Détail ::::::
Animatrice : Alice van der Klei (UQAM)
Titre : 520 - Penser et écrire les femmes
Résumé : -

Auteure : WAFAA EL ADLOUNI (ENSEIGNEMENT)
1 - Le corps engagé dans les nouvelles écritures féminines marocaines
Le panorama littéraire marocain des dix dernières années est marqué par l’entrée en scène de femmes écrivains, qui tout en restant ancrées à un imaginaire fortement maghrébin, manifestent une sensibilité nouvelle par rapport aux générations précédentes. Cette nouvelle génération fait entendre une parole protéiforme et se risque à aborder toutes les questions, en particulier celles qui concernent l’individu dans une société en évolution. Prenant plus de recul avec l’histoire, ces écrivaines ressentent la nécessité d’aborder des sujets moins consensuels, en faisant référence à la question du corps, du plaisir et de la sexualité. Dans cette communication, il s’agira pour nous de faire ressortir le caractère pluridimensionnel des écrits féminins produits par les auteures marocaines, notamment, à travers les ouvrages Ni fleurs ni couronnes et Le Concert des cloches de Souad Bahéchar, Oser vivre et Chama de Siham Benchekroun, Une femme tout simplement et Une vie à trois de Bahaa Trabelsi. Nous espérons jeter un peu de lumière sur ces œuvres et sur ce qu'elles recèlent d'audacieux. Plus précisément, nous essaierons de cerner en quoi leurs protagonistes s'écartent du modèle féminin en vigueur et défient les normes de comportement imposées aux femmes. En mettant en scène des héroïnes qui cherchent à s'affranchir de l'idéal et du destin normatif féminins, qui aspirent à s'affirmer comme sujets et agents de leur propre vie, de même qu'en bousculant plusieurs normes d'écriture, Souad Bahéchar, Siham Benchekroun et Bahaa Trabelsi donneraient forme à une vision dissidente des femmes et de leur réalité, et ébranleraient ainsi l'ordre social et littéraire de leur époque.
Auteure : Genevyève Delorme (Université du Québec à Montréal)
2 - LA FIGURE DU TÉMOIN IMMODESTE : L'EXEMPLE DE VIRGINIE DESPENTES DANS KING KONG THÉORIE (2006)
Dans cette communication, j’examinerai comment Virginie Despentes, dans King Kong Théorie (2006), contribue à l’élaboration et à la transmission de la figure du témoin immodeste. D’abord, je proposerai une définition de cette figure. J’insisterai particulièrement sur sa nature hybride. En effet, le témoin immodeste est une création interdisciplinaire. Sa fabrication a nécessité l’importation, dans le champ méthodologique littéraire, de la boîte à outils du champ méthodologique des féminismes. La figure du témoin immodeste est en ce sens ce qui impulse à l’acte d’écriture sa performance militante : «je» est un témoin immodeste parce qu’il écrit ; «je» écrit parce qu’il est un témoin immodeste. En outre, cette figure prend acte de (la) mémoire féministe dans le champ littéraire. Elle (dé)double ainsi son action militante dans les deux sphères. Ensuite, je m’intéresserai à la construction de la figure du témoin immodeste dans la King Kong Théorie de Despentes. Cette construction se fait en trois temps. Le premier est testimonial. L’auteure retrace le parcours qui l’a menée tant vers la prostitution que vers l’écriture. Le second temps est politique. Despentes défend ses positions féministes pro sexe. Le dernier temps, enfin, est celui de la militance. La «prolotte de la féminité» (p. 10) martèle que l’histoire des femmes et la mémoire féministe marchent de concert, rappelant que «[l]e sexe de l’endurance, du courage, de la résistance, a toujours été le nôtre» (p. 144). Rappelant, surtout, que la «révolution» (p. 145) féministe est toujours en marche, et qu’elle a besoin de nous.
