Détail ::::::
Animatrice : Chantal Maillé (Institut Simone-De Beauvoir, Université Concordia)
Titre : 517 – Entrecroisement des rapports
Résumé : -

Auteure : FATMA ÇINGI KOCADOST (UNIVERSITE DE LAUSANNE)
1 - Repenser le féminisme à partir du point de vue des femmes subalternes : Qu'est-ce que la féminité hégémonique ?
Aux yeux des employées subalternes du secteur de service que sont les femmes de l’enquête, le travail salarié apparaît clairement comme un lieu où la domination imbriquée s’exerce sur elles. Cela est considéré même injuste par moment. Sans remettre en question les rapports sociaux (salarial, racial et sexué) qui leur paraissent tout simplement inéluctables (quoi que difficiles à supporter, voir illégitimes) les femmes ont une connaissance assez claire des diverses formes de domination qu’elles subissent. Dans ce cas-là, l’écart entre la vérité objective du travail en tant que rapport d’exploitation et de domination, et la vérité subjective, c’est-à-dire son expérience vécue par le.la travailleur, est extrêmement mince. Autrement dit, l’analyse de leur discours sur le travail révèle qu’il n’est pas question de méconnaissance. L’enjeu de la communication est de repenser à nouveau frais la question de l’interaction entre la sphère de la production (scène du travail salarié) et la sphère de la reproduction (scène du travail domestique) dont l’aboutissement la plus actuel se cristallise autour du thème de la «conciliation vie professionnelle-vie familiale». Une fois la question de l’articulation des sphères de vie reformulée à partir des conditions d’existence et d’expérience des femmes subalternes, le caractère hégémonique de l’idéal de «la femme active» devient visible. Le point de vu féministe doit être interrogé à partir de la compréhension du positionnement des femmes subalternes face au système de dominations imbriquées, afin qu’il soit pertinent pour ces dernières, et par conséquent, qu’il soit un jour réellement pluriel.
Auteure : herve toussaint ONDOUA (Université de Yaoundé 1)
2 - les Subalternes peuvent-elles parler? Enjeux et changement social, égalité et justice dans un contexte postcolonial: une analyse de Chakravorty Spivak
ONDOUA HERVE TOUSSAINT Département de Philosophie Université de Yaoundé I Chercheur-doctorant Les subalternes peuvent-elles parler ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication à partir d’une approche marxiste propre à Spivak. Comme exemple, Spivak prend l’exemple d’une jeune fille au nom de Bhuvaneswari Bhaduri. Cette dernière s’est suicidée. Pour expliquer son acte inexplicable, on n’a évoqué les sarcasmes de son beau beau-frère, qui l’estimait trop âgée pour être une pas-encore-épouse. Dès lors, son acte devint absurde. Le suicide de Bluvaneswari est une réécriture subalterne. La subalterne en tant que femme ne peut être ni entendue ni lue. Comme conséquence, un fait sera présenté comme représentatif de la conscience de la femme indienne ou africaine dans le monde occidental, ce qui aura tendance à dénaturer les témoignages alternatifs et les femmes subalternes seront, nous dit Spivak, toujours aussi muettes. La position à adopter pour Spivak n’est pas de laisser la subalterne parler pour elle, ou de l’écouter mais de parler au sujet rendu historiquement muet. En empruntant la déconstruction derridienne, il est question pour Spivak de montrer le danger de s’approprier l’autre par assimilation. Dès lors, les subalternes peuvent-elles parler? n’apparaît elle pas comme le lieu où la femme sort du discours impérialiste, discriminatoire et patriarcal ? Cette nouvelle orientation du discours féministe ne permet-elle pas de sortir des concepts monolithiques utilisés dans les sciences sociales pour parler des femmes subalternes? Mots clés : Femme subalterne, postcolonial, discours hégémonique
Auteure : Arthur Vuattoux (Université Paris 13 - IRIS)
3 - Des jeunes filles « bien sous tous rapports »... et les autres. Rapports de genre, race et classe au Tribunal pour enfants.
