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Titre : Une société en transition : l’émergence des recherches et militances trans* et intersexes dans les espaces francophones contemporains - Séance 1 - Réflexions sur les militances trans* et intersexes
Résumé : -

Auteure : Aimé Cloutier (Université du Québec à Montréal)
1 - Réflexivité, altérité et constitution d'un sujet de connaissance trans dans le champ de la sociologie
Longtemps maintenues dans une position d’objets de connaissance, les personnes trans se constituent désormais en sujets de connaissance dans diverses disciplines, notamment en sociologie. Ce passage ne s’opère cependant pas sans difficultés et la pleine reconnaissance des réflexivités trans demeure à acquérir. Estimant qu’elle s’annonce porteuse de riches ouvertures pour la suite de nos efforts collectifs, nous entendons explorer la question suivante : « Quels sont les obstacles et les leviers de la constitution et de la reconnaissance des réflexivités trans dans la production de savoirs sociologiques ? » Notre travail prend ses ancrages épistémologiques et théoriques dans une révision trans (Bouchard, 2014) de la théorie féministe des savoirs situés (Harding, dir., 2004) et dans les théories critiques (Young, 1990 ; Fricker, 2007). Nous le nourrissons également du travail de chercheur-e-s queer, trans et intersexes contestant les courants dominants dans la production de savoirs dits scientifiques. Nous avancerons que les conceptualisations actuelles de la réflexivité en sociologie font obstacle à la pleine reconnaissance de réflexivités opprimées, réflexivités trans incluses, et que nous devons apprendre à organiser la production même de savoirs sociologiques en termes de justice herméneutique (Fricker, 2007) et de justice sociale (Young, 1990). Nous procéderons en problématisant deux conceptualisations de la réflexivité en sociologie : celles de Archer (2007) et de Bourdieu (2001 ; Elder-Vass, 2007 ; Gabriel, 2014). Nous argumenterons ensuite en faveur d’un projet sociologique engagé et des termes de cet engagement.
Auteure : Janik Bastien Charlebois (UQAM)
2 - Contraintes et possibilités institutionnelles des luttes intersexes
Les personnes intersexuées sont depuis longtemps l’objet de production de savoirs et soumis à des dispositifs de «correction». L’ascendance de la médecine comme appareil régissant le sain et le malsain et détenant une ascendance sur la gestion des naissances a engendré une institution quasi-totale façonnant et enchâssant l’expérience intersexe. Non seulement l’existence des corps intersexués n’a-t-elle pas échappé à l’enceinte médicale en raison de son effacement, mais la politique du secret et les cadres pathologisants ont sévèrement limité l’accès des personnes intersexuées elles-mêmes à des ressources permettant de faire sens de leur expérience. Qui plus est, les traumas dérivant de ces traitements non-consensuels ont fragilisé les trajectoires de vie, réduisant les capacités psychiques, physiques et matérielles de celles-ci (Hester, 2006). L’activisme intersexe s’est néanmoins constitué, s’appuyant sur les appareils d’investigation des sciences sociales et l’héritage des savoirs critiques féministes et LGBTQ, sur les réseaux numériques, et sur des actions collectives privilégiant la visibilité et suscitant l’attention médiatique. Cependant, la résistance des médecins à la suspension des «corrections», leur refus de la dépathologisation, de même que les vastes ressources dont ils disposent dans l’économie de la crédibilité, ont forcé des calculs stratégiques entre le compromis et la poursuite d’une approche radicale. Or, les chercheurs ouvertement intersexes affirment que l’adoption de l’approche du compromis s’est soldée par une poursuite, sinon un renforcement du contrôle médical (e.g. Davis, 2011; Holmes, 2011; Morland, 2009). Le pouvoir médical est-il total, ou peut-il être régulé par d’autres appareils réceptifs à une approche radicale affirmant les droits humains des personnes intersex(ué)es?