Auteure : Julie Grenon-Morin (UQAM)
3 - Regards féministes sur la poésie d'Élisabeth d'Autriche
L’impératrice Élisabeth d’Autriche, mieux connue sous le nom de Sissi, reste dans l’imaginaire de plusieurs comme une souveraine mièvre, voire insipide. Pourtant, elle était tout autre : une âme libre, républicaine et… anarchiste. Son recueil de poème (traduit de l’allemand par Nicole Cassanova ) composé entre 1885 et 1888 est tributaire d’une prégnance féministe surprenante. D’ailleurs, par le seul fait d’écrire, comme l’atteste Patricia Smart dans Écrire dans la maison du père (2003), elle remet en question la structure masculine dominante de la sa société. Le penchant féministe de la poétesse est attestée tant par ses thématiques politiques, amoureuses et humaines, d’où émane une grande douleur de vivre. Dans cette poésie demeurée secrète jusqu’en 1951 à la demande de sa créatrice, on découvre des prises de positions modernes, ce à quoi les femmes de son temps et du milieu aristocratique ne se risquaient ordinairement pas. Il faut donc voir dans la praxis littéraire de l’impératrice non pas une œuvre exceptionnelle sur le plan de la qualité des vers, mais bien une voix avant-gardiste et originale. À une époque où les féministes commençaient leur regroupement, en parallèle, Élisabeth exprime ses visions du monde de manière souvent tranchée. Elle flirte avec un ton subversif et même parfois grossier, ce qui n’aurait pas été admissible en public : les poèmes sont donc une rare zone de liberté d’expression toute féminine de cette période. L’écrivaine rejetait l’idée d’être une femme-objet au service d’un empire qu’elle n’aimait pas et dont elle prédisait une fin qui s’est bel et bien produite une vingtaine d’années après son assassinat.
Auteure : Sylvie Bérard (Université Trent)
4 - «Du monstre aux crakers en passant par les métames : ingénierie génétique patriarcale et ironie féministe chez Shelley, Atwood et Vonarburg»
Le féminisme entretient des liens étroits avec la science-fiction (SF) et sa proche parente l’utopie depuis bien longtemps – au moins depuis La Cité des dames de Christine de Pizan. Plus près de nous, n’oublions pas que c’est à une femme, Mary Shelley, qu’on doit le roman Frankenstein, considéré comme une œuvre fondatrice de la SF. Même si le genre est souvent perçu comme étant dominé par les hommes, rappelons que, dès le début des années 1930, une auteure telle que Leslie F. Stone publiait en magazine des récits remettant en question les identités patriarcales. Comme le dit Veronica Hollinger : «Le féminisme est en lui-même une démarche utopique […], ce qui explique qu’il ait trouvé dans les études sur la SF le lieu d’élection pour son imaginaire.» La SF s’est très tôt révélée comme terrain fructueux pour l’exploration, entre autres, de rôles et d’identités bouleversant les modèles sexistes ou du moins suscitant une réflexion sur ceux-ci. Cela s’est prolongé jusqu’à nos jours et jusqu’ici, en particulier dans plusieurs romans et nouvelles d’Élisabeth Vonarburg au Québec et aussi dans la récente trilogie « MaddAdam » de Margaret Atwood au Canada. Dans cette communication, je voudrais croiser la question des identités alternatives de la SF et la notion plus contemporaine d’ingénierie génétique, et m’attarder aux corpus susmentionnés de Vonarburg et d’Atwood (et aux mutants qu’elles imaginent, «métames» chez la première, «crakers» chez la seconde), sans perdre de vue le roman précurseur de Shelley. Je vise à montrer comment ces œuvres mettent en relief le biais patriarcal du génie génétique tout en l’inscrivant dans un appareil discursif ironique. Travaux cités de Pizan, Christine. Le Livre de la Cité des Dames. Trad. Thérèse Moreau et Éric Hicks. Paris: Stock, 2005 [1986]. Hollinger, Veronica. «Tendances contemporaines en critique de science-fiction, 1980-1999.» 21 12 2012. ReS Futurae. Page Web. 14 11 2014. . Shelley, Mary. Frankenstein or The Modern Prometheus. Éd. Susan J. Wolfson. New York: Pearson Longman, 2007 [1818]. Stone, Leslie F. «The Conquest of Gola (1931).» Frank, Janrae, Jean Stine, andForrest J. Ackerman. New Eves: Science Fiction About theExtraordinary Women of Today and Tomorrow. Stamford: Longmeadow Press, 1994. 29-42. Vonarburg, Élisabeth. Le silence de la Cité. Beauport: Alire, 1998 [1981].