Détail ::::::
Animatrice : Charmain Levy (UQO)
Titre : 516 – Penser entre genre, race et classe en France
Résumé : -

Auteure : Houda ASAL (McGill et CMH (Paris))
1 - Les mobilisations contre l'islamophobie en France depuis dix ans : interroger la place du féminisme.
Dans le cadre d'une recherche plus large portant sur les mobilisations autour de l'islamophobie en France, cette communication se focalisera sur les mobilisations contre les lois, mesures et pratiques considérées comme discriminatoires, et dont l'objectif est d'interdire le port de « signes religieux » dans différents espaces. En partant d'une enquête de terrain menée depuis deux ans sur la campagne contre l'exclusion des mères « voilées » de l'accompagnement des sorties scolaires, nous analyserons la manière dont la question féministe est appréhendée dans les discours des militant-e-s engagé-e-s dans cette lutte. Cette campagne contre la circulaire Chatel de 2012 (qui recommande que les parents accompagnateurs ne manifestent pas de leurs convictions religieuses) tient une place particulière dans l'histoire des mobilisations contre l'islamophobie en France. D'une part, elle s'inscrit dans la continuité des débats et des mobilisations de 2003-2004 qui portaient sur l'interdiction des signes religieux pour les élèves, l'école étant à nouveau au centre d'une controverse sur le voile et la laïcité. D'autre part, elle offre l'opportunité, dix ans plus tard, d'analyser la structuration de ce que nous appelons un espace militant contre l'islamophobie. Qui sont les acteurs engagés dans ces mobilisations et quels sont les cadres discursifs privilégiés ? Si ces luttes sont menées au nom de l'égalité des droits, la rhétorique féministe mobilisée ainsi que la place des femmes dans ces mobilisations montrent la manière dont s'articule la question du racisme et du féminisme, en théorie et en pratique. Après avoir présenté la structuration de l'espace militant contre l'islamophobie de 2003 à nos jours, cette communication se concentrera sur les discours des militant(e)s et les répertoires d'actions privilégiés, ainsi que leurs effets, en termes d'autonomisation et de prise de parole.
Auteure : Diane-Sophie Girin (Non Spécifique)
2 - Les reconfigurations de l'espace de la cause des femmes suite aux « affaires du foulard » en France
Depuis plus de 25 ans la question du foulard agite et clive les espace publics nationaux sécularisés, plus particulièrement francophones (France, Québec, mais aussi Suisse ou Belgique). La dimension genrée de ces controverses est indéniable puisque les lois qui en découlent, visent à réglementer et contrôler la manière dont les femmes peuvent légitimement s’habiller. En interrogeant le droit des femmes a disposer de leur corps, cette question est dans la lignée des préoccupations de l’espace de la cause des femmes (entendu comme l’ensemble des collectifs qui luttent au nom des femmes et pour les femmes) depuis les mobilisations féministes des années 1970. En France particulièrement, il semble que les controverses autour du voile ont contribué à dessiner une ligne clivage qui réorganise les prises de positions et la distribution des rôles au sein de la sphère féministe. Ainsi, en 2010, la célébration des quarante ans du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) rassemblait toutes les actrices de l'époque sauf celles qui s'étaient opposées aux lois contre le foulard. Nous analyserons dans un premier temps l'apparition de deux nouvelles figures repoussoirs : celle du garçon arabe comme nouvel avatar du patriarcat et celle de la femme musulmane présentée alternativement comme victime ou comme coupable. Dans un second temps l’étude des trajectoires d'Anne Zelensky et de Christine Delphy, nous permettra de mettre en exergue les restructurations et reconfigurations autour de cette nouvelle ligne clivage. Toutes deux proches de Simone de Beauvoir et parties prenantes du « noyau dur » du MLF (1970-1979) elles incarnent des prises de positions antagonistes. Enfin nous tenterons d'ouvrir le débat sur la possibilité de nouvelles alliances entre femmes musulmanes et féministes blanches comme c'est le cas dans le « Collectif des Féministes Pour l'Egalité » ou « Des femmes sans voiles d'Aubervilliers ».
