Détail ::::::
Animatrice : Stéphanie Mayer (Université Laval, Chaire Claire-Bonenfant)
Titre : 515 – Représentations et rapports de pouvoir
Résumé : -

Auteure : Marilou St-Pierre (Université Concordia)
1 - Journalistes sportives et rapports de pouvoir genrés : au-delà des chiffres…
Le journalisme sportif représente un secteur de l’activité médiatique québécoise et canadienne en croissance. Si nous regardons seulement du côté du Québec francophone, pas moins de cinq chaines spécialisées se concentrent exclusivement sur la diffusion de nouvelles sportives, alors que tous les journaux consacrent ne serait-ce qu’au moins une page aux actualités sportives. Et pourtant, un même constat s’impose depuis les 40 dernières années : les femmes sont sous-représentées dans ce secteur d’activités, et pas seulement au Québec (Hardin et Whiteside, 2009). Toutefois, les études féministes ne se sont jusqu’à maintenant que très peu intéressées à ce sujet. Nous proposons donc d’utiliser les outils conceptuels apportés par ces mêmes études, dont le concept de genre tel que développé comme outil d’analyse par Scott (1986) pour aller au-delà de la question de la sous-représentation numérique, et nous interroger sur les rapports de pouvoir genrés à l’intérieur de la logique structurelle du journalisme sportif. Plus spécifiquement, nous proposons d’analyser dans le cadre de cette communication les liens possibles entre la position du journalisme sportif dans le champ journalistique, conceptualisée comme une presse populaire, à caractère commercial (Tunstall, 1971; Rowe, 2007), et la manière dont la féminité est perçue dans ce champ d’activité. Pour ce faire, nous allons lier les résultats préliminaires d’une analyse de contenu du magazine Le Trente, journal produit par et pour les journalistes québécois depuis 1975 et d’une série d’entrevues avec d’anciennes et d’actuelles journalistes sportives.
Auteure : Barbara Ravel (Université Laurentienne)
Le-s co-auteure-s : Michèle Lajeunesse (Université Laurentienne); Caroline Piquette (Université Laurentienne)
2 - Un des derniers bastions de la lutte féministe ? Le sport féminin dans les médias canadiens et français
Alors que les femmes participent de plus en plus en sport dans le monde entier, les médias accordent encore une place mineure aux sports pratiqués par les femmes et de nombreuses études ont documenté comment le genre est souvent au centre de ces représentations. Cependant, il semble que, dans le contexte des grandes compétitions internationales, les femmes reçoivent une meilleure couverture médiatique, ce qui est expliqué par l’importance alors placée sur la fierté nationale en cas de bonnes performances. La communication proposée présentera une synthèse de travaux de recherche féministes réalisés sur les médias canadiens et français en ce qui concerne la façon dont les athlètes de ces pays ont été représentées dans le contexte de différentes compétitions importantes (e.g., Jeux Olympiques d’été et d’hiver, Coupe du Monde) ou lors d’une saison « régulière » (i.e., sans compétition majeure). À cet effet, les médias traditionnels (e.g., diffuseurs officiels) ainsi que non-traditionnels (e.g., sites internet dédiés uniquement au sport féminin) seront investigués et plusieurs sports en particulier visés : le soccer et le hockey sur glace. Les résultats illustreront les multiples représentations des femmes/athlètes dans ces sports par les médias traditionnels et non-traditionnels. Ils mettront également en évidence ce qui favorise (rarement) ou ce qui empêche (plus souvent) le fait que certaines athlètes deviennent des symboles de la nation. Ces résultats seront discutés à la lumière des notions de nationalisme ou d’identité nationale dans les contextes sportifs et culturels différents du Canada et de la France.
Auteure : Rebecca Bendjama (EESP)
3 - Représentations des féministes dans la revue féministe suisse romande l'émiliE.
Ma proposition de communication s’inscrit dans l’axe thématique consacré aux pratiques féministes. Plus précisément, elle aborde la question des représentations du féminisme par des féministes, dans la revue militante suisse romande l’émiliE, entre 2001 et 2009. À partir de mes recherches sur la structure des argumentations de déconstruction dans cette revue, je me fonde sur la théorie des représentations sociales et sur la théorie de la logique naturelle pour analyser une dizaine d’articles qui mettent en question des représentations stéréotypées sur le féminisme. L’analyse logico-naturelle permet de montrer que les rédactrices proposent de considérer le féminisme en deux temps. Premièrement, l’argumentation réfute des éléments de représentation du féminisme présentés comme dominants et inexacts, tels que le manque de féminité des féministes, la ringardise de leur cause, ou l’unicité du mouvement. Deuxièmement, l’argumentation invite à reconstruire une représentation alternative du féminisme présentée comme plus vraisemblable, en introduisant de nouveaux éléments de représentation, tels que la possibilité pour les femmes de concilier féminisme et féminité, l’utilité du féminisme, y compris dans le contexte de la Suisse romande dans les années 2000, ou encore la diversité des points de vue au sein du mouvement. Ainsi, dans un contexte peu favorable au féminisme, la réflexion critique proposée par les militantes les amène à déconstruire non seulement des représentations stéréotypées sur les hommes et sur les femmes, mais également des représentations stéréotypées sur les féministes.
Auteure : Noémie Aulombard (Ecole Normale Supérieure)
4 - L'usage des images chez les Femen. Entre langage de domination et mutations des pratiques de l'activisme féministe.
Le mouvement Femen, dès ses débuts, a eu recours à des ressorts visuels très forts, voire à des moyens artistiques. Sa proximité avec un designer reconnu ; le fait que l’une des fondatrices – Oksana Chatchko – est une artiste ; qu’elles se revendiquent des actionnistes viennois ; ces éléments témoignent d’un rapport à l’image prégnant, qui structurent leurs pratiques militantes et activistes. Leur succès médiatique viendrait de leurs très bonnes compréhension et maîtrise des logiques communicationnelles et du rapport à l’image engendré par le système médiatique. Pour exister et perdurer dans l’espace public, elles sont obligées de s’inscrire dans l’immédiat et le spectaculaire. Elles doivent condenser les significations en une seule image. Ce faisant, elles utilisent les mêmes images et procédés que les logiques publicitaires. Au fond, le cas des Femen pose un problème qui peut se résumer en ces vers d’Adrienne Rich : « this is the oppressor’s language / yet I need it to talk to you » (« c’est le langage de l’oppresseur / Pourtant j’en ai besoin pour te parler ») : faut-il, pour contester les logiques de domination, parler le même langage que les logiques dominantes ? Faut-il utiliser les images produites par le patriarcat pour contester le patriarcat ? De plus, à travers le rapport que les Femen entretiennent à l’imagerie dominante, un second axe de réflexion pourra être dégagé : en étudiant la façon dont le rapport au visuel a modelé la pratique de l’activisme Femen, je me demanderai en quoi le rapport à l’image, inhérent aux logiques sociales actuelles, a modifié les pratiques de l’action féministe en général.