Détail ::::::
Animatrice : David Risse (UQAM)
Titre : Résistances féministes et nouvelles normativités : espaces touchés, milieux mobilisés - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Anne-Marie Voisard (UQAM)
1 - « Profaner » le discours du droit : une réappropriation féministe des notions de la justice
Dans l’histoire récente, le recours au droit aura constitué une part non négligeable du répertoire d’action des mouvements féministes. Parallèlement, nombreuses ont été les contributions théoriques visant à lever le voile sur le caractère androcentrique de la norme juridique ou sur la manière dont le dispositif judiciaire s’allie à d’autres facteurs systémiques pour mieux masquer, légitimer ou reproduire des rapports de domination sexistes. En marge de ces efforts visant alternativement à se saisir du droit dans le cadre de leurs luttes ou à élaborer une critique du droit comme outil de reproduction de la domination masculine, se dessine une troisième voie de résistance féministe, sous la forme d’une certaine désacralisation du discours du droit. « Profaner » le dispositif judiciaire, au sens où l’entend Giorgio Agamben, en cela qu’il s’agit de restituer à l’usage commun des femmes ce qui a été saisi et séparé d’elles, ou de contester au droit le monopole des discours sur les notions de la justice. Le vaste mouvement de dénonciation des agressions sexuelles qui a secoué le Québec l’automne dernier nous semble participer de cet effort de « profanation ». En porte-à-faux avec les commentateurs qui l’assimilèrent à une forme de « tribunal populaire » et en reconnaissance du fait que le discours juridique tend à discréditer les discours profanes quant à l’idée de justice, nous soutiendrons que l’une des voies de résistance des mouvements féministes consiste à s’affranchir du discours juridique et à se réapproprier radicalement les notions de « justice », de « responsabilité » et de « réparation » dont le droit les a traditionnellement dépossédées.
Auteure : David Risse (UQAM)
2 - L’extimité 2.0 des filles : droits, résistances et normativités
Les amours numériques des jeunes sont mal connues, mal comprises et mal perçues, notamment celles des jeunes filles. Leur extimité internaute est en effet peu éclairée selon leurs propos, selon leurs mots pour dire leur ressenti, selon leurs motivations propres dans leur apprentissage érotique et sexuel travers les NTIC. Bien que la virtualisation du sexe représente pour certain.e.s auteur.e.s un support de l'intimité sexuelle, voire un outil de subversion érotique, les filles demeurent plus à risque que les garçons dans les espaces virtuels aussi. Mais la représentation sexuelle de soi peut viser l'apprentissage et pas seulement la rencontre amoureuse ou sexuelle. Ainsi la sexualité ne se limite pas l'intimité, ni la sexualisation virtuelle à la spectacularisation du sexe. Cela dit, montrer "tout", est-ce "tout" dire et qu'est-ce dire de soi, au juste? Cette contribution propose une réflexion éthique critique et compréhensive de l extimité virtuelle de jeunes filles partir d enquêtes québécoises et françaises (Duquet, 2010; Robert, 2012; Goguel d'Allondans, 2005; Léchenet, 2003; Piault, 2014). Il s'agira ensuite de repenser les espaces virtuels anonymes comme des espaces de découverte et d'expression de la diversité des plaisirs érotiques. Enfin, nous montrerons que malgré la production de filles en série, l'injonction à l'extimité précoce et la précocisation de certains comportements sexuels, elles ne sont pas condamnées un destin de violence. Leur apprentissage de leur pouvoir et de leur diversité érotiques ne peut pas seulement se comprendre au regard de la seule responsabilité sexuelle et affective, mais il implique un accompagnement responsable dans leur socialisation intime: à commencer par plus d'initiatives de promotion des amours égalitaires et de prévention des violences de genre, notamment des violences sexuelles et amoureuses, au curriculum scolaire des écoles.
Auteure : Collet Isabelle (Université de Genève)
3 - La « gender panic theory» à l’école primaire en France Des enseignant-e-s impuissant-e-s face aux discours normatifs
En France, en janvier 2014, dans la mouvance de la Manif’ pour tous, une campagne de désinformation a été lancée afin de convaincre les parents d’élèves qu’une « théorie-du-genre » était en train de s’infiltrer dans les écoles. La cible de ces attaques était le dispositif des ABCD de l’égalité, un ensemble de fiches pédagogiques destinées à mettre en œuvre des pratiques égalitaires dans les disciplines scolaires. Selon ses opposants, il s’agissait d’une entreprise de prosélytisme homosexuelle assortie d’éducation à la sexualité. Si ces ABCD de l’égalité, pourtant assez anodins, ont provoqué une telle levée de bouclier dans les milieux conservateurs, c’est parce que pour la première fois, des mesures pour l’égalité devenaient obligatoires à l’école et non plus au bon vouloir des enseignant-e-s. En plaçant leur lutte sur le terrain de l’école, ces lobbys réactionnaires ont réussi à unir la bourgeoisie catholique traditionnelle avec les populations musulmanes des quartiers dans une même méfiance vis à vis de l’école de la République et de ses représentants : les enseignant-e-s de l’école primaire. Ceux-ci, mal informé-e-s et mal formé-e-s, se sont senti-e-s trahi-e-s par une Institution qui les laissaient démuni-e-s face aux questions des parents d’élèves. Du côté des Associations féministes actives dans le milieu de l’éducation, les grands espoirs qui étaient nés du projet de « Refondation de l’école de la République » mené par la gauche ont été déçus. Elles en ressortent plus méfiantes que jamais face aux promesses de l’Institution sur l’égalité des sexes à l’école.