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Titre : Développement international: genre, femmes, féminismes - Séance 3 - Féminisme, politique, développement et aide humanitaire en Haïti: leçons à tirer
Résumé : Responsables : Denyse Côté Professeure titulaire ORÉGAND/Université du Québec en Outaouais Réseau québécois en études féministes (RéQEF) Ryoa Chung Professeure agrégée Département de Philosophie Université de Montréal Réseau québécois en études féministes (RéQEF) Animation : Marjorie Villefranche Résumé: La déferlante sismique du 12 janvier 2010 a fait de nombreuses victimes, laissé d’importantes cicatrices humaines, détruit des quartiers entiers de Port-au-Prince, Jacmel, Léogâne et causé d’importantes vagues de déplacements internes. Le mouvement féministe haïtien a aussi pleuré la disparition de plusieurs de ses leaders, de professionnelles et cadres du Ministère de la Condition et des droits des femmes, d’allié/es du mouvement au sein du gouvernement et de la société civile. Tous/tes les résident/es de la zone ont été affectées personnellement, y compris celles actives en matière de droits des femmes. Les cicatrices de ce séisme sont aussi systémiques. Car l’arrivée des contingents humanitaires, jumelée à la présence de la MINUSTAH depuis 2004, ont des retombées sur les dynamiques internes au pays. Outre les réorganisations rendues nécessaires par le désastre, l’intervention étrangère modèle fortement l’échiquier social, politique et économique. Ce panel abordera la situation post-séisme des femmes haïtiennes, du mouvement féministe et des institutions haïtiennes chargées de l’égalité. Elle visera à briser le stéréotype omniprésent dans l’imaginaire occidental (y compris dans l’imaginaire féministe occidental) qui limite la réalité haïtienne à l’extrême pauvreté et construit les femmes haïtiennes en victimes impuissantes. Au contraire, ces dernières ont été et sont encore des actrices importantes de la vie économique et politique de leur pays traversé, certes, par coutumes et attitudes patriarcales mais aussi par un mouvement féministe qui a provoqué d’importantes percées politiques importantes en matière d’égalité.

Auteure : Sabine Lamour (Paris 8)
1 - Entre discours et faits: le positionnement paradoxal des femmes dans le processus de reconstruction après le séisme de 2010
Après le séisme du 12 janvier 2010, les slogans des acteurs haïtiens étatiques et non-étatiques, laissaient croire que les femmes haïtiennes seront au centre du processus de reconstruction d’Haïti. En témoigne, la réunion du 28 février 2012 qui les désigne comme les poutres maîtresses de ce processus. Pourtant, par rapport à cette place attribuée aux femmes, un hiatus semble exister entre discours et faits en Haïti : les rapports de pouvoir et notamment de genre contredit le discours et l’idéologie de la centralité des femmes affirmés par les instances. Partant de cette hypothèse, cette communication entend analyser trois faits. Dans un premier temps, elle devra montrer que les femmes sont traditionnellement exclues des sphères décisionnelles, en dépit du discours énoncé. Dans un second temps, elle voudra retracer la part consacrée aux femmes dans le budget national depuis la catastrophe, en attestant le hiatus évoqué plus haut. Dans un troisième temps, à partir des points déjà évoqués, elle mettra en exergue le cadre idéologique qui structure les rapports sociaux de sexe en Haïti rendant problématique la concrétude du discours énoncé. Il nous sera enfin permis de souligner entre discours et faits le positionnement paradoxal des femmes dans la société haïtienne.
Auteure : Denyse Côté (Université du Québec en Outaouais)
2 - « Tabula rasa »: les effets dévastateurs de l’aide humanitaire et du féminisme néocolonial sur le mouvement féministe haïtien
Après cinq ans, les images du séisme qui a frappé au cœur d’Haïti sont encore dans nos têtes. Bien accueilli par les Haïtiens, l’élan de générosité qu’il a provoqué aura mobilisé une somme massive de personnel et d’équipements humanitaires, qui se sont ajoutés à la MINUSTAH et aux ONG internationales déjà présentes en sol haïtien. Bien que nécessaire, ce lourd appareillage international a aussi eu des effets dé-structurants, en particulier sur le mouvement des femmes haïtien. Durement frappées par la catastrophe comme tous leurs compatriotes d’ailleurs, elles ont dès le lendemain malgré tout poursuivi leurs actions de soutien, de prévention et de défense des droits des femmes. Mais elles ont aussi été largement méconnues ou ignorées par les intervenants et par la plupart des dispositifs internationaux pourtant gagnés aux politiques d’égalité de genre. À ceci s’est ajouté d’importants incidents de médiatiques qui ont propagé au sein de la communauté internationale des stéréotypes dévastateurs sur la situation réelle des violences faites aux femmes en Haïti. Héritières d’une riche histoire, les militantes féministes haïtiennes ont dû reconstruire leurs organisations décimées et ce, souvent avec peu soutien et en porte-à-faux avec les organisations internationales. Comment une telle situation a-t-elle pu voir le jour? Comment les groupes de femmes haïtiens ont-ils pu s’en sortir ? Comment pourrait-on réformer les modalités d’intervention humanitaire pour prendre en compte la réalité locale ? Voilà les questions qui seront abordées dans cette communication.