Détail ::::::
Animatrice : Johanne Daigle (Université Laval)
Titre : 524 - Le genre de l’histoire
Résumé : -

Auteure : Vanessa blais-tremblay (Université McGill)
1 - Le role des femmes dans l'articulation de la scène jazz montréalaise de l'entre-deux-guerres: Premier Survol.
Cette communication orale porte sur l'absence des femmes dans les narratifs académiques actuels de l'histoire du jazz montréalais. Montréal étant l'une des seules villes en Amérique du Nord où la vente d'alcool dans les lieux publics n'a jamais été totalement suspendue suite à la Prohibition, la métropole occupe une place très importante dans l'histoire du jazz de l'entre-deux-guerres. Pourtant, même le fameux _Swinging in Paradise_ du journaliste et jazzophile John Gilmore ne fait mention que d'une seule interprète jazz, la pianiste Vera Guilaroff --de Sainte-Agathe-des-Monts-- qu'il dénigre en indiquant qu'elle n'était en fait « qu'une pianiste de ragtime ». Cette communication cherche à dresser un portrait plus exhaustif --et certainement plus élogieux-- de la présence des femmes dans la scène jazz montréalaise de l'entre-deux-guerres en explorant brièvement le rôle des enseignantes de piano (dont Daisy Peterson, la soeur d'Oscar Peterson), des chanteuses jazz (que Gilmore, et que bien des auteurs, excluent systématiquement de leurs narratifs historiques), des pianistes de cinéma muet (dont Guilaroff), ainsi que des danseuses exotiques noires dans l'articulation d'une scène jazz à Montréal. Les archives témoignent de l'importance indubitable de ces femmes dans le développement de la plus importante scène jazz du Canada pendant l'entre-deux-guerres: cette communication explore les raisons historiques qui semblent avoir poussé ces femmes dans ces espaces performantiels précis, ainsi que celles historiographiques qui les ont repoussées jusqu'à aujourd'hui de notre propre histoire du jazz.
Auteure : Johanne Daigle (Université Laval)
2 - « D'un modèle international aux réalités locales : l'engagement des infirmières au sein des réseaux de soins de santé dans les régions excentrées, 1920-1960 »
Parallèlement à l’expansion d’un modèle international de protection de la santé publique et de l’enfance après la Première Guerre mondiale s’affirme un mouvement de soins de santé conçu pour les régions excentrées. Si divers modèles de soins coexistent à travers des missions, des organisations bénévoles ou des états, le modèle anglais de l'infirmière de district s’est implanté dans les anciennes colonies britanniques. Les services australien (the Bush Nursing system), néo-zélandais (Backblocks Nursing Service), canadiens (Victorian Order of Nurses, the Canadian Red Cross Society) et québécois (Service médical aux colons) présentent plusieurs similitudes: des infirmières postées au sein de communautés locales en l’absence de médecins tienant tous les rôles nécessaires au maintien des populations des territoires assignés. Un examen de ces réseaux permettra tout d’abord d’illustrer comment ce modèle fut transmis et adapté localement à travers divers modes d’économie sociale. Derrière ces projets qui se déploient sur plusieurs continents s’observe la dimension sexuée des soins et l’instrumentalisation des infirmières engagées auprès des communautés locales. L’exemple québécois du Service médical aux colons permettra ensuite d’exposer les motivations individuelles d’un large corpus d’infirmières au service d’un projet de colonisation intérieure orchestré conjointement par l’État provincial et l’Église catholique. Les dimensions comparative et transversale proviennent de données recueillies lors d’un séjour de recherches en Nouvelle-Zélande et en Tasmanie (Australie), alors que la dimension empirique pour le cas québécois s’inscrit dans une longue recherche menée avec Nicole Rousseau, conjuguant des corpus d’archives et des entretiens oraux.
Auteure : eva rodriguez (Université Paris 8 - Saint Denis)
3 - Repenser les savoirs sur le corps à l'aune de la critique féministe des sciences : l'exemple du sexe dans les savoirs anthropométriques du Paris fin-de-siècle.
la fin du XIXe si cle, en France, l anthropologie biologique se pr sente comme une science exp rimentale, proche de l anatomie compar e. L observation, l exp rimentation et la syst matique constituent les 3 piliers de sa d marche m thodologique. Le laboratoire, comme espace privil gi d acquisition des connaissances d une part, et l objectivation des corps observ s et observateurs - sur laquelle nous reviendrons - comme condition de la pratique anthropom trique d autre part, donnent ces savoirs sur le corps une autonomie propre. Dans ce cadre, dire et comprendre ce qu il en est du sexe des corps, de leurs os ou de leurs organes, devient un enjeu la fois th orique mais galement politique, dans un contexte o les relations entre sciences et politique sont sujettes controverses. Dans cette intervention, nous souhaitons relire ce qui se joue dans la production de ces pratiques et de ces savoirs sur le sexe, l aune des outils critiques d velopp s par les tudes et pist mologies f ministes. Tout d abord, nous nous interrogerons sur les diff rentes pratiques de "sexuation" des corps, en convoquant entre autres, la critique d une certaine objectivit dans ces sciences. Nous nous demanderons ensuite ce qui peut autoriser aujourd hui dire de ces pratiques et sciences du "pass " qu elles ont produit des savoirs sexistes (et pas qu'androcentriques), notamment travers l'id e d'user d'un anachronisme mod r . Enfin, il s'agira moins de souligner/rectifier le sexisme des r sultats et des th ories expos es que d interroger, en amont, les questions, les pratiques et les m thodes d velopp es par l'anthropologie biologique, dans les conditions particuli res du laboratoire, afin d'ouvrir une r flexion sur les rapports entre sciences, corps et politique.
Auteure : Clothilde Palazzo-Crettol (Haute Ecole de Travail Social Valais/Wallis)
4 - Action locale et structures d'opportunités. Suites et fin ?
Dans le cadre de cette communication, je propose d’analyser un projet en cours alliant la réflexion à l’action féministe dans la cité, plus précisément dans le canton du Valais en Suisse. Je présenterai la première étape du projet (qui sera achevée en janvier 2015), à savoir une exposition portant sur la vie des femmes de la région, réalisée grâce à une alliance entre étudiant•e•s en Bachelor travail social, enseignantes spécialistes des questions de genre et femmes engagées sur un projet d’histoire des femmes régionale. Le Valais est une région de tradition catholique, réputée par un certain immobilisme s’agissant des rapports sociaux de sexe, et où le genre est passablement « diabolisé ». Ce canton se caractérise également par des inégalités persistantes pour les femmes en matière de travail, d’articulation entre sphère privée et publique et d’accès à l’espace politique (une seule femme cheffe de département et seulement depuis 2009). En m’appuyant sur le concept « d’espace de la cause des femmes » (Bereni, Laure, « Quand la mise à l’agenda ravive les mobilisations féministes » L’espace de la cause des femmes et la parité politique (1997-2000), Revue française de science politique, 2009/2 Vol. 59, p. 301-323. DOI :10.3917/rfsp.592.0301) je proposerai une lecture de cette expérience innovante à la lumière de l’évaluation du processus suivi et du résultat obtenu. Je questionnerai les transformations potentielles que la mise sur pied de l’exposition a amenées dans le développement des solidarités féminines et des mobilisations féministes. Je discuterai également les contraintes et les résistances inhérentes à ce type de projet. Enfin, je m’interrogerai sur les conditions de la pérennisation de telles énergies dans des zones dites périphériques.