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Animatrice : Lydia ROUAMBA (Institut des Sciences des Sociétés (INSS/CNRST))
Titre : 512 - Penser et agir sur la parité des sexes et des genres en Afrique
Résumé : -

Auteure : Charles Le Grand TCHAGNENO TENE (Université de Grenoble Alpes)
Le-s co-auteure-s : Elisabeth DOUTRE (MCF, Université de Grenoble Alpes)
1 - Effets du contexte de travail sur les croyances sexistes : une comparaison entre les secteurs du travail formel et informel au Cameroun.
Nombre d’analyse en psychologie et en sociologie tendent à montrer que les stéréotypes sexistes diminuent lorsque la proportion des femmes dans un secteur de travail typé masculin atteint un seuil critique. Dans une étude auprès des femmes gestionnaire, Kanter (1977) situe ce seuil entre 15-20%. Gale (1995) dans un métier traditionnellement masculin le situe à 35%. Pour Lortie-Lussier et Rinfret (2002), l’atteinte de la masse critique (30%) a eu comme effet l’amélioration des conditions des femmes gestionnaire travaillant dans le secteur public. En effet, la division sexuelle du travail consacre le typage des métiers en fonction des sexes et un sexisme marqué envers les femmes lorsque celles-ci s’aventurent dans les métiers typés masculins. Tougas et al. (2005) constate que ce sexisme violent et ouvert dans les sociétés traditionnelles évolue vers un sexisme masqué dans des sociétés où l’égalité entre les sexes est promue et où les lois répriment la discrimination envers les femmes. Autrement dit, la consécration de l’égalité de genre ne résorberait pas le sexisme, mais ferait évoluer son expression vers une forme plus appropriée aux exigences de la société moderne. Tougas et al. (2005) appelle ce sexisme moderne, le néosexisme. Au Cameroun, le développement fulgurant du travail informel (90% de la population active) et sa forte féminisation (52% des actifs) contraste avec le secteur formel (secteur pourtant soumis à la loi) où les femmes sont largement minoritaire et occupent très souvent des tâches de bas statut. On se serait attendu qu’il y ait plus de femme dans le secteur formel qui est réglementé et contrôlé par l’Etat qui se pose en garant de l’égalité entre les sexes, comparativement au secteur informel qui échappe au « contrôle » de l’Etat et pourrait être plus propice à l’expression des croyances sexistes. Dans ce contexte, on s’interroge : Le secteur informel fait-il finalement évoluer les croyances sexistes mieux que le secteur formel sur lequel les autorités exercent un contrôle et peuvent mieux y réprimer des discriminations ? Pour répondre à cette question, une étude est en cours de réalisation auprès d’un échantillon de 400 sujets environ (200 sujets du secteur informel et 200 sujets du secteur formel). Celle-ci fait suite à une première étude qualitative qui a permis de mettre en évidence les représentations différenciées du travail informel en fonction du genre et du statut socioprofessionnel. Nous nous attendons contrairement à la prédiction de Tougas (2005) à ce que les travailleurs du secteur formel soient plus sexistes que ceux du secteur informel. Plus précisément, ils auraient tendance à développer un sexisme plus ouvert et violent alors que ceux de l’informel développeraient un sexisme bienveillant et masqué (h1). Toute chose qui irait dans le sens des travaux de Kanter (1977), Gale (1995), Mariotti, (2002), et Lortie-Lussier & Rinfret (2002) sur l’effet du nombre de femme dans un secteur d’activité (effet de contexte) sur les croyances sexistes. Par ailleurs, alors que ces différences auraient tendance à se creuser entre les hommes des deux secteurs, entre les femmes par contre, elles auraient tendance à s’atténuer (h2). Enfin, en nous inspirant des travaux sur la division traditionnelle du travail et des rôles sociaux de genre qu’elle implique (Eagly, Wood et Dikman, 2000), nous faisons l’hypothèse qu’il y aurait un lien entre le degré d’accord aux rôles sociaux de genre et le sexisme au travail. Le contexte de travail informel étant plus mixte et moins sexiste, les hommes et les femmes y adhèreraient moins aux rôles sociaux de genre que dans le secteur du travail formel (h3).
Auteure : Céline BETI ETEME (Université de yaoundé I)
2 - La philosophie africaine traditionnelle et la question de la parité des sexes.
