Détail ::::::
Animatrice : Pascale Dufour (Université de Montréal)
Titre : 513 - Le corps et ses normes et ses représentations
Résumé : -

Auteure : Ronan Coquet (Université de Lausanne)
Le-s co-auteure-s : Fabien Ohl (Université de Lausanne)
1 - "Je m'entraîne comme un homme" mais... L'ambivalence genrée de la conversion au bodybuilding
Cette communication a pour objectif d'étudier les carrières "atypiques", au regard de leur rareté, des femmes adeptes de bodybuilding. Elle repose sur des données collectées par le biais d'une observation participante d'une salle de musculation durant une année et demie, et de trente entretiens menés avec des pratiquant(e)s aux profils hétérogènes en Suisse romande. Nos observations révèlent que le corps travaillé par l'exercice semble parfois accentuer les divisions entre hommes et femmes et, d'autres fois, les remettre en cause. Ces points de friction interrogent profondément la question de la construction des identités de genre. Comment certaines femmes adeptes des salles de musculation parviennent-elles à accéder au monde viril du bodybuilding? En quoi les mécanismes sous-jacents à cette véritable conversion se distinguent-ils ou non de ceux des hommes? Après avoir identifié les ressorts de la conversion féminine au bodybuilding, nous nous intéresserons à ses répercussions sur les expériences vécues de ces femmes. La perturbation de l'arrangement des sexes ne se déroule pas sans encombres et de nombreuses tensions se cristallisent sur ces corps doublement contrôlés. La conjugaison du muscle au féminin apparaît difficile, d'une part en raison de la nécessité de se conformer aux jugements esthétiques produits par des hommes lors des compétitions, et de l'autre, par l'imposition d'une exigence de constante maîtrise de la présentation de soi sur les différentes scènes de la vie quotidienne. Ainsi, l'émancipation des carcans de la féminié hégémonique de ces femmes demeure très ambivalente et traduit l'extrême sensibilité de la question des représentations du corps des femmes dans la dialectique des rapports de genre.
Auteure : Delphine Chedaleux (Université Bordeaux Montaigne)
2 - "Rien n'aurait changé pour moi s'il n'y avait pas eu ce concours". Miss Cinémonde ou les ambivalences d'un concours de beauté (France, 1938-1968)
Ma communication portera sur le concours de beauté « Miss Cinémonde » organisé chaque année en France de 1938 à la fin des années 1960 par Cinémonde, un magazine de cinéma très populaire chez les femmes et les jeunes. En m’appuyant sur l’indexation exhaustive du contenu de ce magazine effectuée dans le cadre d’un post-doctorat, je m’interrogerai sur les ambivalences de ce concours, à la fois lieu d’assignations et révélateur des tensions et contradictions socio-sexuées. S’adressant « à toutes [les] lectrices à condition qu’elles soient jeunes et jolies » le concours « Miss Cinémonde » soulève en effet des enjeux tout à fait centraux dans la France d’après-guerre puis des années 1960, où les rapports sociaux de sexe et d’âge font l’objet de réajustements. En promouvant chaque année une jeune fille « dans l’air du temps », indépendante et faisant généralement passer ses ambitions professionnelles avant le mariage, le concours « Miss Cinémonde » révèle des aspirations à l’émancipation chez les jeunes femmes de l’époque. Bien qu’il participe à la fabrication de normes de genre, d’âge, de classe et de race, il propose en effet d’autres modèles que celui de l’épouse/mère de famille, dans un contexte où fleurissent par ailleurs de nombreux concours féminins, notamment des concours d’arts ménagers dont la fonction essentielle est d’encourager les femmes à devenir des « fées du logis ». Cette communication sera ainsi l’occasion de mettre l’accent sur la valeur heuristique des concours féminins pour la recherche féministe, dans une perspective intersectionnelle. Produits de la culture de masse nés dans l’entre-deux-guerres aux Etats-Unis puis rapidement exportés vers l’Europe, ils constituent en effet un observatoire privilégié des rapports sociaux de sexe, de classe, d’âge et de race, au carrefour des études culturelles, de l’histoire et de la sociologie.
