Rois ») et aux nombreuses réécritures du récit de la reine de Saba dans les communautés afro-américaines