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Animatrice : Nathalie Batraville (Yale University)
Titre : Développement international: genre, femmes, féminismes - Séance 2 - Féminisme, politique, développement et aide humanitaire en Haïti: leçons à tirer
Résumé : Responsables : Denyse Côté Professeure titulaire ORÉGAND/Université du Québec en Outaouais Réseau québécois en études féministes (RéQEF) Ryoa Chung Professeure agrégée Département de Philosophie Université de Montréal Réseau québécois en études féministes (RéQEF) Résumé: La déferlante sismique du 12 janvier 2010 a fait de nombreuses victimes, laissé d’importantes cicatrices humaines, détruit des quartiers entiers de Port-au-Prince, Jacmel, Léogâne et causé d’importantes vagues de déplacements internes. Le mouvement féministe haïtien a aussi pleuré la disparition de plusieurs de ses leaders, de professionnelles et cadres du Ministère de la Condition et des droits des femmes, d’allié/es du mouvement au sein du gouvernement et de la société civile. Tous/tes les résident/es de la zone ont été affectées personnellement, y compris celles actives en matière de droits des femmes. Les cicatrices de ce séisme sont aussi systémiques. Car l’arrivée des contingents humanitaires, jumelée à la présence de la MINUSTAH depuis 2004, ont des retombées sur les dynamiques internes au pays. Outre les réorganisations rendues nécessaires par le désastre, l’intervention étrangère modèle fortement l’échiquier social, politique et économique. Ce panel abordera la situation post-séisme des femmes haïtiennes, du mouvement féministe et des institutions haïtiennes chargées de l’égalité. Elle visera à briser le stéréotype omniprésent dans l’imaginaire occidental (y compris dans l’imaginaire féministe occidental) qui limite la réalité haïtienne à l’extrême pauvreté et construit les femmes haïtiennes en victimes impuissantes. Au contraire, ces dernières ont été et sont encore des actrices importantes de la vie économique et politique de leur pays traversé, certes, par coutumes et attitudes patriarcales mais aussi par un mouvement féministe qui a provoqué d’importantes percées politiques importantes en matière d’égalité.

Auteure : Ginette Cherubin (Ex-Ministre a la Condition Feminine)
1 - Les femmes haïtiennes dans l’interface : citoyenneté, politique, pouvoir
Il est désormais connu que nombre de femmes haïtiennes se sont imposées, depuis le début du XIXème siècle, comme sujets proactifs du destin d’un peuple libéré du joug de l’esclavage partant d’une épopée sans précédant dans l’histoire. Elles se sont, en effet, impliquées dans les luttes émancipatrices à l’origine de cette révolution spectaculaire qui a rendu au concept « humanité » toute son essence. Paradoxalement, en Haïti, le domaine politique demeure l’un de ceux où les femmes s’engagent le moins. Qu’est-ce qui explique ce freinage après une position avant-gardiste dans les luttes anti-esclavagistes ? Quel est l’état actuel des lieux, notamment en situation post-séisme (2010) ? Peut-on identifier des initiatives porteuses en regard de la participation politique des femmes en Haïti ? Rôle de l’Etat ? des partis politiques ? de la société civile ? du mouvement féministe ? La problématique suscite-t-elle des débats dans la société haïtienne ? Une implication plus significative des femmes dans les sphères politiques induit-elle, dans ces espaces, un féminisme militant porteur de changement social véritable, notamment de la condition féminine en Haïti ? Quelles perspectives dans un contexte de globalisation marqué par le néolibéralisme, le néocolonialisme, une recrudescence latente du racisme et la féminisation de la pauvreté? L’intervention prétend poser la problématique de la participation politique des femmes haïtiennes. Elle analysera la gestion qu’elles font de la trilogie : citoyenneté, politique, pouvoir et identifiera les promesses susceptibles d’en résulter face aux défis sociaux de l’heure.
Auteure : Daniele Magloire (Kay Fanm)
2 - Le mouvement féministe haïtien 5 ans après le séisme
Cette communication envisage de suivre le cheminement du mouvement féministe haïtien 5 ans après le séisme de 2010. Elle sera structurée autour de deux points. Dans un premier temps, la communication campera le mouvement féministe haïtien, en faisant état : de ses origines au cours des années 1930 jusqu’à sa renaissance suite à la chute de la dictature duvaliériste en 1986, tout en tenant compte des avancées, des blocages et des relations avec les mouvement féministes d’ailleurs. Dans un second temps, la communication s’attachera à l’évolution du mouvement féministe, en prenant en compte les nouvelles dynamiques observées dans le pays et qui sont liées au contexte post-séisme. Il sera notamment fait état des difficultés subséquentes d’une part, aux pertes occasionnées par le séisme lui-même et, d’autre part, aux conséquences des nouvelles orientations adoptées par les décideurs internationaux et nationaux. Ces orientions, qui se fondent sur des perceptions et approches réductrices ainsi que sur des mythes, induisent la mise en œuvre d’un certain nombre d’interventions non structurantes et voire dé-structurantes, mettant généralement à l’écart les savoir-faire nationaux et surtout les partis pris féministes. Ces interventions ─à caractère humanitaire ou limité à des petits projets ponctuels de satisfaction des besoins immédiats─ seront mis en vis-à-vis avec les options du mouvement féministe, qui lui privilégie une approche plus holistique, susceptible de favoriser l’autonomisation des femmes, refuse d’être transformé en simple agence d’exécution de projets et entend s’en tenir à lutte pour la transformation des rapports sociaux de sexe.
Auteure : Celia Romulus (Queen's University/ Université de Queen's)
3 - Imaginaires hégémoniques de féminités et masculinité haïtiennes et légitimation de politiques étrangères et internationales
Cette présentation explore les liens entre la construction de discours et de représentations genrés de la femme et de l'homme haïtiens et la légitimation d'orientations adoptées dans le cadre de l'aide publique au développement et humanitaire en Haïti. Cette contribution reposera sur une approche interdisciplinaire empruntant à la littérature postcoloniale, poststructuraliste et féministe dans le but d'identifier certaines dynamiques néocoloniales caractérisant l'exercice de pouvoir que constitue la production de savoir. En adoptant une conceptualisation du pouvoir liée à la biopolitique, certaines politiques visant à contrôler les 'corps' et la 'population haïtienne' dans les limites du territoire ou dans le cadre de dynamiques transnationales seront analysées, ainsi que la production et l'instrumentalisation de différents discours véhiculés par les medias et autres 'leaders' et 'relais' d'opinion, allant des ONG et OI en passant par la presse. L'hypothèse de départ de cette présentation étant que cette production d'imaginaires hégémoniques associant différentes pathologies, types de violences et de criminalité etc. A la population haïtienne, fait partie intégrante d'un exercice de pouvoir contribuant à perpétuer ou à renforcer des circuits d'oppression aux niveaux local et international. L'analyse porte sur le discours généré et véhiculé sur le phénomène dit de l' 'épidémie de viols' après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti. Soit la génération et l'instrumentalisation d'une rhétorique basée, entre autres, sur la réification des "corps de couleur", de l'exploitation d’images deshumanisantes de femmes du "Sud" victimaires, passives, et soumises et celles d’hommes violents qui pèsent sur les relations entre anciens colonisateur-e-s et colonisé-e-s .