Auteure : Cassandre Ville (Université de Montréal)
3 - L'intériorisation des normes : une analyse discursive des pratiques dépilatoires des femmes à Montréal.
Je propose une communication libre sur le thème de la pilosité et des pratiques dépilatoires des femmes. Je présenterai ma recherche anthropologique basée sur quatorze entrevues avec des femmes, à Montréal. Le rasage et l'épilation font partie du quotidien de nombreuses femmes et la pilosité revêt beaucoup de significations. Son absence est une manière de signifier sa féminité, sa beauté mais aussi de maîtriser l'image de soi que l'on présente aux autres. Certaines femmes considèrent que cette norme sociale du glabre féminin est une contrainte quotidienne. Elles continuent malgré tout de s'y soumettre. L'agentivité des femmes se révèle être limitée. L'image du corps féminin glabre est intériorisée et façonne les jugements de ces femmes. La norme du lisse induit chez elles des comportements d'auto-surveillance en imprégnant leurs désirs et leurs émotions. Certaines, parfois par conviction féministe, s'opposent à cette guerre contre les poils des femmes et revendiquent leur droit de choisir en conservant leur pilosité. Si ce geste symbolique conteste le pouvoir des autres sur le choix des femmes, leurs actions ne sont pas isolées ; cette décision politique semble correspondre, elle aussi, à une norme sociale. En revanche, celle-ci est marginale et généralement réprimée. Cette recherche permet de réfléchir sur la féminité et la manière par laquelle ce concept est incorporé par les femmes. Cette recherche permet aussi d'explorer les idées de réappropriation du corps et de liberté de choisir. Quelles sont les limites à ces choix dits "personnels" ? Comment aborder les actes de subversion des normes sociales ? Comment défier la norme du glabre féminin ?
Auteure : Élisabeth Mercier (UQAM)
4 - Question sexuelle et critique intersectionnelle dans les débats féministes autour de la SlutWalk
En 2011, une première SlutWalk fut organisée à Toronto pour protester contre les déclarations d’un policier ayant affirmé que les femmes ne devraient pas s’habiller comme des « sluts » afin de ne pas être victimes d’agression sexuelle. Cet évènement, qui s’est ensuite tenu dans plusieurs autres villes à travers le monde, a fait l’objet d’une vive controverse dans les cercles féministes. Plusieurs féministes, noires américaines notamment, ont dénoncé le medium de la SlutWalk comme étant le privilège de jeunes femmes blanches, éduquées, de classe moyenne à aisée, faisant ainsi écho aux théories de l’intersectionnalité. D’autres encore, y ont vu des jeunes femmes se réclamant d’une insulte sexiste et présentant une image hypersexualisée en tout point conforme avec les diktats opprimants du patriarcat et de la société néolibérale. Or, une question demeure : les femmes peuvent-elles revendiquer publiquement une sexualité active, perverse, excessive, sans pour autant être « victimisées » ? À travers une analyse de discours critique des débats féministes entourant les SlutWalks, cette présentation mettra en lumière les enjeux et tensions caractéristiques du rapport entre la critique intersectionnelle et les revendications liées à la sexualité féminine. Pour certaines féministes, l’intersectionnalité sert trop souvent à discréditer la question sexuelle et le militantisme « pro-sexe » tandis que pour d’autres, la prise en compte de la multiplicité des oppressions souligne justement les rapports inégalitaires des femmes face à la sexualité. Je propose pour ma part de penser autrement ces tensions et de comprendre comment les débats féministes autour de la SlutWalk ainsi que les usages contestés des mots slut, salope et pute, en français, participent d’une (re)configuration actuelle de la respectabilité féminine, au sens d’une régulation morale, éthique et politique des femmes (Skeggs, 1997).