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Animatrice : Marie-Andrée Roy (UQAM)
Titre : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 3 - Représentations des femmes et mythologies
Résumé : -

Auteure : Gaëlle Kingué Élonguélé (UQAM)
1 - Égalité entre les femmes : représentations sociales de femmes minoritaires dans les manuels d'éthique et culture religieuse du secondaire
Cette présentation expose un projet de recherche mixte qui explorera certaines représentations sociales véhiculées par les manuels scolaires d'éthique et culture religieuse (ECR) du secondaire. L’objectif est de vérifier s’il existe des différences de traitement dans les représentations du féminin. Les partisans de la « Charte de la laïcité » ont souvent martelé que l’égalité entre les femmes et les hommes était le droit le plus menacé par l’ouverture à la diversité religieuse. Cette relation est également mise en avant par ceux qui considèrent que le programme d’ECR, implanté en 2008, est un moyen de maintenir les inégalités entre les sexes véhiculées par les religions. L’instrumentalisation du lien entre laïcité et égalité entre les femmes et les hommes, combinée aux stéréotypes basés sur la race et la religion accolés à certaines femmes, entraine une perception ethnocentrée et condescendante des rapports sociaux entre les genres. Lors des évènements entourant la Charte, une hiérarchisation exacerbée est ressortie entre les femmes du groupe majoritaire et certaines femmes du groupe minoritaire, à savoir les musulmanes voilées, représentées dans l’imaginaire collectif comme étant à l’antithèse de la femme moderne québécoise. À travers une approche peu utilisée en sciences de l’éducation, nous nous proposons d’utiliser la perspective intersectionnelle pour explorer et analyser les représentations sociales de femmes croyantes racisées dans les cultures religieuses présentées dans les manuels scolaires d’ECR, et notamment les musulmanes voilées, afin de voir si ces représentations sont exemptes de biais liés à la race et à la religion qui inférioriseraient certaines femmes.
Auteure : Geneviève Pigeon (UQÀM)
2 - Les archétypes du Féminin, ou comment le serpent finit par se mordre la queue
Dans le cadre du cours Femmes et mythologies anciennes et actuelles de l'UQÀM, le mythe du Féminin est abordé comme une réalité construite et explicitée par un discours occidental chrétien patriarcal. Les étudiant.e.s sont invitées à analyser le Féminin à partir de catégories complémentaires qui permettent une étude synchronique et diachronique de la représentation du sujet. Ainsi, par l'observation des grandes manifestations du Féminin dans les discours religieux et socioculturels (iconographie, beaux-arts, cinéma, littérature, médias de masse, biographies, etc.), les participant.e.s au cours s'engagent dans une approche critique qui observe comment le mythe du Féminin est « ramené » à ses fonctions biologiques sacrées, à ses capacités à « prendre soin » (care) tout en se voyant refuser toute forme d'altruisme ou de volonté propre, c'est-à-dire que les actions « féminines » narrées obéissent à une logique sacrificielle. Or, nous faisons l’hypothèse que l'expérience de l'autorité dans la relation professeure/groupe cours témoigne d'une intériorisation de ce que doit être le Féminin. Devant une méthode pédagogique qui valorise l'analyse, la réflexion et l'observation, des étudiant.e.s ont en effet ouvertement manifesté leur déception de ne pas entendre de la part de leur enseignante un discours plus engagé. L'impact de la construction du Féminin apparaît donc comme une constituante de la relation groupe-cours / enseignante et ce, même dans un contexte où les étudiant.e.s sont appelé.e.s à prendre du recul face à leur conception des qualités dites « féminines ». Par cet exemple très concret, la question de la performance de la féminité dans un cours d'études féministes qui déconstruit le féminin sera évoquée ici, avec pour objectif de mieux comprendre l'articulation des enjeux d'autorité et de féminité dans un cadre universitaire.
Auteure : Patrick Snyder (Université de Sherbrooke)
3 - Les Vénus du Paléolithique supérieur : nouvelles critiques féministes du mythe de la Déesse-mère
Les statuettes dites Vénus du Paléolithique supérieur (Willendorf, Vénus à la corne, etc.), découvertes à la fin du 19e et au début de 20e siècles, ont été présentées, au niveau scientifique (Piette, James, Powelle, etc.) et populaire (Goddess mouvement), comme des archétypes de la Déesse-mère. C’est devenu un lieu commun, le Dieu du paléolithique supérieur était une Déesse-mère. Elle représenterait les caractéristiques naturelles déifiées de la femme associées à la maternité et au care pour les humains et la terre. Les preuves archéologiques soutenant cette « conviction » sont très minces. Ces Vénus ont été découvertes, au pic et à la pioche, à l’époque d’émergence de l’archéologie. Nous n’avons aucune explication écrite sur le sens religieux que donnaient nos ancêtres du paléolithique à ces Vénus. Les nouvelles critiques féministes (Delporte, White, Cohen, etc.) en archéologie, en histoire et en études religieuses rappellent qu’aborder le paléolithique, c’est faire des hypothèses devant des informations précaires. Nous devons nous méfier de nos cadres idéologiques contemporains sur les genres pour interpréter des artefacts aussi anciens. Le terme Vénus implique en soi une approche genrée de leur conceptualisation. Ces critiques proposent de dépasser le stéréotype de la Déesse-mère, pour développer des recherches approfondies sur les rôles de la femme au paléolithique supérieur. Le fait que 40% des Vénus répertoriées semblent être enceintes, pose assurément des questions importantes sur la fécondité comme seule explication. Les progrès de la science préhistorique, les récentes découvertes de Vénus (Vénus de craie-2014) nous apporteront de nouvelles questions et interprétations.