Dans cette communication, je propose de rendre compte d'une enquête menée entre juin 2012 et janvier 2014 dans deux Tribunaux pour enfants (TPE) français, ceux de Paris et Créteil. L'enquête, réalisée dans le cadre d'une thèse de sociologie (en cours d'écriture), comportait une double dimension ethnographique (observation du quotidien du tribunal pour enfants, entretiens) et quantitative (à travers l'étude d'un corpus de dossiers judiciaires pénaux et civils concernant des adolescent-e-s de 13 à 18 ans). Alors que la recherche visait principalement à documenter qualitativement les biais de genre opérant dans la justice des mineurs, chez les filles comme chez les garçons, les résultats obtenus à propos des seules adolescentes ont permis d'établir l'hétérogénéité du traitement qui leur est réservé. Les résultats révèlent notamment que certaines jeunes filles, socialement favorisées, font l'objet d'un traitement judiciaire qui tend à les faire échapper aux prises en charge habituellement réservées aux garçons, en leur évitant notamment des procédures lourdes (jugement devant le Tribunal, suivi éducatif au long cours). D'autres jeunes filles, en revanche, paraissent souffrir de désavantages liés à leur appartenance sociale, de race et/ou de genre. Alors que les premières semblent jouir d'une proximité de classe avec les magistrats (proximité largement relayée par leurs parents, dont l'agency confine à l'horizontalité avec les juges), les secondes, racialisées et socialement déclassées, semblent ne pas bénéficier des « privilèges » habituellement réservés aux adolescentes confrontées à la justice, et voient même leur appartenance de genre jouer contre-elles. Elles semblent ainsi incarner, pour l'institution, une figure de la déviance inacceptable et largement pénalisée. Parmi ces adolescentes, les «jeunes filles roumaines»(1) font figure d'archétype : sur-contrôlées dans l'espace public et souvent «adultifiées»(2) , elles voient leurs délits (souvent mineurs) très durement pénalisés, et sont pour ainsi dire les seules jeunes filles pour lesquelles l'incarcération semble, aux yeux des professionnels de la justice, une réponse acceptable. La communication consistera en une étude de cas et sera l'occasion de discuter la notion de «privilège»(3) (privilège de genre, race et classe), en tant qu'elle peut s'appliquer à l'analyse du traitement institutionnel des adolescent-e-s par la justice française. (1) Dénomination employée par les acteur-e-s, renvoyant à des profils d'adolescentes « isolées », arrêtées sans pièce d'identité et affirmant, pour la plupart, venir de Roumanie ou de pays attenants. (2) Concernant le concept d'« adultification », voir notamment Ann Arnett FERGUSON, « Naughty by Nature », in : BACA ZIN, Maxime, HONDAGNEU-SOTELO, Pierrette et MESSNER, Michael A. (dir.), 2005. Gender through the Prism of Difference. New-York, Oxford : Oxford University Press. (3) cf. notamment Patricia HILL COLLINS, Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness, and the Politics of Empowerment, Boston: Unwin Hyman, 1990.
Auteure : Eline De Gaspari (Haute Ecole de Travail Socail de la HES-SO // Valais - Wallis)
4 - Handicap et genre, quand les catégories s'incorporent
Pour cette communication, je propose de vous présenter la problématique de mon projet de thèse. Le sujet est la catégorisation sociale et l’influence des normes liées au corps de la personne atteinte du syndrome de Down. Les questions auxquelles je désire répondre sont les suivantes : « Comment les catégories de sexe et celles liées au syndrome de Down s’incorporent-elles et s’intègrent-elles ? Quels effets ont-elles dans la vie quotidienne des personnes atteintes de ce syndrome ? » Pour répondre à ces questions, je m’intéresse à deux pays la Suisse et le Pérou en questionnant notamment les différences de contextes culturels, légaux ou politiques sur la base du vécu, du quotidien et des perceptions des personnes atteintes du syndrome de Down. Je travaille sur la base des gender studies et les disability studies car elles analysent des systèmes de catégorisations appréhendant l’être humain à travers deux catégories. Effectivement, bien que ces deux disciplines évoquent un plus grand nombre de catégories, la personne est perçue par la société soit homme, soit femme ou soit trisomique, soit valide. Cette bipartition implique une différenciation et une hiérarchisation et le rapport dominant-dominé est présent dans les deux situations. De plus, les disability studies et les gender studies se sont formées pour lutter contre les discriminations liées aux catégorisations. Je tente de comprendre ce que fait la catégorie de genre à celle du handicap et inversement. Mais aussi, quelles sont les implications de cette double bicatégorisation en termes de relation à l’autre, de pouvoir, de hiérarchisation, de traitement différencié, de stigmatisation, de vie personnelle, sociale et politique, etc.