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Titre : Une société en transition : l’émergence des recherches et militances trans* et intersexes dans les espaces francophones contemporains - Séance 4 - Trans* et normes de santé: intersections et entrecroisements
Résumé : -

Auteure : Alexandre Baril (Université d'Ottawa)
1 - La transitude comme handicap : théoriser les intersections entre les identités trans et handicapées
Certain-es auteur-es en études sur le handicap ont critiqué les limites du modèle médical (individualiste) et social (structurel) du handicap et ont développé un modèle alternatif pour théoriser simultanément les normes et structures capacitistes de nos sociétés et les expériences subjectives des personnes handicapées (Crow 1996; Wendell 1996, 2001; Mollow 2006). Ces auteur-es soutiennent que l’oppression capacitiste n’est pas la source unique de souffrance pour les personnes handicapées, mais que le handicap peut aussi en être la source. À partir d’une perspective féministe, queer, transactiviste et anticapacitiste et d’une méthodologie auto-ethnographique fondée sur mes expériences en tant qu’homme transsexuel et handicapé, je propose d’appliquer ce modèle alternatif du handicap, que je nomme le modèle composite du handicap, aux transidentités, afin de réfléchir aux possibles effets handicapants d’être trans (transness/transitude). Je soutiens que la transitude, comme le handicap, a trop souvent été conceptualisée à partir de deux modèles, médical ou social, sans considérer les apports heuristiques d’un modèle composite. Cette présentation explore les possibilités offertes par l’application d’un modèle composite du handicap aux études trans, qui permettrait de reconnaître les possibles dimensions handicapantes de la transitude au plan physiologique, psychologique, émotionnel et social. Cet espace de réflexions est capital pour considérer les multiples voix trans, y compris celles marginalisées par la prédominance du modèle social des transidentités. Cela permet aussi de dénoncer la cisnormativité en études sur le handicap et le capacitisme en études trans, encourageant ainsi les alliances entre ces champs et mouvements.
Auteure : Caroline Trottier-Gascon (Université de Montraél)
2 - Être trans sur le spectre de l’autisme : Identités incompatibles?
Cette communication s'intéressera à l'autisme dans une perspective trans intersectionnelle. En effet, le genre influence fortement la conception populaire et médicale de l'autisme, qui est caractérisé comme une condition masculine ou masculinisante. Plusieurs études montrent que ce genrage de l'autisme a des conséquences sur la reconnaissance des femmes et des filles autistes, mais cette tendance n'a pas été soumise à un regard trans critique. Nous aborderons cette intersection dans deux types de discours médicaux. D'abord, à partir d'études étiologiques, nous verrons les contradictions qu'impliquent les étiologies fondées sur les variations hormonales in utero. En effet, une même cause, des variations dans le niveau de testostérone pendant la gestation, est utilisée pour expliquer tant les différences neurologiques de l'autisme (d'après la théorie du cerveau masculin extrême de Simon Baron-Cohen) et le développement des identités trans, ce qui ne permet pas d'expliquer le nombre disproportionné de femmes trans sur le spectre de l'autisme. Ensuite, nous analyserons les discours présents dans les études médicales sur les personnes trans autistes pour voir comment ces expériences sont comprises comme incompatibles en fonction de la caractérisation masculine de l'autisme. En effet, dans ces études, l'expérience de genre des personnes trans autistes est effacée et invalidée comme étant la conséquence directe de l'autisme, ce qui cause une violence épistémique qui rend inaccessible l'expérience effective des personnes trans autiste à travers le regard médical.
Auteure : olivia kamgain (Ecole nationale d'administration publique)
3 - Accessibilité aux services de santé pour les personnes trans* au Québec
Il est bien établi dans la littérature que les personnes trans* rencontrent des barrières à l’accès aux services de santé. Cependant, peu de recherches scientifiques se sont intéressées aux facteurs explicatifs de ces barrières. Cette recherche se propose d’identifier et de comprendre les facteurs liés à la dimension organisationnelle qui influencent l’accès aux services de santé pour les personnes trans*. La recherche de type exploratoire se concentre sur le territoire du Centre de santé et services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale, le plus important réseau local de services au Québec, pour comprendre les dynamiques organisationnelles en jeu. Des entrevues semi-dirigées ont été réalisées auprès de personnes s’identifiant comme trans* qui utilisent ou sont susceptibles d’utiliser les services de santé de la région de Québec ainsi qu’auprès du personnel et d’informateurs-clés au sein du réseau de la santé du territoire. Les données provenant de sources documentaires ont également été incluses afin de faire une triangulation des données et cerner la mise en œuvre du concept d’effacement (Namaste, 2000; Baeur, 2012). Dans le cadre de cette communication, nous présenterons les résultats de cette recherche. Les résultats de cette recherche pourraient contribuer par ailleurs à fournir des pistes d’action pour rendre les services publics plus inclusifs (trans-friendly).