C’est dans les cosmogonies que la philosophie africaine résout la question de la parité sexuelle. Dans les mythes africains, le cosmos africain est androgyne. Ainsi, chez Ogotommêli, l’être primitif a deux âmes jumelles et concentre les attributs masculins et féminins. Les textes africains insistent sur l’indifférenciation sexuelle primitive. Mais ces textes précisent que cette indécision sexuelle est source d’instabilité et de trouble. Un rapprochement ici est possible avec la philosophie de Judith Butler chez qui la question de l’identité sexuelle vise le flou et l’ambiguïté. Mais la différence avec la doctrine dogon puisque cette dernière rejette l’idée de trouble dans le genre. Parlant de « l’instabilité de [la] personne » engendrée par la duplicité sexuelle, les dogons affirment que « l’individu… ne peut se conduire normalement sous une double direction ». La philosophie africaine exige donc la suppression de l’ambiguïté sexuelle par le moyen de la circoncision qui doit installer l’individu dans une identité sexuelle déterminée. Des questions philosophiques intéressantes se posent ainsi et concernent notamment le statut de l’être et de l’identité humaine. Il s’agit de savoir si l’être est fondé ou dé-fondé, stable ou instable, uniforme ou hybride. Enfin, la question de l’androgynie originelle est une occasion pour confronter les mythes africains et le mythe platonicien exposé dans le Banquet, et le rapport des ces mythes au statut de la femme.
Auteure : Honoré KANDOLO Bilolo (CRESH (Centre de Recherche en Sciences Humaines))
3 - Discriminations contre la femme à travers quelques devinettes tonales luba Kasaï
RESUME DE PROPOSITION DE COMMUNICATION LIBRE POUR LE CIRFF VIOLENCE DES REPRESENTATIONS ET REPRESENTATION DES VIOLENCES 1. Sujet "Discrimination contre la femme travers quelques devinettes tonales luba Kasaï." Malgré l'existence des instruments nationaux et internationaux de protection de la femme, il est triste de constater encore que les droits de cette dernière continuent d'être foulés aux pieds en RD Congo, précisément chez le luba du Kasaï.Dans cette communauté, la situation des droits de la femme laisse encore à désirer à cause des multiples discriminations dont elle est l'objet au nom de la coutume,lesquelles se justifieraient par la manière dont elle est regardée par l'homme. Ce regard, nous l'avons perçu à travers quelques devinettes. Notre étude part d'un corpus de 10 devinettes tonales luba Kasaï que nous avons traduites en français, puis nous leur avons donné un sens, les inférences et y avons étudié certains droits de la femme susceptibles d'être violés. Bien que les devinettes aient généralement un caractère pédagogique, elles constituent cependant des représentations et des prédispositions pouvant justifier la violence faite à la femme luba.Nous nous inscrivons ainsi dans le fil droit de la théorie du féminisme libéral égalitaire,dans la mesure où nous visons, étant sur les traces de Tickner,l'égalité de droits entre l'homme et la femme afin de contribuer à la déconstruction du déséquilibre communautaire dû à la domination des hommes sur les femmes dans ce coin du pays. L'égalité susvisée permettrait aux femmes luba de participer à la vie communautaire au même titre que les hommes. Préjugés, stéréotypes, et mentalités rétrogrades sous-tendent la discrimination au sein de la famille et de la communauté luba.
Auteure : Aoua B. LY-Tall (Réseau)
4 - Fondements historiques et socioculturels de la pratique des mutilations génitales féminines (MGM-excision)
S’il y a une thématique qui a fait passer «De la révolution des savoirs au changement social» c’est bien celle des mutilations génitales féminines (MGF-excision). Bien qu’affectant lourdement la santé, elle a longtemps été ignorée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce n’est que dans les années 70 que l’OMS finit par reconnaître qu’elle est "…une pratique mutilante" Au tournant de l’Année internationale de la femme (1975), on vit l’émergence de recherches autant fondamentales (universitaires) qu’appliquées (militantes, ONG, ...). Une rétrospective analytique montre bien que pour rendre intelligible cette problématique, il fallut recourir à diverses disciplines. Les chercheur-e-s firent appel à l’ethnologie pour expliciter sa dimension culturelle, à l’histoire, son origine et son évolution, à la sociologie/anthropologie, ses fondements culturels et ses représentations sociales, à la médecine, ses conséquences sanitaires, à la psychologie/ psychanalyse, ses séquelles psychologiques. Violant l’intégrité du corps des fillettes, l’acte de MGF relève de la justice/ droit. Dans le contexte de l’Occident, elles sont objet d’études ethniques. Touchant ainsi à plusieurs dimensions de la condition féminine, les MGF-excision sont devenues un champ de recherche et d’intervention du Mouvement féministe, donc, d’études des femmes/féministes. Appuyées par les femmes du Nord, les Africaines se mirent à «Créer et Agir» pour l’éradication de cette forme extrême de violences faites aux fillettes et aux femmes qu’elles deviennent. Au tournant de l’An 2000, la Coopération internationale (Organisation des Nations Unies, Union Africaine) devint réellement solidaire à cette lutte. Á son Assemblée générale du 20 décembre 2012, l’ONU adopta la Résolution 67/146 visant à "Intensifier les efforts mondiaux pour l’élimination des mutilations génitales féminines" Ce changement social favorable à l’éradication des MGF-excision ne fut possible que grâce à l’éclairage progressif des savoirs multidisciplinaires et aux solidarités internationales. C’est ce que voudrait démontrer cette Table ronde animée par une Équipe pluridisciplinaire.