Auteure : Camille Gourdeau (Université Paris 7- Denis Diderot)
3 - Une politique d'intégration au service de l'émancipation des femmes étrangères ? L'exemple français du Contrat d'accueil et d'intégration.
Le Contrat d’accueil et d’intégration (CAI) dont la signature est obligatoire depuis la loi du 24 janvier 2006 est destiné aux étranger(ère)s arrivant en France de manière légale. Les signataires du Contrat doivent suivre une journée de formation civique, et selon leur situation, une formation linguistique, une journée d’information sur la vie en France et un bilan de compétences professionnelles. Le dispositif est géré par l'Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui, à travers ses directions territoriales, se déploie sur l'ensemble du territoire. Cette communication s’appuie sur une enquête ethnographique basée sur un travail d’observation dans plusieurs directions territoriales et lors des différentes formations. Des entretiens ont également été menés avec des auditeur(trice)s, des formatrices, les directrices des directions territoriales et des signataires du CAI. La communication se propose de réfléchir à la manière dont la politique d’intégration menée en France – dont l’un des objectifs est de promouvoir « l’autonomie » des femmes – participe au maintien des étrangères en situation minoritaire et à la reproduction d’un ordre social sexiste, raciste et classiste. Il s’agit de montrer dans un premier temps que les femmes immigrées, présentées comme isolées et soumises sont, et ce dès les années 1970, la cible de l’action publique et l’objet de représentations qui s’inscrivent dans un contexte post-colonial. Nous verrons ensuite que dans le cadre du Contrat d'accueil et d'intégration, l'insistance sur le thème de l’égalité entre hommes et femmes en assignant les hommes « noirs » et « arabes » au sexisme participe d’une instrumentalisation raciste de l’égalité entre femmes et hommes. Dans un troisième temps, on s’intéresse au bilan de compétences professionnelles qui, tout en étant pensé comme un moyen de reconnaissance des expériences et compétences professionnelles, contribue à la division ethno-raciale et genrée du marché du travail en orientant les signataires vers des emplois précaires et des secteurs d’activité socialement dévalorisés.
Auteure : naima regradj (utrpp Université Paris 13)
4 - « Entre genre et race. Déplacement des lignes théoriques dans les prises en charge éducatives des enfants « incasables » en France en rapport avec les professionnelles construites comme « hors normes » ».
Cette intervention s’inscrit dans le champ de la psychologie sociale clinique et porte sur le lien entre « l’errance institutionnelle » des enfants dits « incasables » (ayant mis en « échec » tous dispositifs classiques) placés à l’hôtel et la trajectoire professionnelle des éducatrices intérimaires chargées de les accompagner. La situation analysée concerne l’accompagnement éducatif d’une enfant dit « incasable » en Prise En Charge (PEC) Hôtelière. Agée de 12 ans, mesurant 1m80 pour 85 kilos, elle est française originaire de la Cote d’Ivoire. Histoire complexe, elle a été placée à travers toute la France depuis ses 6 ans, dans différents dispositifs. L’équipe chargée de l’accompagner était constituée de 3 éducatrices spécialisées (Maghrébine, Africaine, et métisse- Italo Antillaise). Le fait que seules des femmes intervenaient dans cette PEC était une volonté d’une précédente réfèrente de l’Aide Sociale à l’Enfance. En partant de cette situation spécifique, je souhaiterai aborder deux constats : 1/ La protection de l’enfance dont la mission est d’assurer la stabilité des enfants, produit de manière paradoxale leur instabilité tout en les catégorisant « d’incasables ». 2/ Pourquoi cette enfant doit-elle être prise en charge par des professionnelles « hors institution », femmes et racisées, elles-mêmes en situation d’altérisation dans la société ? A partir de ces deux points, je prendrais en compte la double mobilité (enfants et professionnelles) pour réfléchir sur la manière dont l’institution produit des formes de marginalisation. Au travers de la problématique de l’intersectionnalité genre/race, je tenterai de questionner le travail social comme lieu de production de marginalité et d’instabilité sociale.